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Avec 295 millions d’euros levés en 2025, les start-up du Grand Est signent une année record
Grand Est # Banque # Levée de fonds

Avec 295 millions d’euros levés en 2025, les start-up du Grand Est signent une année record

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En repli le marché du capital-risque ? À rebours des tendances martelées par les observatoires nationaux, la version 2026 de l’Observatoire des levées de fonds publié par la société Blue Omingmak montre que les start-up du Grand Est ont levé 295 millions d’euros. Soit une progression de 91 % par rapport à l’exercice précédent.

En rassemblant 105 millions d’euros, la société Transgene a bouclé la plus importante levée de fonds dans le Grand Est au cours de 2025 — Photo : Marine Dumeny

Fidèle à sa position d’expert mesuré, le dirigeant de Blue Omingmak, Boris Ouarnier, évoque une "excellente nouvelle dans l’absolu". C’est en effet un dynamisme inattendu que révèle la version 2026 de l’Observatoire des des levées de fonds des start-up et scale-up du Grand Est, publié par la société nancéienne Blue Omingmak, en partenariat avec la French Tech Est.

Alors que l’année 2024 avait stagné à 154 millions d’euros, l’année 2025 a vu les montants levés s’envoler à 295 millions d’euros. Une "excellente nouvelle", qui vient surtout contredire certaines intuitions pessimistes. Si le marché du capital-risque semble bien être rentré dans une phase compliquée, force est de constater que l’approche rigoureuse adoptée par les équipes de Blue Omingmak permet de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, à l’échelle d’un territoire comme le Grand Est.

Un marché en "queue de comète"

Le nombre de start-up ayant levé des fonds progresse de 16 %, atteignant 92 sociétés pour 97 opérations. Fait notable, la région a vu moins de "multirécidivistes" que par le passé, ce qui signifie que "plus de start-up ont levé que les années précédentes", indique Boris Ouarnier. Parmi elles, 24 pépites régionales ont réalisé leur tout premier tour de table. L’Observatoire vient une nouvelle fois souligner une structure de marché en "queue de comète" : le dirigeant de Blue Ominkmak rappelle que "l’immense majorité des levées sont des petites levées", avec 63 opérations inférieures à 1,5 million d’euros.

"Les valorisations ont été plus compliquées à négocier en 2025", assure Boris Ouarnier, le dirigeant de Blue Omingmak — Photo : Blue Omingmak

Le retour des "méga-levées" et le poids du podium

Le record des montants levés est largement soutenu par la réapparition d’opérations d’envergure, supérieures à 30 millions d’euros, absentes du paysage en 2024. La concentration est d’ailleurs particulièrement forte : les trois plus grosses levées totalisent à elles seules 164 millions d’euros, soit 56 % de l’ensemble des fonds régionaux. En tête de file, la scale-up strasbourgeoise Transgène a marqué les esprits avec une levée historique de plus de 100 millions d’euros pour son vaccin thérapeutique contre le cancer.

Au-delà de la levée de Transgène, l’année 2025 marque le retour en force du secteur de la santé. Avec 181 millions d’euros levés par 34 start-up, les MedTechs réaffirment leur première place régionale. Le secteur de l’énergie reprend des couleurs, et les biens et services industriels redescendent en troisième position. Les projets digitaux, s’ils conservent leur seconde position en nombre de projets, ne sont qu’en cinquième position en montants levés.

Des valorisations sous haute tension

Malgré l’abondance de capitaux, les conditions d’accès au financement se sont durcies. "Lever des fonds s’est avéré plus difficile et plus long" en 2025, pointe le dirigeant de Blue Omingmak. Si 40 % des levées sont bouclées en moins de 6 mois, il a fallu plus d’un an à 20 % des start-up financées en 2025 pour aller au bout de leur projet de financement. Le constat le plus cinglant concerne les valorisations médianes, qui subissent un net recul. Lors des premiers tours, elles sont passées de 1,6 million d’euros en 2024 à 1,1 million d’euros en 2025. Pour les deuxièmes tours, la chute est encore plus brutale, dégringolant de 5,5 millions d’euros à seulement 2 millions d’euros. Boris Ouarnier est catégorique : "Les valorisations ont été plus compliquées à négocier en 2025".

Un outil de transparence pour un écosystème mature

Cette pression impacte directement les fondateurs de start-up. La dilution médiane au premier tour se situe à 21 points. L’étude montre également une accélération de la perte de contrôle : 60 % des dirigeants qui ont levé en 2025 deviennent minoritaires au troisième tour, une tendance "plus dure" que sur les trois premières versions de l’Observatoire. Fort de quatre années de données et d’un cumul de 832 millions d’euros levés dans la région, au cours de 359 opérations, cet Observatoire s’impose comme une ressource stratégique. Au-delà des capitaux, l’impact économique des start-up et scale-up du Grand Est est réel : d’après les projections réalisées par Blue Omingmak, les sociétés ayant levé en 2025 projettent de créer 2 300 emplois à horizon. Pour Boris Ouarnier, cet indicateur est le "signe de maturité et de richesse de l’écosystème", dans lequel la transparence des chiffres permet désormais d’aborder les levées de fonds "de manière sereine".

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