Le projet GOCO2 de transport de carbone franchit une étape avant la création d’un pipeline géant dans l’Ouest
# Production et distribution d'énergie # Grandes Entreprises

Le projet GOCO2 de transport de carbone franchit une étape avant la création d’un pipeline géant dans l’Ouest

S'abonner

La concertation publique sur le projet GOCO2 vient de se clôturer. Ce projet d’envergure, réévalué 2,5 milliards d’euros, doit permettre le déploiement dans la région d’un pipeline de carbone. Il reliera trois des principaux sites les plus polluants en France au port de Saint-Nazaire. Le CO2 y sera alors liquéfié pour être exporté. Les porteurs de projets industriels espèrent que l’ouvrage sera opérationnel en 2030.

La cimenterie d’Heidelberg à Airvault (Deux-Sèvres) lors de son colossal programme de modernisation qui doit lui permettre de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre — Photo : Heidelberg Materials

La décarbonation des sites industriels français est un enjeu d’avenir. Les cinquante sites les plus polluants émettent à eux seuls 55 % des émissions industrielles en France et 7,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre du pays. En 2023, ces entreprises se sont engagées auprès de l’État à réduire de 50 % leurs émissions d’ici 2032 — la France vise toujours la neutralité carbone d’ici 2050. Pour y parvenir, plusieurs de ces groupes ont imaginé dès 2021 un projet gigantesque d’exportation de carbone depuis leurs sites de l’Ouest.

3 sites concernés sur les 50 les plus polluants de France

Ceux-ci font partie de la liste des 50 sites industriels les plus polluants. Deux d’entre eux sont en Mayenne : Lafarge Ciments à Saint-Pierre-la-Cour (6e) et l’usine de chaux Lhoist à Neau (47e), un troisième est situé dans le nord des Deux-Sèvres, la cimenterie Heidelberg Materials (ex Ciments Calcia) à Airvault (13e).

375 kilomètres de tuyaux à travers la campagne

Le projet GOCO2 vise à construire un pipeline de près de 375 kilomètres reliant ces usines au port de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. L’objectif est d’éviter "les émissions de 2,2 millions de tonnes de CO2 par an, l’équivalent des émissions de la métropole de Nantes", font valoir les porteurs de projets. La première phase de concertation publique s’achève ce 19 décembre 2025.

Cinq départements concernés

Les 35 rencontres organisées dans ce cadre ont réuni 1 500 participants dans les cinq départements concernés – Mayenne, Maine-et-Loire, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres. Il faut ajouter à ces échanges une soixantaine de contributions enregistrées sur le site Internet.

Les trois garants de cette concertation, désignés par la Commission nationale du débat public, doivent désormais rendre un bilan des échanges qui ont eu lieu sur ce projet depuis fin septembre. Après publication de cette synthèse, les maîtres d’ouvrage auront deux mois pour en tirer des enseignements et conduire la suite des opérations, via les études techniques et démarches administratives.

Intérêts et vigilance locale

Le spécialiste du transport de gaz NaTran (ex GRTgaz) pourra s’appuyer sur les revendications et préconisations émises pour ébaucher le tracé du futur pipeline. "Les mois qui viennent vont nous permettre de préciser les fuseaux d’études des canalisations" commente l’opérateur.

L'opérateur sait qu'il devra répondre aux préoccupations des collectivités, sur la sécurité des riverains, du monde agricole (accès aux parcelles, perte de surfaces, risques d’accident avec les engins agricoles, etc.) et celles portant sur la préservation de l’environnement.

Du carbone exporté en priorité

À l’extrémité du pipeline, Elengy aborde comme NaTran un changement avec une nouvelle molécule à traiter, le CO2. Son terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne, sur le grand port maritime Nantes Saint-Nazaire, devra réceptionner le CO2 pour le liquéfier comme il sait le faire pour le gaz naturel. De là, deux destinations possibles s’ouvriront : un transfert par bateau (vers l’Europe du Nord pour l’instant) en vue d’un enfouissement sur des sites géologiques identifiés, ou bien, à plus longue échéance, d’autres solutions telles l’incorporation future à des process industriels.

Le site Lafarge de Saint-Pierre-la-Cour en Mayenne — Photo : Grandemange Dominique (2017)

NaTran et sa filiale Elengy ne sont pas les seuls opérateurs à avoir conduit cette phase de concertation aux côtés des trois groupes industriels : RTE est également impliqué. En revanche, TotalEnergies n’apparaît plus à ce stade.

2,5 milliards à financer

Reste la question du financement. Ce projet d’envergure est chiffré autour de 2,5 milliards d’euros en budget prévisionnel. Les groupes impliqués en appellent donc à des aides de l’État.

"Ce projet repose sur des financements privés mais requiert aussi des soutiens publics. Ces derniers sont indispensables pour assurer l’engagement du projet dans les meilleurs délais et financer des infrastructures qui seront utiles demain aux activités économiques du Grand Ouest", fait valoir Thomas de Charette, directeur décarbonation ciments chez Lafarge. Chacun des sites ayant par ailleurs engagé des transformations, donc des investissements, en amont de ce projet collectif.

Des raccordements dans un second temps

Après 2031, une fois le pipeline principal en place, d’autres industriels du Grand Ouest pourraient venir s’y greffer pour eux aussi décarboner leurs activités. Des dizaines de sites sont déjà identifiés dans différents secteurs d'activité. Les porteurs du projet parlent d’un potentiel de 4 millions de tonnes de CO2 par an à horizon 2050. Ce qui représenterait alors 75 % des émissions industrielles du Grand Ouest.

Mais déjà, tous les acteurs ne peuvent avancer au même rythme. Les cimentiers Heidelberg Materials (688 M€ de CA sur l’activité ciments en France) et Lafarge Ciments (600 M€ de CA) se tiennent prêts à tenir les délais pour 2030. Mais Lhoist (100 M€ de CA sur la chaux en France) a déjà prévenu que l’adaptation de ses process de chaux calciques serait plus longue : « Nous ne serons prêts qu’en 2033 ».

Pays de la Loire Saint-Nazaire Mayenne Nouvelle-Aquitaine Deux-Sèvres # Production et distribution d'énergie # Matériaux de construction # Grandes Entreprises # Investissement industriel # Transition écologique # Infrastructures