Jacques Trottier, président de Labeyrie Fine Foods (LFF) vient de révéler le nouveau cap stratégique du groupe agroalimentaire, sous le nom de programme Tous Unis 2028. "Nous sommes dans une position de leader qui nous permet d’avoir une stratégie offensive", souligne-t-il. L’ETI (867 M€ de CA en 2024) est entrée dans "une phase d’accélération forte" et affiche un objectif de croissance de 110 millions d’unités vendues sur quatre ans, pour passer de 290 millions de produits commercialisés en 2024 à 400, "soit une progression de 30 % sur quatre ans".
Alors que son chiffre d’affaires se divise à égalité entre marques en propre et MDD, et repose sur une diversification de marchés – 44 % de poissons fumés, 25 % de crevettes, 18 % d’apéritifs frais et 13 % de produits du terroir –, l’entreprise entend répartir sa progression sur l’ensemble de ses filières et catégories de produits. Une croissance qu’elle compte faire "à 50 % sur notre terrain de jeu historique en France et au Royaume-Uni – saumon, foie gras, apéritif frais, crevette – et à 50 % sur des marchés de challenge où nous ne sommes pas leaders, comme ceux de la truite fumée, la charcuterie ou l’olive fraîche ou encore celui de l’international".
Objectif : + 8 % de croissance du chiffre d’affaires à l’export
L’ETI, qui réalise 42 % de son chiffre d’affaires à l’export – avec plus de quarante années d’export dans une cinquantaine de pays dans le monde –, compte encore accélérer sur le sujet. Son objectif ? Réaliser 50 % de son activité à l’export grâce à une équipe dédiée de vingt personnes et à l’ouverture récente d’un bureau à Singapour. "Soit vendre 55 millions de produits en plus dans les quatre ans qui viennent à l’international", détaille Jacques Trottier.
Dans le détail, elle souhaite continuer à se développer sur le proche export – Belgique, Suisse et Italie –, les Drom Com, l’Asie et le Moyen-Orient avec un déploiement récent aux Émirats arabes unis porté par son identité de "marque iconique".
Doubler le poids de l’innovation d’ici 2028
"En 2024, nos activités ont progressé cinq fois plus que la moyenne de l’alimentaire en Europe, assure le président, avec en moyenne 7 % de croissance pour LFF quand en Europe, les marchés alimentaires ont crû de 1,4 % sur douze derniers mois." De quoi lui permettre un plan qu’il qualifie "d’ambitieux" et "complètement déconnecté de la situation des marchés alimentaires en France".
"En 2024, nos activités ont progressé cinq fois plus que la moyenne de l’alimentaire en Europe."
Le président confie ne pas avoir suivi "le coup de frein total sur l’innovation" observé chez les distributeurs et restaurateurs, et assume d’avoir au contraire continué à innover ces deux dernières années pour "être prêt". "Nous sommes sur les marchés du frais, plaisir, sur lesquels l’innovation et les nouvelles références sont hyper importantes", rappelle-t-il.
L’innovation, véritable levier de différenciation et de conquête, est au cœur de la stratégie de l’ETI. "Nous souhaitons que son poids dans notre chiffre d’affaires double d’ici 2028." Preuve à l’appui : sur le segment du végétal, le groupe a mitonné de nouvelles recettes et lancé, en novembre dernier, six références sous la marque Aux Petits Oignons. Comptant accélérer sur cette gamme, l’entreprise entend conserver un fonctionnement agile, proche de celui d’une start-up, en adoptant une approche "test and learn" auprès de différentes enseignes, explique Gaëlle Ouari, directrice de la stratégie des marques et de la RSE du groupe.
120 millions d’investissement sur ses sites industriels
Pour pouvoir continuer à innover, le groupe prévoit un programme global d’investissement d’envergure. L’ETI, qui a déjà investi 100 millions d’euros ces quatre dernières années, dont 18 millions d’euros sur son site nantais de production de crevettes, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : "Nous avons prévu d’investir 120 millions d’euros dans les quatre prochaines années sur nos douze sites industriels", a fait valoir le président du groupe.
Propriété de la coopérative agricole Lur Berri (46 %), du fonds d’investissement français PAI (46 %) et d’une centaine de cadres (8 %), le groupe réinvestit tous ses bénéfices dans son outil industriel et son BFR. Sans entrer dans les détails, afin de ne pas dévoiler sa stratégie à la concurrence, l’ETI annonce "un investissement important" sur son site de Troarn, en Normandie, pour accélérer sur le segment du végétal. L’objectif : remonter la chaîne de valeur en internalisant de nouvelles étapes de transformation sur ses matières premières stratégiques.
Améliorer les conditions de travail pour rester attractif
Autre axe d’investissement, les conditions de travail. "Un de nos enjeux de demain est de continuer à être attractif dans nos métiers industriels pour accueillir des collaborateurs dans les sites de production", prévient Jacques Trottier. Cela passe notamment par des investissements pour favoriser un meilleur accueil, améliorer l’ergonomie des postes de travail et lutter contre les troubles musculosquelettiques. Au-delà d’ambitionner d’avoir les usines "les plus belles, les plus compétitives et les plus innovantes", elles doivent, assure le dirigeant, être "plus douces". Avec 2 300 collaborateurs en usine sur 3 200 personnes au total, "le sujet de la fatigue musculaire est très important", reconnaît le président.
Conserver une longueur d’avance
Avec ce plan, le groupe souhaite affirmer sa position pour peser sur le business et faire avancer les filières. "Historiquement, nous avons toujours eu un rôle leader sur les grandes transformations qui ont été faites sur les marchés", revendique Jacques Trottier. L’entreprise entend poursuivre ses actions que ce soit par exemple pour baisser l’empreinte carbone de la filière saumon, agir sur le bien-être animal, alléger les emballages ou favoriser la préservation de la mangrove en Équateur. Objectif : continuer à "avoir une longueur d’avance" et " faire bouger les lignes sur l’ensemble de nos filières " conclut Jacques Trottier.