La biotech strasbourgeoise Transgene, installée à Illkirch-Graffenstaden, franchit une nouvelle étape décisive dans sa stratégie de développement. La société, qui conçoit des immunothérapies anticancéreuses reposant sur des vecteurs viraux, vient de lever 105 millions d’euros, soit plus de la moitié de sa capitalisation boursière. Un signal fort envoyé par ses investisseurs historiques – l’Institut Mérieux, via TSGH, qui porte sa participation de 69 % à 78 %, et Dassault Group – rejoints par plusieurs fonds européens spécialisés en santé.
Cette opération, annoncée dans un communiqué, assure à l’entreprise une visibilité financière jusqu’au début de l’année 2028 et doit lui permettre, " à hauteur d’environ 70 % ", d’accélérer le développement de myvac, sa plateforme de vaccins thérapeutiques individualisés.
Les essais sont concluants
Transgene emploie 160 collaborateurs, dont 72 % en R & D, et détient plus d’une centaine de brevets dans le monde. Lors d’une présentation en août 2025, la direction avait détaillé les avancées du candidat vaccinal TG4050, développé avec le groupe japonais NEC. Ce vaccin, conçu pour chaque patient à partir de l’analyse génomique de sa tumeur, intègre une trentaine de mutations sélectionnées grâce à l’intelligence artificielle avant d’être encapsulées dans un vecteur viral inoffensif. Administré en une vingtaine de doses sur un an, il vise à apprendre au système immunitaire à reconnaître et éliminer les cellules cancéreuses.
Les premières données cliniques ont renforcé la confiance des investisseurs. En phase I, menée sur 32 patients atteints de cancers ORL, la survie sans récidive atteignait 100 % après deux ans de suivi. " Ces résultats constituent une preuve de principe clinique ", rappelait Alessandro Riva, PDG. La phase II, engagée depuis 2024 auprès de 46 patients, délivrera ses premières données d’efficacité en 2027, tandis que de nouveaux résultats d’immunogénicité sont attendus au premier semestre 2026. Au total, près de 80 patients participent à ces essais menés avec l’Institut Curie, l’Oncopole de Toulouse, l’ICANS de Strasbourg, le centre Léon Bérard de Lyon, Cancer Research UK et la Mayo Clinic.
Une expansion prévue
Sur le plan industriel, Transgene prépare déjà sa montée en puissance. L’entreprise a inauguré en 2025 une nouvelle zone de production sur son site d’Illkirch et projette la construction d’un centre d’excellence pour 2026. Douze personnes y fabriquent aujourd’hui les lots individualisés, en 90 jours environ. L’objectif est désormais de réduire les délais, de fiabiliser les étapes sensibles et d’automatiser davantage la chaîne, tout en maintenant la présence d’ingénieurs, techniciens et biologistes au cœur du process.
La levée de fonds constitue ainsi un levier essentiel pour passer de la preuve clinique à l’échelle industrielle. Pour Transgene, la feuille de route est claire : stabiliser la technologie, sécuriser la production et atteindre, à l’horizon 2030, une possible commercialisation du TG4050. " C’est une étape indispensable pour transformer une innovation en solution thérapeutique disponible pour les patients ", résume Alessandro Riva.