D’un groupe saoudien à un groupe français. Le 31 décembre 2026, l’abattoir de poulets finistérien France Poultry (314 salariés), basé à Châteaulin, sera racheté à son actionnaire saoudien Al Munajem par le géant sarthois LDC (6,3 Md€ de CA en 2025, 27 000 salariés). Le repreneur de Sablé-sur-Sarthe, qui a communiqué sur cette reprise fin février, s’engage à reprendre les salariés de l’abattoir breton et à les former pour de nouvelles activités.
La nouvelle a rapidement fait le tour des élevages du Finistère et a été saluée par les élus de tout bord des collectivités locales. "La reprise de France Poultry par LDC est une excellente nouvelle. […] Derrière ce dossier, il y a 314 salariés à Châteaulin, mais aussi ceux de Yer Breizh à Bannalec et à La Harmoye, une centaine d’éleveurs partenaires, des familles, tout un territoire qui vit de la filière avicole", a notamment exprimé Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne.
Une activité "peu profitable" et concurrentielle
L’abattoir de Châteaulin est spécialisé dans l’abattage de poulets entiers d’un kg, congelés sur place avant d’être envoyés vers les pays du Golfe. Depuis sa création en 2018 sur une partie des actifs du groupe Doux liquidé, France Poultry souffrait de plus en plus de la concurrence avec le Brésil et l’Ukraine. Cela en fait une activité "peu profitable", selon les dires de LDC, propriétaire de marques bien connues comme Le Gaulois, Maître Coq, Loué, Marie… En mettant la main sur l’entreprise finistérienne suite à un protocole d’accord, le groupe sarthois entrevoit une opportunité de s’implanter durablement en Bretagne pour développer la filière française.
Un nouvel abattoir à 120 millions d’euros
"La consommation de volailles est en pleine expansion, sur tous les animaux et sur tous les types de production, du poulailler au bio en passant par le Label Rouge, explique Philippe Gélin, président du directoire de LDC. À l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de livrer tous nos clients et de faire face à la demande. Nous souhaitons grandir rapidement sur le poulet du quotidien, élevé en poulaillers ".
"La consommation de volailles est en pleine expansion, sur tous les animaux et sur tous les types de production, du poulailler au bio en passant par le Label Rouge."
Ce sont effectivement les 120 à 130 éleveurs finistériens et leurs 300 000 m² d'élevage qui intéressent LDC. "La croissance de la consommation de volaille en France est de 4 à 5 % par an, poursuit Philippe Gélin. Sans les éleveurs, LDC n’existe pas. Nous devons les accompagner pour changer leur production, moderniser leurs bâtiments, les adapter aux demandes de la production française". Par exemple, l’ajout de fenêtres au poulailler se fera de manière systématique. Il faut aussi passer de poulets d’un kg environ aujourd’hui à des poulets pesant 2 à 2,7 kg. Les conditions d’élevage sont différentes.
De même, l’abattoir actuel n’est pas adapté au marché français. "Il nous faut une activité de découpe, poursuit Philippe Gélin. Nous allons investir environ 120 millions d’euros pour la construction d’un nouvel abattoir pour une réorientation totale vers le marché français". La nouvelle unité permettra l’abattage et la découpe d’un million de poulets par semaine d’ici 2028.
Réorganisation de la filière avicole bretonne
Début mars, LDC a aussi augmenté sa participation dans la société finistérienne Yer Breizh, principal fournisseur de France Poultry, passant de 40,5 % de participation à 76 %. "Leur couvoir à La Harmoye (Côtes-d’Armor) élève 1 million de poussins par semaine, précise le dirigeant. Cela fait partie d’une stratégie de réorganisation de l’élevage breton". Yer Breizh comprend également une usine de production d’aliments à Bannalec (Finistère) et un groupe de 120 à 130 éleveurs. Car toutes ces opérations ont bien pour but d’augmenter la capacité de production bretonne afin de répondre à la demande de " poulets du quotidien " plébiscités par les consommateurs.
" C’est aussi un nouvel élan pour les éleveurs afin que leur parc soit rénové, ajoute-t-il. Nous voulons qu’ils aient confiance en l’avenir, qu’ils modernisent et transmettent leurs fermes à la prochaine génération ". Ce choix stratégique s’accompagne d’une volonté de permettre aux élevages de s’agrandir. Le choix de la reprise est également dicté par ce facteur important : il est plus facile d’obtenir des autorisations d’agrandissement ou de modernisation sur des fermes et un abattoir déjà existants.
Ces projets bretons s’ajoutent au projet " Niagara ", 200 millions d’euros d’investissement répartis sur 4 ans pour la spécialisation et la mécanisation de certains outils industriels chez LDC en Bretagne et en Normandie. L’objectif est de rajouter une capacité de production de 1,2 million de poulets supplémentaires par semaine d’ici fin 2027, qui viendront s’ajouter au million produit à Châteaulin d’ici 2028.