Transgene, société de biotechnologie spécialisée dans les immunothérapies anticancéreuses, emploie 160 collaborateurs et détient 107 brevets dans le monde. " Notre mission est de redonner aux patients les armes pour combattre leur cancer ", résume Alessandro Riva, président-directeur général. L’entreprise concentre 72 % de ses effectifs sur la recherche et l’innovation et développe deux plateformes technologiques : myvac®, pour les vaccins individualisés, et Invirio, pour les virus oncolytiques.
La société prévoit la construction d’une usine attenante au site actuel, destinée à devenir en 2026 un centre d’excellence. Ce site, partiellement automatisé, doit préparer la montée en puissance de la production en vue d’une possible mise sur le marché du TG4050 à l’horizon 2030. " C’est une étape indispensable pour transformer une innovation clinique en solution thérapeutique disponible pour les patients ", insiste Alessandro Riva.
Un vaccin développé en partenariat avec un groupe japonais
Le vaccin TG4050, premier candidat issu de myvac®, est développé en partenariat avec le groupe japonais NEC. Il repose sur l’analyse du génome tumoral de chaque patient : une trentaine de mutations, identifiées par séquençage et sélectionnées grâce à l’intelligence artificielle, sont intégrées dans le vecteur viral. Inoffensif pour les cellules saines, le virus est la navette qui transporte de quoi apprendre au système immunitaire à cibler les cellules cancéreuses. Le traitement se présente sous la forme d’une vingtaine de doses, administrées sur une année.
Des résultats cliniques encourageants
Les essais portent actuellement sur les cancers de la sphère ORL, où les besoins médicaux restaient importants. La phase I, menée auprès de 32 patients, a montré une survie sans récidive de 100 % après deux ans de suivi. " Ces données constituent une preuve de principe clinique ", souligne Alessandro Riva.
La phase II, qui inclut 46 patients, a débuté il y a douze mois. Les premières données d’efficacité sont attendues en 2027, après deux ans de suivi, tandis que de nouveaux résultats d’immunogénicité (la capacité d’induire une réponse immunitaire) doivent être présentés au premier semestre 2026. Au total, environ 80 patients participent à ces deux phases.
Transgene collabore pour ces essais avec l’Institut Curie, l’Oncopole de Toulouse, l’ICANS de Strasbourg, le centre Léon Bérard de Lyon, Cancer Research UK et la Mayo Clinic. Sur le plan industriel, la société a conclu des partenariats avec NEC, BioInvent, MSD et, jusqu’en 2023, AstraZeneca.
Production sur mesure à Illkirch
À Illkirch-Graffenstaden, "douze personnes assurent aujourd’hui la fabrication des vaccins individualisés", détaille Anaëlle Paillart, adjointe responsable de production. Chaque préparation demande environ 90 jours.
"L’objectif est de réduire les délais de production : tout ce qui n’est pas limité par la biologie, par exemple, le temps nécessaire pour que des cellules se multiplient, que les vecteurs viraux se répliquent, ou que certaines réactions biologiques se stabilisent… devrait pouvoir être raccourci.", explique Simone Steiner, directrice des opérations techniques.
Les équipes ambitionnent de fiabiliser et d’automatiser davantage les étapes. " Nous voulons limiter les interventions humaines pour réduire les risques de contamination, tout en conservant des ingénieurs, techniciens et biologistes au cœur du dispositif ", ajoute-t-elle.
Un financement via le Crédit impôt recherche et des investisseurs
La société ne génère pas encore de chiffre d’affaires. Ses subventions proviennent essentiellement du crédit d’impôt recherche (CIR) français, qui représentait 6,4 millions d’euros en 2024, soit environ 11 % de son financement. "Le reste de nos investissements est porté par nos divers financeurs", explique le directeur général.
Les résultats attendus en 2026 et 2027 seront déterminants pour confirmer le potentiel du TG4050 et franchir une nouvelle étape vers la commercialisation en 2030.