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Dans le Grand Est, NaTran prépare l’avenir en travaillant au transport de l’hydrogène et du CO2
Grand Est # Renouvelable # Transition énergétique

Dans le Grand Est, NaTran prépare l’avenir en travaillant au transport de l’hydrogène et du CO2

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L’opérateur de transport de gaz NaTran vient de lever le voile sur ses projets à long terme dans le Grand Est. Loin de s’apitoyer sur la baisse structurelle de la consommation de gaz, le transporteur veut développer trois écosystèmes régionaux autour de l’hydrogène et planche déjà sur le transport de CO2.

Le réseau de transport de gaz de NaTran dans le Grand Est fait 5 200 kilomètres — Photo : Natran

Une canalisation reliant Nancy à Dunkerque pour transporter jusqu’à 10 millions de tonnes de CO2 par an, CO2 capté directement dans les cheminées des usines du Grand Est ? "À bien des égards, c’est de la science-fiction, concède Vincent Rousseau, délégué territorial du territoire Nord Est de NaTran. Pour autant, c’est une réponse pour réparer ce que l’homme a abîmé depuis les premières révolutions industrielles." Et c’est aussi un sujet très concret sur lequel planchent les équipes de NaTran (près de 3 330 salariés, CA : 2,09 Md€). L’opérateur de transport de gaz prépare l’avenir en développant des réseaux de transport d’hydrogène mais aussi de CO2.

Des chimistes et des cimentiers intéressés

Ce CO2 a fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt, qui s’est terminé fin février sur "un succès", estime Vincent Rousseau sans vouloir en dire plus. Concrètement, NaTran a recensé les industriels intéressés par la technologie dite CCUS, pour "Carbon capture utilizations and storage" afin de mesurer l’opportunité d’investir dans un réseau de transport dédié au CO2. "Nous savions qu’il y avait un sujet, mais ça va mieux en recensant les acteurs intéressés", souligne Vincent Rousseau, en précisant que des cimenteries ou encore des chimistes ont manifesté leur intérêt.

Un "corridor prioritaire" de l’Espagne à l’Allemagne

Avant de transporter du CO2, les équipes de NaTran dans le Grand Est, soit 266 salariés, sont largement mobilisées sur la question de l’hydrogène. En 2025, le corridor européen de transport d’hydrogène H2med a enregistré de solides efforts de structuration. Imaginé pour transporter de l’hydrogène produit dans la péninsule ibérique grâce à de l’électricité solaire, vers l’Allemagne et son industrie, le corridor H2med a été lancé en 2022 par les dirigeants français, espagnol et portugais, rejoints en 2024 par les Allemands. En décembre 2025, H2med a décroché le statut de "corridor prioritaire" aux yeux de l’Europe, rendant possible son financement. La partie française de ce réseau, baptisée Hy-Fen, doit traverser cing régions en convertissant 850 kilomètres de réseaux de transport de gaz : 15 millions d’euros viennent d’être alloués aux premières études.

La région Grand Est reste la première région productrice de biométhane, du fait de nombreux méthaniseurs installés notamment en Champagne Ardenne — Photo : Natran

Trois réseaux locaux

Dans le Grand Est, trois réseaux de transports locaux d’hydrogène sont susceptibles de venir se raccorder à Hy-Fen. Le plus avancé, le réseau MosaHyc, doit relier dès 2029 le producteur d’hydrogène Verso Energy, installé à Carling en Moselle, au sidérurgiste SHS, basé à Dillingen en Allemagne. En Alsace, le projet de transport d’hydrogène Rhyn a commencé à se structurer autour de Chalampé, dans le Haut-Rhin, base forte de la chimie avec la présence de Butachimie et de BASF. "Nous sommes encore en attente à la fois des consommateurs d’hydrogène mais aussi des producteurs", tempère Vincent Rousseau, qui estime que la mise en service pourrait intervenir en 2030 voire 2031. Au nord de la Lorraine, le réseau Hy4link cherche à relier la Moselle à la Belgique, en passant par le Luxembourg.

Des chantiers pour adapter le réseau de transport de gaz

En attendant la généralisation des technologies de capture de CO2 et l’utilisation de l’hydrogène, NaTran investit pour adapter son réseau de transport de gaz dans le Grand Est, réseau qui compte 5 200 kilomètres de tuyaux. Le groupe a investi 31 millions d’euros en 2025 pour assurer la sécurité d’approvisionnement et accélérer son adaptation à la transition énergétique. Parmi les chantiers prioritaires, figure le déploiement d’installation de rebours, qui permettent aux producteurs de biométhane de continuer à injecter du gaz quand la consommation locale ne suffit pas à absorber la production. Le Grand Est compte déjà quatre installations de rebours, et les équipes de NaTran travaillant au déploiement de dix projets supplémentaires. "Un poste de rebours, c’est entre 3 et 4 millions d’euros", précise Vincent Rousseau.

En attendant les déclinaisons régionales de la PPE

Ces installations sont rendues nécessaires par le fort développement de la méthanisation dans le Grand Est. Actuellement, la région compte 131 sites d’injections de biométhane, pour une capacité de 3 TWh par an. Sachant que l’objectif fixé par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est d’atteindre "une capacité de 44 TWh de biométhane injecté en 2030 à l’échelle nationale", souligne le délégué territorial du territoire Nord Est de NaTran. En 2026, les déclinaisons régionales de la PPE "vont permettre de fixer la contribution de chaque région à cet objectif." Sur l’année 2025, la consommation totale de gaz a atteint 52,3 TWh dans le Grand Est. "La baisse est structurelle", note Vincent Rousseau, en précisant que les consommations de l’industrie régionale ont reculé de -3,6 % par rapport à 2024.

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