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Labeyrie Fine Foods investit 18 millions d’euros sur son site nantais de production de crevettes
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Labeyrie Fine Foods investit 18 millions d’euros sur son site nantais de production de crevettes

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Le siège de Labeyrie Fine Foods est situé en Nouvelle-Aquitaine, du côté de Saint-Geours de Maremne (Landes). Reste que son usine de production de crevettes se situe du côté de Nantes. Elle vient de faire l’objet d’une reconstruction massive via un investissement de 18 millions d’euros.

Jacques Trottier, PDG du groupe Labeyrie Fine Foods, et Stéphanie Pagarde, directrice générale du Pôle Océan du groupe basé dans les Landes. Inauguration de l’usine le 5 février 2025 — Photo : David Pouilloux

Le ruban rouge qui, symboliquement, marque le jour de l’inauguration de l’usine, ce 5 février, n’est pas très grand, mais le montant de l’investissement, lui, l’est. "Labeyrie Fine Foods est une ETI, précise Jacques Trottier, le président-directeur général du groupe. Nous comptons 3 200 salariés et notre chiffre d’affaires était de 867 millions d’euros en 2024. Un investissement de 18 millions d’euros n’est pas anodin pour une entreprise de notre taille. Mais c’est le prix à payer pour renforcer notre compétitivité et garantir à nos salariés de meilleures conditions de travail."

Il ajoute : "Je souligne le fait que nous avons été accompagnés par le gouvernement, dans le cadre de France 2030, avec une subvention de 2,8 millions d’euros."

250 ETP et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires

L’ensemble du site nantais, implanté à Saint-Aignan-Grandlieu, près de Nantes, s’étend sur 27 000 m2, tandis que les bâtiments occupent plus de 11 500 m2. "Les travaux ont consisté notamment à détruire un bâtiment ancien pour élever au même endroit un bâtiment neuf de 3 350 m2", détaille Élodie Tessereau, directrice de l’usine de Saint-Aignan. "Nous avons installé deux nouvelles lignes de production et trois nouvelles lignes d’approvisionnement, et nous avons considérablement amélioré l’ergonomie des postes de travail."

L’entreprise compte 250 salariés en CDI, dont 150 au sein de l'usine et une centaine dans les bureaux. "Notre site réalise un chiffre d’affaires d’environ 81 millions d’euros", précise Jacques Trottier.

Crevettes d’Amérique et d’Asie

Les crevettes arrivent à l’usine de Saint-Aignan-Grandlieu en provenance d’Amérique du sud ou d’Asie. Elles sont surgelées à leur arrivée — Photo : David Pouilloux

Sur le site nantais, la matière première essentielle est la crevette. Mais il ne s’agit pas d’une ferme d’élevage, mais d’une usine où les crevettes sont cuites et emballées. "Nos fournisseurs sont implantés dans deux zones géographiques : l’Amérique du Sud, principalement en Équateur, au Honduras et au Venezuela, et, dans une moindre mesure, en Asie", rapporte Stéphanie Pargade, directrice générale du Pôle Océan de Labeyrie Fine Foods. Cette entité du groupe réalise à elle seule 20 % du chiffre d’affaires, soit 192 millions d’euros.

"Nos crevettes arrivent surgelées à l’usine, entières ou décortiquées", précise-t-elle. "Notre métier et notre savoir-faire consistent à les cuire de manière optimale avant de les vendre sous la marque Delpierre ou sous des marques de distributeurs." Plus de 80 % des crevettes cuites et emballées ici sont destinées aux grandes surfaces, notamment Carrefour, Leclerc, Système U ou Intermarché. "Environ 20 % vont chez les restaurateurs, les poissonniers ou à l’export", ajoute Stéphanie Pargade.

Le boom du marché de la crevette

Les crevettes surgelées sont dépotées et filent vers les douches de cuisson, à 83 degrés celsius — Photo : David Pouilloux

Le marché de la crevette est en pleine ébullition, et l’on comprend l’intérêt d’investir pour le groupe originaire des Landes. "Nous devons rester compétitifs et innovants sur ce marché en forte croissance depuis cinq ans, explique Jacques Trottier. La crise a eu un impact négatif sur beaucoup de produits de consommation courante, mais la crevette a suivi un chemin inverse avec une croissance des volumes de 50 % en cinq ans."

