Le sort de Vencorex est en sursis. Le tribunal de commerce de Lyon a accordé un délai supplémentaire au chimiste grenoblois pour trouver un repreneur. Les intéressés auront désormais jusqu’au 6 mars prochain pour déposer leur offre, après que l’unique dossier de reprise, par le principal concurrent de Vencorex, le chinois Wanhua a été refusée. Cette offre aurait en effet condamné 95 % des emplois de la société, qui compte à ce jour 464 salariés, répartis sur trois sites, Saint-Fons (Rhône), Saint-Priest (Rhône) et Pont de Claix (Isère).
Des milliers de salariés impactés près de Grenoble
Placé en redressement judiciaire le 10 septembre, à la demande de son actionnaire le groupe thaïlandais de pétrochimie PTT GC, Vencorex qui est spécialisée dans la production de substances utilisées dans les peintures et vernis industriels risque en réalité de priver d’emploi des milliers de salariés sur le territoire grenoblois : "On estime que pour un emploi direct chez Vencorex, 5 emplois sont induits. 6 000 postes pourraient ainsi être détruits si l’entreprise disparaît", explique ainsi Adrien Poirieux, référent départemental CGT 38 pétrochimie.
Une chaîne industrielle menacée
De la survie de Vencorex dépend en effet tout un écosystème, dont de grands industriels de la chimie présents sur le territoire, des sous-traitants dans la métallurgie ou la plasturgie et des fournisseurs de matières premières. La principale ressource de Vencorex, le chlorure de sodium est ainsi acheminé par un conduit en provenance d’une mine de sel dans la Drôme. Une partie du sel est ensuite traitée par l’usine de Pont de Claix pour le propre usage de Vencorex, qui l’utilise pour la fabrication de ses isocyanates.
"Framatome, Arkema, Siqens, Solvay, Air Liquide, Suez et R.S.A Le Rubis dépendent de la production de Vencorex"
Le reste du sel traité est revendu à l’usine d’Arkema, aux environs de Pont de Claix, à Jarrie. Sans l’activité de Vencorex, le chimiste français devra s’approvisionner à l’étranger à des prix bien supérieurs. "Le site Arkema de Jarrie a organisé un CSE extraordinaire pour présenter la réorganisation des ateliers sud, spécialisés dans le chlorure de soude, avec un potentiel arrêt de son activité. 120 personnes seraient concernées", poursuit le référent CGT. Les clients d’Arkema seront également impactés par l’arrêt de l’activité de Vencorex : Arkema fabrique en effet de la soude pour Framatome, implanté à Jarrie, qui la transforme notamment pour l’industrie nucléaire et aérospatiale. "Framatome, Arkema, Siqens, Solvay, Air Liquide, Suez et R.S.A Le Rubis dépendent de la production de Vencorex", explique encore Adrien Poirieux.
Dumping chinois
Rentable jusqu’en 2022, avec un chiffre d’affaires de plus de 400 millions d’euros, Vencorex, qui détenait alors environ 20 % des parts de marché mondial des isocyanates, derrière l’allemand Covestro et le chinois Wanhua s’est depuis fait damer le pion en raison de la stratégie agressive de baisse des prix menée par son concurrent asiatique. Avec des produits désormais 30 % plus chers que Wanhua, Vencorex a perdu une centaine de millions d’euros et son principal actionnaire thaïlandais a donc décidé de jeter l’éponge. "Notre objectif est de maintenir l’emploi, quelle que soit la forme que cela prendra, via un repreneur sérieux ou une nationalisation temporaire", soutien Adrien Poirieux. "Nous souhaitons que l’État s’implique davantage afin de lutter contre le dumping sur la scène européenne", termine le représentant de la CGT.