Changer de cap (et d’ambition) pour survivre. Depuis l’annonce de Stellantis le 16 juillet 2025, de stopper ses programmes de véhicules à hydrogène, le sort du spécialiste de la pile à combustible Symbio (640 salariés dont 590 en France ; 12,80 M€ de CA et près de 104 millions de pertes en 2024) était en suspens.
Comment continuer alors qu’un débouché majeur, les véhicules utilitaires de Stellantis, par ailleurs actionnaire à hauteur de 33 %, lui faisait défaut. Ses commandes devaient représenter à elles seules environ 80 % du volume de production prévu par Symbio, choisi pour produire la solution hydrogène zéro émission de ses véhicules utilitaires légers, Peugeot e-Expert, Citroën e-Jumpy, et Opel Vivaro-e. "En raison de la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et du besoin d'incitations très élevées pour les clients, l'entreprise n'anticipe pas l'adoption des véhicules légers à hydrogène avant la fin de la décennie", avait à l'époque déclaré le constructeur automobile dans un communiqué. Une annonce choc qui avait conduit Michelin à provisionner 140 millions d'euros dans la foulée.
Un projet contrarié
Brusque changement de météo, donc pour la deeptech, qui avait inauguré en grande pompe sa gigafactory SymphonHy de 26 000 m2 à Saint-Fons il y a tout juste 2 ans, en décembre 2023 et prévoyait 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Afin d’atteindre ses objectifs ambitieux, Symbio avait planifié un investissement total d’un milliard d’euros d’ici 2030 pour son déploiement industriel soutenu par le programme d’investissements d’avenir en faveur des énergies propres (PIIEC), une initiative soutenue conjointement par France Relance/France 2030 et l’Union européenne.
Un plan de refinancement
En six mois, la coentreprise détenue à parts égales par Forvia, Michelin et Stellantis (entré au capital en mai 2023), a dû revoir sa copie pour assurer "sa continuité d’exploitation et sa pérennité de l’entreprise, avec le soutien des pouvoirs publics. Le conseil d’administration, constitué de représentants de ses 3 actionnaires, a validé un nouveau plan d’affaires avec un accord de refinancement dont les modalités n’ont pas été communiquées.
"Nous avons redéfini nos priorités stratégiques et adapté notre offre pour répondre à la nouvelle donne des marchés de la mobilité et du stationnaire. Notre volonté est de permettre à Symbio de devenir un acteur incontournable de la technologie hydrogène-électrique pour construire en France l’avenir d’une filière hydrogène européenne souveraine ", déclare Jean-Baptiste Lucas, PDG de Symbio, arrivé aux commandes le 10 juillet 2025, succédant à Philippe Rosier.
Mobilité lourde et data centers
Cette indispensable transformation permettra à Symbio de poursuivre son activité en s’adaptant à un marché encore en phase de structuration, celui de la mobilité hydrogène. Son ambition est de poursuivre ses activités dans des conditions pérennes et renforcer sa compétitivité. Dans ce but, elle a sécurisé le déploiement de son plan produit, avec une pile à hydrogène de 75 kW de dernière génération, dédiée aux applications telles que les autobus, les autocars, et les usages stationnaires. Cette technologie, déjà en exploitation sur les routes et en test pour être utilisée en stationnaire pour des data centers, fera l’objet d’une montée en cadence progressive. L’objectif est d’atteindre une capacité de production de 10 000 systèmes par an à l’horizon 2028-2030 sur le site SymphonHy de Saint-Fons (Rhône).
Dans le même temps, pour préparer l’avenir, la deeptech, qui fête cette année ses 15 ans d'existence, va orienter ses activités de R & D, avec une nouvelle génération de pile à hydrogène de 150 kW. Cette évolution technologique lui permettra d’adresser des segments à usages très intensifs, comme celui des poids lourds, "afin de répondre aux besoins de décarbonation du transport longue distance sur lequel une forte montée des volumes est attendue à partir de 2030", indique un communiqué.
Suppression de deux tiers des emplois
Pour mener ce projet, Symbio devra se "redimensionner", un terme pudique pour évoquer un vaste plan de départ de plusieurs centaines de salariés pour ne maintenir que 175 emplois (versus 640 aujourd’hui) au sein d’une organisation adaptée au nouveau périmètre d’activité. " La poursuite de nos activités passe par une transformation profonde et difficile. […]. Je veillerai personnellement à ce que le processus de transition et l’accompagnement humain qui en découle soient exemplaires", insiste Jean-Baptiste Lucas.
Symbio s’appuiera également sur ses atouts : sa gigafactory SymphonHy, le plus grand site intégré dédié à la production de piles à combustible en Europe et le seul à être conforme à l’IATF 16949, et son site de Temecula en Californie (États-Unis). ses brevets, son expertise et son réseau de partenaires.