Les Alchimistes Côte d’Azur (40 collaborateurs dont 2 à Nice) sont désormais présents dans les Alpes-Maritimes. Les entreprises y sont-elles engagées dans le recyclage de leurs biodéchets ?
Les plus grandes entreprises, qui ont une politique RSE, y sont globalement passées. À l’image d’Amadeus, Thales, Mane Robertet ou Air France que nous comptons parmi nos clients. Les groupes hôteliers, de santé ou scolaires aussi. Pour les plus petites, cela reste compliqué. Et ce n’est pas forcément de leur faute.
Comment ces petites entreprises réagissent-elles ?
Elles me disent souvent "Quand ce sera obligé, je m’y mettrais"… alors que c’est déjà une obligation (depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose la valorisation des biodéchets – déchets verts et alimentaires – pour les entreprises quel que soit le volume, NDLR).
Elles disent aussi avoir déjà trop de charges, pas assez de temps, pas assez de place.
Le secteur hôtellerie-restauration, très présent dans les Alpes-Maritimes, est logiquement très producteur de biodéchets, près de 26 000 kg par jour selon une étude de la CCI azuréenne….
Il suffit de regarder les poubelles des restaurants, il n’y a pas de tri. Aussi parce que la Métropole collecte ces déchets alimentaires alors qu’elle ne devrait pas le faire. Il faudrait que les collectivités locales communiquent davantage ou carrément refusent de collecter, comme c’est en train de se faire à Toulon.
Aujourd’hui, sur nos 300 clients maralpins, on compte 2 ou 3 restaurants… un peu plus si on ajoute les chaînes comme Burger King, KFC ou Starbucks.
Quelles peuvent être les solutions ?
Il faudrait que ce soit plus simple et intégré dans une politique déchets. Pour les petites structures, il faut qu’on essaye de faire des calculs avec elles pour arriver à ce que cela entre dans la redevance spéciale (contribution financière dédiée à la collecte et au traitement des déchets non ménagers produits par les professionnels, NDLR) pour que ça ne leur coûte pas plus cher, voire qu’elles gagnent de l’argent.
Il faudrait aussi des tournées un peu plus denses, multisites. Ça n’a pas de sens de faire de la route pour collecter une seule entreprise à Grasse une fois par semaine. En revanche, si on a 15 entreprises à collecter, et qu’on fait une petite tournée là-bas et que ça vient avec le camion, ça a du sens.
Comment votre collecte est-elle organisée ?
Nous collectons nous-même et avec des sous-traitants, comme la Drisse, une SCOP de Grasse. Nous avons des camions qui viennent et emmènent tout dans le Var sur notre plateforme de tri de Puget-sur-Argens. Le compost est fait ensuite à côté de Fréjus. Il est vendu à 99 % à des viticulteurs du territoire. Une quinzaine de domaines utilisent notre compost.
Évidemment, l’objectif est de réduire ces transports, on commence aussi à avoir des camions qui roulent au gaz naturel (GNV) et à faire des plateformes plus proches. Il faut pouvoir accélérer, avoir un impact plus grand.
Prévoyez-vous des infrastructures de tri ou de compostage dans les Alpes-Maritimes ?
Depuis l’an dernier, nous avons un petit bout de terrain à Saint-Isidore, à Nice, où nos bacs y sont échangés. Des petits camions font des tournées en ville et y amènent tout pour qu’un poids lourd fasse ensuite l’aller-retour jusqu’à la plateforme varoise.
Et d’ici la fin de l’année, nous allons ouvrir un autre site, toujours à Nice, qui nous permettra également le nettoyage des bacs et la massification de la collecte pour réduire encore le transport. La deuxième étape sera de l’agrandir pour en faire un site de précompostage.
Mais la collecte, triée, sera toujours envoyée dans le Var pour y être compostée ?
Jusqu’à présent, nous sommes dans cette logique d’avoir des plateformes de réception-tri et des plateformes de compostage parce que ce sont des terrains, des agréments et même des métiers différents. Mais nous menons un projet, en cours de lancement dans le Var, qui consiste à faire du pré-tri, un mix qui sera ensuite composté directement sur des terres agricoles qui ont besoin de cette matière organique. Cela valide d’ailleurs le fait qu’il y a un besoin. Notre travail va être de plus en plus de s’assurer que le tri est bien fait, enlevant tout plastique.
Un premier vignoble, le Domaine Galoupet (Cru Classé des Côtes-de-Provence de 69 hectares de vignes, NDLR) va tester la démarche. D’autres sont déjà intéressés. Ils vont l’utiliser pour leurs vignes, sans avoir à payer.
C’est gagnant pour tout le monde sachant qu’ils ont déjà la place nécessaire. Nous n’aurons donc pas à artificialiser ou à construire de nouveaux sites. C’est un projet qui a été validé par la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) du Var.
Pourrez-vous ensuite déployer ce modèle dans les Alpes-Maritimes ?
C’est en effet le modèle que nous voulons importer. Le futur site, agrandi, permettra de faire le pré-mix et de travailler par exemple avec les maraîchers de la plaine du Var à Nice qui pourraient, sur une partie de leur terre, terminer le process, maturer l’ensemble pour l’utiliser, car ils en ont besoin. C’est un vrai sujet, spécialement dans les Alpes-Maritimes où il n’y a plus de sols à cause des constructions et de la pollution, et où l’autonomie alimentaire ne dépasse pas la demi-journée.
Il y a tout de même des initiatives des collectivités, de la Métropole, du Département, de la Région Sud, pour remettre en selle des maraîchers. Et on veut en faire partie, on peut apporter de la matière organique.
À ce jour, quel est le volume collecté par Les Alchimistes dans les Alpes-Maritimes ?
En 2025, cela doit s’élever à 1 500 tonnes de biodéchets. Sachant qu’on estime la quantité de biodéchets produits dans le département à 100 000 tonnes… cela nous laisse encore de la marge !