À Mulhouse, le Musée national de l’Automobile consacre cette année une exposition temporaire autour de la Formule 1 avec près de cinquante monoplaces emblématiques. Mais, mardi 28 avril 2026, c’est un autre véhicule qui a cristallisé les attentions dans les allées du site abritant la plus importante collection automobile au monde : l’IPOP. Un véhicule électrique appartenant à la catégorie des quadricycles lourds pouvant transporter jusqu’à quatre personnes. De couleur jaune, ce premier prototype de l’IPOP se distingue par son poids d’environ 500 kg, une autonomie de 130 kilomètres pour une vitesse maximale de 90 km/h, et ses quatre roues motorisées.
Imaginée par Christophe Winkelmuller, PDG et fondateur de l’Agence Automobilière, implantée à Sausheim (Haut-Rhin) et tête d’un réseau spécialisé dans la vente et l’achat de véhicules d’occasion entre particuliers par le biais de 120 agences en France et en Europe, l’IPOP se décline aussi en mode sans permis et en version quatre roues motrices. "J’ai toujours rêvé de créer une voiture innovante et populaire", souligne son concepteur après avoir levé le voile sur ce véhicule adapté aussi bien à la ville qu’à la campagne pour les trajets du quotidien.
Un premier prototype à 300 000 euros
Plus de cinq ans ont été nécessaires pour que ce premier prototype voit le jour. Après avoir introduit son réseau de franchise en Bourse en 2021, mis en place un Codir et nommé un directeur général, Christophe Winkelmuller a pu s’extraire de l’opérationnel de L’Agence Automobilière (7 salariés au siège ; 1,60 M€ de CA et un réseau de 750 agents indépendants) pour se consacrer pleinement aux nouveaux projets. Après avoir déposé le nom de l’IPOP et réalisé les premières esquisses du véhicule, il a créé la société IPOP Automobiles dont il détient 90 % des parts. Stéphane Wardeh, ingénieur et investisseur mulhousien, détenant le reste du capital.
"J’avais besoin de fonds pour développer ce projet qui s’est avéré plus complexe que prévu", poursuit-il. Faute de soutien de la part des banques, il décroche un prêt innovation auprès de Bpifrance et une aide de 30 000 euros de la part de la Région Grand Est."Hors études, le prototype tel qu’on le voit, c’est à peu près 300 000 euros juste en matériel et pour réaliser les pièces. C’est quasiment le prix d’une Ferrari ! Pour une voiture populaire, ça commence à chiffrer", sourit Christophe Winkelmuller. En revanche, il déplore que l’État ait suspendu, fin 2024, les bonus écologiques pour l’acquisition de ce type de véhicules.
Un véhicule issu des circuits courts
Gage de Made in France, l’IPOP arbore le drapeau tricolore sur sa calandre et son tableau de bord. Sa conception finale a été réalisée par le groupe francilien I-D Concepts, les roues motorisées et les batteries par le Groupe Savoy, établi à Cluses (Haute-Savoie) et qui développe également ses propres véhicules électriques, tandis que le châssis provient de Muller International Business, bureau d’études basé à Sainte-Croix-en-Plaine (Haut-Rhin). Les éléments des portières sont signés Normalu, société qui opère sous la marque commerciale Barrisol depuis Kembs (Haut-Rhin), le pare-brise en polycarbonate provient de Plastrance, PME implantée à Brunstatt-Didenheim, tandis que d’autres sous-traitants sont localisés dans le département des Vosges. Enfin, le tout est assemblé chez Dangel à Sentheim (Haut-Rhin), déjà spécialisé dans la transformation des utilitaires de Stellantis en quatre roues motrices, qui se chargera des préséries en vue de l’industrialisation de l’IPOP.
1,5 million d’euros à lever
Pour cette étape qui doit ensuite déboucher sur l’homologation du véhicule en Europe et de ses process de fabrication, espérée pour début 2027, Christophe Winkelmuller cherche à lever 1,5 million d’euros pour financer les études nécessaires en vue de la phase d’industrialisation. Pour l’heure, il n’exclut pas de proposer à ses 100 premiers clients "la possibilité d’entrer dans le capital et de créer une société à capitaux variables".
Conscient que le contexte géopolitique actuel, qui se traduit notamment par la flambée du coût des carburants joue en sa faveur, le dirigeant table sur la vente de 1 500 véhicules par an dans le marché du quadricycle lourd qui pèse 40 000 unités en France.
"J’ai également établi un comparatif au niveau du coût du kilowattheure. C’est avec l’IPOP qu’on fait le plus de kilomètres avec 1 kWh grâce à son faible poids", argumente celui qui pourra s’appuyer sur son réseau de L’Agence Automobilière pour la commercialisation de ses véhicules.
La motorisation des roues comme levier d’innovation
Côté innovation, Christophe Winkelmuller milite également pour la motorisation des roues. "Je suis convaincu qu’elles concentreront les futures évolutions technologiques", ajoute celui qui reconnaît s’inspirer de Mate Rimac, fondateur du groupe croate Rimac Automobili.
"Il n’y a pas si longtemps, il bricolait sa BM dans son garage avec des batteries pour en faire une voiture de course. Aujourd’hui, il est à la tête de Bugatti", concède le dirigeant mulhousien.
À ses yeux, l’époque serait à nouveau propice à la création et à l’innovation dans le secteur automobile. "Grâce aux moteurs électriques et à leur simplification, on peut concevoir des automobiles plus facilement", se réjouit Christophe Winkelmuller qui, avec l’IPOP, concrétise son "rêve d’enfant". Même si, dans ses souvenirs, ce nouveau constructeur français s’imaginait plutôt fabriquer la première voiture volante…