Le tout premier véhicule signé 4WD By Dangel, présenté en octobre au Mondial de l’Automobile de Paris, vient de sortir de l’atelier haut-rhinois du constructeur basé à Sentheim dans le Haut-Rhin, près de Mulhouse, il y a tout juste trois semaines. Le 4x4 a directement pris la route d’Oslo où le spécialiste de la transformation de véhicules en modèle à quatre roues motrices est déjà bien implanté, et livre notamment la poste norvégienne.
Cette nouvelle solution transforme les utilitaires du groupe Stellantis en 4X4, grâce à un système d’électrification du train arrière. La solution 4WD By Dangel s’adapte aussi bien sur les véhicules thermiques qu’électriques, qu’ils soient à boîtes manuelles ou automatiques.
L’électrification des petits utilitaires pour commencer
"Nous commençons avec l’électrification du train arrière des véhicules utilitaire de petite taille (Peugeot Partner, Citroën Berlingo, Opel Combo, Toyota Pro Ace City… NDLR). Les véhicules de taille intermédiaire (de type Peugeot Expert, Citroën Jumpy, Opel Vivaro) suivront courant 2025", signale Philippe Hébert, le dirigeant d’Automobiles Dangel.
L’ancien directeur d’usine de PSA Mulhouse a repris l’entreprise, spécialisée dans la transformation des véhicules utilitaires neufs de Stellantis et Toyota en quatre roues motrices en 2017, avec l’ambition de verdir ses solutions. Le virage est amorcé en 2019 dans le cadre d’un plan d’investissement de 14 millions d’euros sur huit ans. Début 2024, Dangel bénéficie ensuite d’un soutien de 4 millions d’euros dans le cadre de France 2030. Car, pour développer ses solutions, l’entreprise consacre chaque année plus de 10 % de son chiffre d’affaires (23 millions d’euros en 2023) à la R & D. Quinze collaborateurs sur les 115 que compte l’entreprise y travaillent.
En parallèle de sa gamme de 4x4 électrifiés, Dangel a développé avec le normand Lormauto et le turc Bédéo des solutions de rétrofit, sur deux roues motrices cette fois. La solution associant un moteur électrique fixé directement sur les roues, couplé à un moteur diesel, développée par Bédéo, pourra se déployer chez Dangel dès son homologation par le CNRV (centre national de réception des véhicules). Autant dire qu’elle est très attendue.
Le rétrofit : le pied sur l’accélérateur malgré les freins
Mais le développement du rétrofit - à ne pas confondre avec l’hybride, car en retrofit le véhicule roule soit en mode diesel, soit en mode électrique mais ne combine pas les deux lors d’un trajet - ne se heurte pas qu’aux délais d’homologation. Son coût, estimé autour de 20 000 euros par véhicule, est freiné par l’absence de financements. "20 000 euros c’est cher. Or les banques sont frileuses. Nous demandons aux banques, ou à la caisse des dépôts, de s’engager et de proposer des solutions de financement aux prospects sinon le rétrofit ne décollera pas", plaide Philippe Hébert.
Pour justifier la question récurrente du prix véhicule, ce dernier répond que le moteur et les batteries (assemblées chez Dangel) sont "durables". "Et quand le véhicule part à la casse, nous pouvons récupérer les moteur-roues et la batterie pour les transposer sur un nouveau véhicule", signale Philippe Hébert.
Une solution pour respecter les ZFE
En visite chez Dangel, le président de la région Grand Est Franck Leroy n’a pas été insensible aux arguments du chef d’entreprise quand celui-ci a sollicité le soutien de l’action publique au travers des commandes de l’UGAP, la première centrale d’achat public. "Peut-être pourrions-nous passer une partie de notre flotte en rétrofit pour accélérer le mouvement ?", s’est interrogé M.Leroy. Les bénéfices du rétrofit, notamment dans le périmètre des ZFE (Zone à faibles émissions) ont également été entendus.
Une dérogation pour éviter l’écotaxe R-Pass ?
Une autre demande a concerné le futur positionnement des véhicules rétrofités dans le contexte de la mise en œuvre à venir du R-Pass, la taxe poids lourds que doit décliner la CeA en Alsace. Mais aussi dans le contexte de l’application de la taxe poids lourd du Grand Est. L’adjonction d’un moteur électrique pourrait faire basculer les utilitaires dans le giron des véhicules de plus de 3,5 tonnes soumis aux deux taxes. Une incohérence pour Philippe Hébert, entendue par le président de région : "Il faut faire passer ces véhicules dans les dérogations", a conforté celui-ci.
Objectif de tripler le chiffre d’affaires
En 2024, Dangel table sur 22 millions d’euros de chiffre d’affaires et 800 000 euros de résultat net. Le constructeur espère désormais transformer 7 000 véhicules par an (contre 3 500 actuellement) d’ici 2027 et atteindre son objectif de triplement de chiffre d’affaires à 60 millions d’euros d’ici trois ans. Avec une répartition pour moitié sur le 4x4 et pour moitié sur le rétrofit. Et la création potentielle d’une cinquantaine d’emplois.
La visibilité sur les objectifs en termes de 4x4 mécaniques et 4x4 électriques est encore prématurée pour le dirigeant : "Tout dépendra des décisions politiques", avance prudemment Philippe Hébert.
Le rôle clé du politique
Dangel va devoir lever les freins un à un alors que dans le même temps le dispositif d’aides de l’État à l’achat de véhicules électriques aux particuliers se dégonfle un peu plus, et que celui pour les véhicules professionnels n’est pas encore connu. Mais le dirigeant reste confiant. "Nous avons fait notre travail d’industriel, nous sommes prêts. Maintenant il faut commercialiser", appuie Philippe Hébert.