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Vencorex : Exalia, un projet choc pour sauver la plateforme chimique de Pont de Claix
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Vencorex : Exalia, un projet choc pour sauver la plateforme chimique de Pont de Claix

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L’entrepreneur grenoblois Olivier Six, aux côtés d'investisseurs locaux et d'acteurs du territoire a dévoilé un nouveau projet de reprise de la plateforme chimique de Pont de Claix. Un développement en trois phases, qui nécessitera dans un premier temps 60 millions d’investissement et qui devrait permettre d’employer 250 personnes d’ici deux ans. Les porteurs ont fait une offre de reprise ferme auprès du tribunal de Lyon et attendent un retour rapidement.

Vencorex — Photo : Vencorex

Nouveau rebondissement dans le dossier Vencorex. Plus de deux mois après l’annonce de la liquidation quasi totale de l’entreprise de chimie par le tribunal de commerce de Lyon, un groupement d’investisseurs, d’anciens salariés et d’élus locaux ont dévoilé un projet d’entreprise au long cours pour sauver cette plateforme historique du bassin grenoblois.

"Ce projet de reprise élaboré par des industriels locaux, les communes du territoire et les syndicats est ambitieux"

"Nous sommes réunis aujourd’hui pour annoncer une bonne nouvelle pour le territoire et l’avenir de la chimie française. Ce projet de reprise élaboré par des industriels locaux, les communes du territoire et les syndicats est ambitieux. La métropole de Grenoble est prête à le soutenir financièrement et nous attendons désormais une réponse rapide de l’État", a déclaré en préambule Christophe Ferrari, président de la métropole de Grenoble et engagé depuis le début de la procédure collective pour sauver la plateforme.

Un projet porté par un groupe de sociétés

Le projet sera porté par Exalia, un groupe de sociétés détenu majoritairement par le groupe industriel grenoblois Orio Industrie (qui détient la PME de chaudronnerie CIC Orio, et l'entreprise de produits outdoor GTECH). Sa gouvernance et son modèle d’organisation doivent permettre de conserver un contrôle souverain et territorial du projet industriel. Les acteurs espèrent relancer une filière industrielle stratégique à l’arrêt depuis le dépôt de bilan de Vencorex en septembre 2024 : la transformation du sel en chlore, soude, hydrogène et sel ultra-purifié sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix, en activité depuis 1897. "Nous avons une mine de sel à moins de 80 kilomètres, de l’hydroélectricité qui nous fournit une énergie propre et à moindre coût, une plateforme Ceveso et des personnes formées qui savent traiter le chlore. C’est tout ce qu’il faut pour inventer la chimie de demain, à savoir produire du chlore, du sel et de la soude de manière totalement décarbonée", explique Olivier Six, président-directeur général de l’entreprise grenobloise CIC Orio et président de la commission attractivité et développement économique de la métropole depuis cinq ans.

Un business model fondé sur la vente de soude et chlore

Première étape du projet : relancer le site en se concentrant sur les activités de vente de sel, de soude et de chlore. Objectif : faire fonctionner les installations à 60 % de leurs capacités d’ici deux ans, grâce à la modernisation de la salle d’électrolyse et la construction d’une nouvelle unité de compression du chlore, ainsi que la modernisation de la production de sel et la sécurisation de l’approvisionnement en sel via le saumoduc. Tout ceci permettra "de disposer d’une installation de production de chlore totalement décarbonée et parmi les plus sobres et sûres du monde", selon Olivier Six.

Offre de reprise ferme auprès du Tribunal de commerce

Côté procédure, Exalia prévoit la reprise de tous les actifs industriels non cédés à Borsodchem (filiale Hongroise du groupe chinois Wanhua) lors du plan de cession. Une offre de reprise de ces actifs sera déposée auprès du liquidateur de Vencorex France dès que possible. "Nous sommes déjà en discussion avec le tribunal. Il n’y a pas de calendrier fixé comme dans le cadre d’une liquidation mais nous aimerions avoir une réponse d’ici septembre pour pouvoir entamer rapidement le projet", indique Séverine Dejoux, ancienne salariée de Vencorex et déléguée syndicale.

Exalia a également formulé une offre pour la reprise de la société Chloralp qui détient la saline de Hauterives et le saumoduc de 83km qui relie la mine à la plateforme du Pont de Claix. Cette société est détenue par Vencorex Holding. "Les discussions sont bien avancées et devraient aboutir prochainement", estime Olivier Six.

60 millions d’investissement dans un premier temps

Plus de 60 millions d’euros d’investissements industriels seront mobilisés sur deux ans pour mener à bien cette première phase du projet. Un montant réparti à parts égales entre des subventions de l’État, des fonds privés et de la dette bancaire. "Ce projet va permettre de décarboner l’industrie de la chimie et entre à ce titre dans des dispositifs d’aide de la part de l’Europe et de l’État français", explique l’entrepreneur grenoblois. Les 20 millions de fonds privés seront apportés par le groupe présidé par Olivier Six ainsi que d’autres entrepreneurs locaux. "Il nous manque environ 5 millions d’euros de financement privé mais cela ne sera pas bloquant pour commencer le projet", assure Olivier Six.

1,5 milliard d'euros prévus dans un second temps

L’industriel indien Kiri Industries qui avait annoncé qu’il participerait au premier projet de reprise en Scic ne sera pas impliqué dans cette première phase de développement. "Nous avons souhaité qu’il soit en retrait pour des enjeux de souveraineté. En revanche, Kiri Industries a réaffirmé qu’il serait intéressé pour soutenir la seconde phase du projet", explique Olivier Six. Cette seconde phase nécessitera un investissement de 1,5 milliard d’euros, et où "Kiri Industries sera donc le bienvenu", poursuit le dirigeant.

Un projet industriel avec d’autres partenaires

Exalia compte profiter des deux ans de redémarrage de la plateforme pour la nettoyer et ainsi développer d’autres activités à moyen terme, telles que la production de PVC et de résines biosourcées. "Sur les 120 hectares que compte la plateforme, seuls 15 hectares seront utilisés pour la production de sel, soude et chlore. Le reste du site pourra être utilisé par d’autres partenaires industriels", poursuit Olivier Six. Dans cet objectif, l’entreprise compte réinvestir dans une équipe et un centre de R & D moderne, capable de développer des produits innovants et adaptés aux nouvelles exigences industrielles et environnementales.

"Ces projets seront menés en partenariat avec des industriels qui souhaitent s’implanter ou se réimplanter sur la plateforme. Les discussions sont déjà avancées avec un certain nombre d’entre eux dont la société Néoclaix qui a pour objet de développer un projet industriel de plusieurs dizaines d’hectares avec d’autres partenaires", avance Olivier Six.

1 000 emplois créés à terme sur la plateforme

Le projet aura un impact positif sur l’emploi du territoire, alors que la reprise par le chinois Wanhua n’a permis de sauver que 44 salariés sur les 460 personnes qu’employait le site. À court terme, Exalia devrait embaucher 110 personnes pour relancer la plateforme, et autant d’emplois directs devraient être créés sur le site.

La seconde phase de développement, portée avec l’industriel indien devrait encore engendrer une centaine de nouveaux postes. "Nous estimons que plus de 1 000 emplois seront créés à terme", conclut Séverine Dejoux.

Isère # Chimie # Procédure collective # Créations d'emplois # Investissement industriel # PME