La restructuration dans les abattoirs français n’est pas un phénomène nouveau. Elle s’effectue avec des phases d’accélération, lors de la défaillance d’un acteur important, sous l’effet cyclique de crises ou encore en réponse à la concentration de la grande distribution, le premier débouché. La France a perdu près d’une centaine d’abattoirs entre 2010 et 2020, pour en compter 180 selon l’Idele (Institut de l’élevage). Depuis un an, le phénomène s’accélère.
Une baisse de la consommation de viandes
Plusieurs raisons à cela. Il y a d’abord la baisse continue de consommation de viande, celle aussi de la production. L’érosion du cheptel porcin, concentré à près de 70 % en Pays de la Loire et surtout en Bretagne, a atteint un pic en 2023 avec des abattages au plus bas depuis 2014. "De nombreux abattoirs confient qu’il leur manque de quelques heures à un jour d’abattage par semaine", nous rapporte l’Ifip, l’institut technique du porc. Idem en bovin, alors que le cheptel allaitant a perdu un million de vaches depuis 2017.
Des marges historiquement faibles
Ne pas saturer leurs capacités est intenable pour les outils d’abattage, dont les marges sont parmi les plus ténues de l’industrie. D’ailleurs, la situation se dégrade, signale le rapport de juin 2024 de l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires : "Les marges nettes des industriels de première transformation sont historiquement faibles". Le résultat courant moyen avant impôt des abattoirs français est dans le négatif.
Non au fatalisme
"Il n’y a pas de fatalité à disparaître, mais une obligation à s’adapter", a clamé Jean-Paul Bigard au Congrès de Culture Viande, le syndicat des industriels de première transformation, le 15 octobre. Le Finistérien possède une vingtaine d’abattoirs dont "90 % sont en sous-activité", selon Force Ouvrière (FO). Le patron d’industrie veut donc restructurer ses usines pour optimiser celles qui restent en activité.
Dix sites Bigard dans l’Ouest
Peu enclin à parler à la presse, le groupe Bigard fait cependant beaucoup parler de lui. En Bretagne, le leader en bovin et porc fait tourner cinq abattoirs à Quimperlé (qui abrite aussi son siège social et un total de 1 200 salariés), à Châteauneuf-le-Faou, Montauban-de-Bretagne, Guingamp et Saint-Brice-en-Coglès (Maen-Roch) près de Fougères. En Pays de la Loire, six abattoirs sont aujourd’hui en activité : à Évron, Cherré, Cholet, La Roche-sur-Yon et Sablé-sur-Sarthe. Ce dernier site est voué à être transformé en plateforme logistique. 200 des 300 salariés se voient proposer une mutation interne ; 590 offres d’emploi sont ouvertes au sein du groupe. Au total, Bigard emploie 14 400 personnes et réalise aux alentours de 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Deux sites ligériens reçoivent l’activité d’un troisième
L’abattoir Charal de Sablé verra ses lignes d’abattage et de découpe de bovins aller nourrir l’activité de Charal Cholet et, à un degré moindre, celle de Quimperlé (Finistère), La Châtaigneraie (Vendée) et Socopa-Viandes à Cherré-Au (Sarthe). L’activité porc de Sablé a déjà été transférée vers Socopa Évron, depuis 2023. Le site mayennais a aussi récupéré l’activité de l’abattoir de Celles-sur-Belle (Deux-Sèvres), dont un incendie en septembre 2023 a précipité la fermeture. Évron est ainsi le seul des huit abattoirs français dépassant le million d’abattages annuel (dont trois appartiennent au groupe Bigard) à avoir pu maintenir ses volumes en 2023.
Socopa Évron en fer de lance
Bigard veut faire d’Évron son nouveau porte-avions pour le porc. Les investissements dans la modernisation et la hausse des capacités pourraient atteindre 150 millions d’euros en moins de quinze ans, selon un représentant syndical CFDT. Une centaine de millions d’euros a déjà été engagée ces dix dernières années, dans la découpe laser, l’automatisation, ou encore l’augmentation des capacités d’abattage qui pourraient atteindre près de 2 millions de porcs.
Cent millions d’euros investis par an
Ce montant est à considérer au regard de la stratégie de Bigard. Le groupe dit injecter "chaque année plus de 100 millions d’euros par an dans ses unités de production". "Il n’y a pas une année sans investissement important dans les sites", nous avait prévenus un responsable syndical CGT.
Un second site majeur en porc
Déjà leader européen en bovin, depuis les années 2000, Bigard a également distancé ses concurrents français dans le porc avec le rachat en 2022 au groupe Avril de l’usine Abera près de Fougères, en Ille-et-Vilaine. Dix millions d’euros par an pendant cinq ans y seraient investis. Ce sont 1,2 million de porcs charcutiers qui pourront y être gérés chaque année. Soit 9 % des volumes en Bretagne.
Une taille toute relative en Europe
Mais pas de gloriole pour autant. Ce n’est pas le style de la maison. D’autant que Bigard regarde aussi ses concurrents européens, les Danois et Espagnols, qui produisent pour exporter à près de 90 %. Ou encore en Allemagne où le leader Tönnies a abattu 14 millions de porcs en 2023, soit plus de la moitié de ce que la France a produit : 22 millions de porcs charcutiers, soit une chute de 5 % par rapport à 2022.