"On est en plein milieu du gué, au milieu de la Vallée de la Mort. On traverse le désert en voyant des oasis, on ne sait pas si ce sont des mirages ou pas, mais on continue, on sait que c’est par là. Notre bouteille d’eau se vide mais on a une boussole !". Nelson Lukes, fondateur et président de la start-up provençale K-Motors a le sens de la métaphore pour décrire ce que vit actuellement sa société. Créée en 2019, mais véritablement en ordre de marche depuis 2021, l’entreprise située à Peynier dans les Bouches-du-Rhône, vient en effet de franchir une étape de taille en bouclant un tour de table financier de 5 millions d’euros auprès de Bpifrance, via son fonds Bpifrance Amorçage Industriel, Kyocera Ventures, Région Sud Investissement, LCL, Société Générale et CEPAC.
"1 000 fois plus vite"
De quoi donner un sacré coup de boost à cette PME de 18 personnes qui développe des commutateurs électroniques haute puissance pour la mobilité électrique. Derrière ce terme un peu barbare pour le profane se cache en fait un bijou technologique, une sorte d’interrupteur, baptisé PowerSwitcher, qui a deux applications concrètes : permettre de combiner intelligemment plusieurs sources d’énergie au sein d’un même véhicule ou/et de protéger les batteries comme le fait un fusible. Le tout avec une fiabilité et des vitesses inégalées "1 000 fois supérieures à ce qui existe", souligne le dirigeant dont le produit, au potentiel stratégique dans un monde où l’électrification explose, s’adresse notamment aux constructeurs automobiles, secteur marin, data centers…
Premières livraisons
Concrètement, grâce à cette levée de fonds, K-Motors va "sortir de la phase de preuve de concept pour atteindre une échelle préindustrielle". Après avoir réalisé un chiffre d’affaires de 124 000 euros en 2024 et 500 000 euros en 2025, la marque vise entre 1 et 1,5 million d’euros cette année grâce notamment à la livraison de 1 000 commutateurs électroniques haute puissance à des clients qui vont pouvoir finaliser l’adaptation de ce produit à leurs besoins et les différentes étapes de certification. Il sera temps ensuite de passer à la phase industrielle pure et dure. La fabrication des prototypes était jusqu’à présent sous-traitée. Les choses vont changer indique le patron après avoir "acheté les machines pour faire la moitié de l’assemblage dès cette année".
Tourné vers l’international
La start-up se met aussi en ordre de marche pour la commercialisation qui s’effectue à 70 % en Europe (dont moins de 10 % en France), 25 % aux Etats-Unis et 5 % en Asie (à Taïwan et en Inde) avec, notamment, le recrutement de Marc Giraudot en tant que directeur des ventes, venu de chez Saqara (concepteur de logiciels pour le BTP). L’export est donc une grosse piste pour ce PowerSwitcher qui semble avoir tous les atouts incontournables dans la mobilité électrique s’enthousiasment ses défenseurs. En particulier grâce à ses capacités qui attirent les professionnels de la filière séduits par sa propension à "améliorer les performances des véhicules et la durée de vie des batteries", souligne Rick Johnson, directeur des investissements chez Kyocera Ventures qui a rejoint le tour de table. Même si, par essence, cette activité et son développement s’accordent sur un temps long, martèle Nelson Lukes, pas question pour autant de s’endormir : "il faut qu’on soit opérationnel dans 15 mois, pas sur toutes les verticales industrielles que l’on va adresser mais au moins sur deux ou trois !"