Calvados
La start-up Lormauto stoppée dans sa course au rétrofit et liquidée
Calvados # Automobile # Procédure collective

La start-up Lormauto stoppée dans sa course au rétrofit et liquidée

S'abonner

Un an après le lancement de sa production, l’usine de la start-up Lormauto à Argences est contrainte de mettre la clé sous la porte. Spécialisée dans le rétrofit de voitures, qui permet de transformer voitures thermiques en voitures électriques, l’entreprise a été liquidée par le tribunal de commerce de Caen, mercredi 21 mai.

Le lancement de la production en série avait été fêté officiellement en mars 2024 à la Région Normandie en présence de nombreux partenaires et officiels — Photo : Isabelle Evrard

L’histoire était pourtant belle et pleine d’avenir. Lancée en 2020 à Lisieux, la société Lormauto, créée par Sébastien Rolo, Olivier Zanusso et Franck Lefèvre, ambitionne alors de transformer des voitures existantes en voitures électriques. Son choix se porte sur la Twingo, la citadine de Renault, dont elle décide de remplacer le moteur thermique par un bloc électrique et des batteries. Le lancement de la production en série dans une usine de 3 000 m2, forte d’une dizaine de salariés, avait été fêté officiellement en mars 2024 à la Région Normandie en présence de nombreux partenaires et officiels. Mais faute de trésorerie et d’aides publiques, la société jette aujourd’hui l’éponge. Le tribunal de commerce de Caen a prononcé sa liquidation judiciaire le 22 mai dernier.

"Un véritable coup de poignard"

Un énorme gâchis pour cette belle aventure industrielle. La société avait déjà transformé et livré une quinzaine de véhicules à ses clients, dont l’Agglomération du Cotentin et la Région Normandie, qui dans l’histoire, avait attribué des aides à quatre reprises depuis 2020 à l’entreprise normande pour un montant total de 400 000 euros dont 150 000 euros en 2023 au titre du dispositif "Impulsion Développement Trésorerie".

"Les problèmes ont commencé avec la loi de finances du gouvernement Attal. C’est le premier coup de poignard pour nous. Il y avait une ambiguïté dans cette loi qui interdisait de louer des véhicules rétrofités aux particuliers", explique Sébastien Rolo, l’un des cofondateurs de Lormauto. "Or, tout notre business model était basé sur la location de Twingo. Le décret qui a suivi a tranché en notre défaveur."

Une quinzaine de voitures livrées

Pour la société normande, c’est le premier de toute une série de dominos qui tombe. "Notre levée de fonds initiée depuis trois mois basée sur le modèle de location est stoppée nette. Notre trésorerie a commencé vite à en souffrir. Nous avons donc décidé de prouver que nous étions quand même capables de produire des voitures. Nous avons réussi à mettre en place un process de fabrication, avec l’aide de la Région Normandie, et nous avons pu livrer une quinzaine de voitures à nos clients. Nous aurions pu en fabriquer plus, mais cela supposait d’acheter des composants et des composants de prototypage ont des coûts très élevés. Nous ne pouvions plus produire à perte, et nous avons décidé d’arrêter la production à l’hiver 2024."

Lormauto s’était résolue à abandonner l’idée de véhicules pour particuliers pour se pencher sur des véhicules utilitaires dédiés aux flottes des collectivités — Photo : Isabelle Evrard

Lormauto ne s’avoue pas pour autant battu et se présente au Mondial de l’Auto 2024. "Nous décidons alors d’abandonner l’idée de véhicules pour particuliers pour nous pencher sur des véhicules utilitaires dédiés aux flottes des collectivités. Mais le manque de trésorerie se creusant, j’ai décidé en novembre 2024, d’aller voir le président du tribunal de commerce de Caen pour une conciliation et de nous mettre sous protection.

Fin de non-recevoir de BPIfrance

"Sur les conseils de la préfecture de Normandie et de la Banque des Territoires, nous avons recontacté le fonds Avenir Automobiles de BPIFrance qui nous autorise à rouvrir le dossier pour nous donner le temps de trouver des soutiens financiers", poursuit Sébastien Rollo.

Mais le 19 février 2025, BPIfrance fait marche arrière et annonce aux fondateurs de Lormauto une fin de non-recevoir et un refus d’investir dans la société normande. Prétexte invoqué par la Banque publique : "nos actionnaires, c’est-à-dire Stellantis, Renault, la Banque des Territoires et l’État, ne croient pas en la filière du rétrofit. Il n’y a pas de profondeur de marché. Ce dont a besoin la France, ce sont des petits véhicules électriques pas chers."

Pour les fondateurs, c’est un véritable choc. "C’est un véritable paradoxe, puisqu’un outil de financement de l’État ne veut pas accompagner la politique de l’État en matière de décarbonation, alors même que notre société était lauréate de France 2030 sur le sujet."

Une situation ubuesque

En dernier recours, l’entreprise normande est reçue le 3 mars 2025 au ministère de l’Industrie à Bercy. "Le ministère de l’Industrie nous a proposé de débloquer par anticipation la seconde tranche de la subvention France 2030 de manière exceptionnelle, à charge pour nous de trouver des investisseurs privés."

Lormauto se retrousse les manches et travaille sur le projet pendant deux mois : le 28 avril 2025, la société annonce avoir réussi à trouver plus de 2 millions d’euros de fonds privés et 1,3 million d’euros d’aides publiques. "Or, rien n’y fait. BPIfrance refuse à nouveau de prendre en compte le dossier. Face à cette situation ubuesque, Lormauto décide de jeter l’éponge. Cela faisait 6 mois que nous payions nos salariés sur nos deniers personnels…" Mercredi 21 mai, la société est liquidée et désormais dans les mains de l’administrateur judiciaire.

Calvados # Automobile # Procédure collective # Suppressions d'emplois # Start-up # Transition énergétique # Juridique # Levée de fonds