Vous avez pris les commandes de l’incubateur-accélérateur Pulsalys de Lyon-Saint-Etienne en octobre 2024, quel regard portez-vous sur son ancrage dans la région ?
En tant qu’interface entre les laboratoires de recherche et le monde socio-économique, Pulsalys (plus de 50 salariés équivalent temps plein) transforme des découvertes scientifiques en innovations technologiques pour les entreprises. Nous puisons nos racines dans un écosystème d’une richesse incroyable doté de 11 500 chercheurs et 178 unités de recherche publique. J’ai également été frappée par l’ambition et la capacité à prendre des risques des entrepreneurs de la 1re région industrielle de France.
Quel bilan faites-vous de son action ?
Depuis sa création en 2013, Pulsalys a financé plus de 330 projets pour une enveloppe globale de 41 millions d’euros. Cela a permis de créer et d'accompagner 159 start-up deeptech (300 M€ de fonds levés, 1 600 emplois créés) et de renforcer technologiquement 52 entreprises existantes. Parmi les start-up accompagnées dans le passé, nous pouvons citer, parmi d’autres, des entreprises en croissance qui ont par la suite réalisé de belles levées de fonds comme Lactips (16 M€), 3DeusDynamics (10 M€), Hephaistos Pharma (10 M€) ou encore HawkCell (5 M€).
Quelles sont les principales missions et services de Pulsalys ?
Elles sont au nombre de 4. Nous sommes fournisseurs de technologies, experts en propriété intellectuelle, fonds de maturation pour faire grandir les technologies en labo et incubateur de start-up deeptech.
En 2024, nous avons constitué 34 actifs de propriété intellectuelle et financé 17 nouveaux projets à hauteur de 4,6 millions d’euros. Nous avons accompagné des jeunes pousses dont certaines ont été distinguées dans les concours d’innovation I-Lab et I-Nov de l’État, comme Kurage, Lys Therapeutics et Sirius NeoSight.
Je peux également citer notre travail dans le cadre de 3 consortiums des SATT dont nous sommes chef de file, à savoir Cactus (décarbonation de l’industrie), Circle (recyclage et matériaux durables) et Catriem (prévention et lutte contre les menaces infectieuses). L’objectif est de soutenir le développement technologique de projets de recherche pour les rapprocher des marchés cibles. Dans ce cadre, nous avons financé 40 projets à hauteur de 4,4 millions d’euros. D’autres projets seront accompagnés. Chaque consortium est doté d’un budget de 15 à 20 millions d’euros.
Qu'est ce que le nouveau dispositif PUI - Pole Universitaire d’Innovation - Impulse destiné à coordonner la démarche d’innovation du site académique de Lyon Saint-Etienne ?
Lancé en 2024 avec 19 partenaires académiques dont Centrale Lyon, ENS de Lyon, l’INRIA et université Claude Bernard Lyon 1, il vise à sensibiliser les chercheurs scientifiques à la démarche d’innovation avec 4 programmes emblématiques : le Bootcamp Expl’Aura, formation intensive à l’innovation pour jeunes chercheurs, le bootcamp Start (H) dédié aux chercheuses souhaitant révéler le potentiel de leurs travaux, le programme Chercheurs Impulse pour les chercheurs porteurs d’un projet de création d’activité et la Forge, dispositif pour ancrer la notion d’impact dans la construction de projets.
Quelles sont les grandes lignes de votre nouvelle feuille de route qui sera dévoilée au printemps 2025 ? Dans quelles directions souhaitez-vous développer Pulsalys ?
Cette feuille sera co-construite avec les parties prenantes de notre écosystème. En tant qu’ancienne directrice des affaires scientifiques, de l’innovation et de la RSE du groupe coopératif agricole Limagrain, 4e groupe semencier mondial (9 000 salariés ; 2,5 Md€ de CA) pendant 17 ans, je suis attachée à cette culture de la coconstruction.
Par ailleurs, nous allons engager un travail pour sélectionner les meilleures pratiques en matière d’accompagnement telles qu’elles ont été expérimentées par Pulsalys. Depuis 2022, nous avons pris le parti de soutenir un peu moins de projets mais en engageant des montants plus importants car nous avons constaté que cette approche rendait les entreprises plus solides. Nous allons aussi simplifier notre offre de services pour la rendre plus lisible.
Quelle place souhaitez-vous accorder au développement durable dans les projets soutenus ?
Je pense que le développement durable n’est plus une option. Il doit inspirer et valider chaque projet entrepreneurial ou de recherche. À notre échelle, je peux notamment citer les 6 start-up incubées à La Forge dont Recycl’elit, Pic, Decotex, Carbotrim etc, qui ont bénéficié d’une étude systémique de leur futur impact environnemental et sociétal.
Comment est financée l’activité de Pulsalys ?
Jusqu’à présent, nous étions accompagnés par Bpifrance à hauteur de 12 millions d’euros sur 3 ans. Mais nous dépendons désormais du ministère de l’Enseignement et de la Recherche avec lequel nous négocions notre futur budget.
Il serait judicieux de diversifier nos sources de financement, notamment en allant en chercher des soutiens au niveau européen, et explorer de nouveaux partenariats, pour renforcer notre résilience financière (les HCL sont entrés au capital de Pulsalys cette année, NDLR). À cet égard, il est clair que nous avons un potentiel encore non exploré de transfert de technologies auprès des PME et entreprises matures dont nous cherchons, en relation avec le réseau des Carnot, à identifier les besoins pour accélérer les transferts de technologie.
Quels sont les projets de Pulsalys pour 2025 ?
Nous venons de signer début décembre 2024 un partenariat avec Orange dans la région pour accélérer le développement de technologies et de start-up dans le domaine du numérique. Cette collaboration s’inscrit dans le droit fil des partenariats déjà conclus avec Symbio, Materi’Act et M2Care, afin de détecter des opportunités communes d’accompagnement et apporter des expertises croisées sur les projets.
Nous allons aussi déménager à l’automne 2025, pour nous installer dans la I-Factory un nouveau bâtiment de 6 500 m2 sur le campus Lyon Tech la Doua, aux côtés de l’INRIA, du centre de l’entrepreneuriat Lyon-Saint-Etienne, de la fabrique de l’innovation, etc. Ce lieu totem de l’entrepreneuriat et de l’innovation a l’ambition de renforcer l’interaction entre les mondes académique et socio-économique