Une explication ? "Il y a quelques années, la crevette se mangeait froide avec de la mayonnaise, en entrée, explique Stéphanie Pargade. Aujourd’hui, on la déguste à l’apéritif ou chaude, avec des recettes inspirées des cuisines du monde."

Ce produit, tendance, reste aussi accessible. "Nous n’avons pas subi de hausse du coût de la matière première", reconnaît Jacques Trottier. "Ce qui nous a permis de maintenir des prix raisonnables, et les consommateurs en mal de pouvoir d’achat s’y retrouvent."

Quant aux crevettes, elles sont nourries avec du "soja non issu de la déforestation", insiste Gaëlle Ouari, directrice de la stratégie des marques et de la RSE du groupe. Elle précise également qu’un programme de préservation de la mangrove est en cours en Équateur. "Nos crevettes bénéficient du label ASC (Aquaculture Stewardship Council). Ce label identifie les poissons et fruits de mer issus d’une aquaculture responsable sur les plans environnemental et social."

Le plus grand site de production de crevettes d’Europe

Les crevettes se dirigent vers la zone d’emballages, au rythme de 30 tonnes par jour — Photo : David Pouilloux

Aujourd’hui, le marché français absorbe environ 65 000 tonnes de crevettes par an. "Notre usine peut traiter 30 tonnes de crevettes par jour sur l’ensemble de nos lignes, annonce Élodie Tessereau. Mais à l’approche de Noël, période de pic de consommation, nous pouvons monter à 60 tonnes."

L’investissement réalisé sur ce site permet aujourd’hui de viser 7 000 tonnes de crevettes produites par an, contre 700 tonnes dans les années 80, lorsque l’usine appartenait au groupe Adrien. "La capacité totale de traitement pourrait monter jusqu’à 18 000 tonnes à plein régime si besoin", annonce Jacques Trottier. "Cela nous permettra, dans les années à venir, de répondre à la hausse de ce marché très prometteur. Notre site nantais est aujourd’hui le plus grand d’Europe dans sa catégorie."

12 sites et la tentation du proche export

Élodie Tessereau, directrice de l’usine de Labeyrie, près de Nantes, où la crevette est le produit phare. Ici, la boîte de crevettes en couronne, de la marque Delpierre, marque emblématique du groupe — Photo : David Pouilloux

Au sein du chiffre d’affaires de Labeyrie Fine Foods, la crevette occupe 25%. Les poissons fumés, saumons et harengs en tête, représentent 44 % du chiffre d’affaires. Les apéritifs frais, dont les olives, comptent pour 18 %.

"Les produits du terroir, comme le magret et le foie gras de canard, sont des produits festifs de fin d’année", explique Jacques Trottier. "Ils sont emblématiques de notre histoire, mais ne représentent aujourd’hui que 13 % de notre chiffre d’affaires."

L’entreprise compte 12 sites industriels, dont 9 en France, un en Écosse, un en Angleterre et un en Belgique. "Notre groupe s’inscrit pleinement dans le cadre de la défense de la souveraineté industrielle et de la production locale", souligne Jacques Trottier.

"Notre investissement vise à renforcer un site clé du groupe, pour qu’il soit plus performant, plus efficace, plus innovant, plus compétitif et pour améliorer la sécurité du site pour nos salariés, poursuit Jacques Trottier. Et cet investissement s’inscrit dans un programme global d'investissement de 100 millions d’euros sur cinq ans sur l’ensemble de nos sites."

Garder le leadership en France et viser le proche export

Le groupe est la propriété de la coopérative agricole Lur Berri (46 %), du fonds d’investissement français PAI (46 %) et de 80 cadres (8 %).

"Nous avons la particularité de ne verser aucun dividende à nos actionnaires", précise Jacques Trottier. "Tous nos bénéfices sont réinvestis dans notre outil industriel et notre BFR (Besoin en Fonds de Roulement). Notre ambition est de rester le leader français et européen sur le marché de la crevette en grande surface, où nous détenons 38 % de part de marché." Et l’export ? "Le marché français est un beau marché, et la crevette a une date limite de consommation courte, de 8 à 15 jours. C’est donc le proche export – Belgique, Suisse, Luxembourg, Italie – qui nous intéresse."

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