Vendée
La fonderie Coralium lance sa production d’aluminium recyclé bas carbone en Vendée
Vendée # Métallurgie # RSE

La fonderie Coralium lance sa production d’aluminium recyclé bas carbone en Vendée

S'abonner

Coralium, la première fonderie d’aluminium en France à intégrer le traitement des déchets pour produire de l’aluminium bas carbone, est opérationnelle en Vendée. L’investissement de 42 millions d’euros, porté par les ETI familiales Liebot et Fineiral, leur permettra de sécuriser leurs approvisionnements, de se protéger contre la volatilité des cours et de créer une boucle circulaire locale pour l’aluminium extrudé.

Jean Pierre Liebot, président du groupe Liebot et de la fonderie Coralium — Photo : Tim Fox/Agence The Links - Tim Fox

Entrée en fonctionnement le 19 juin 2025, La fonderie Coralium a été officiellement inaugurée en septembre. Elle produira, dès 2026, 26 000 tonnes de billettes d’aluminium bas carbone (des cylindres destinés à l’extrusion de profilés, NDLR).

En effet, en dépit des aléas géopolitiques, de la hausse du prix de l’énergie, de l’inflation et de l’absence de visibilité, les groupes vendéens Liebot (3 700 salariés, 790 M€ de CA) et Fineiral (150 salariés, 50 M€ de CA) ont mené à son terme leur ambitieux projet industriel. Les deux ETI familiales se sont associées pour investir 42 millions d’euros, et non plus 30 millions d’euros comme initialement prévu, dans l’acquisition d’un terrain de 70 000 m² à Saint-Jean-d’Hermine, en Vendée et dans la construction d’une usine de près de 10 000 m², équipée de technologies de pointe.

La fonderie Coralium se trouve à Saint Jean d’Hermine en Vendée — Photo : Coralium

Le capital de Coralium est détenu à 60 % par la famille Liebot (Ouest Alu, K Line, Wibaie, MEO…) et à 40 % par la famille Corre, propriétaire du groupe Fineiral qui fédère les sociétés Reinal, Algis et Aluminia.

Le projet labellisé France 2030 a été soutenu par l’État à hauteur de 9 millions d’euros (5,4 M€ de subventions et 3,6 M€ de prêts), dans le cadre de l’appel à projet "Métaux critiques" visant à développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir et dont l’un des volets porte sur la décarbonation de l’industrie.

Une solution de recyclage locale

"La France exporte chaque année 150 000 à 200 000 tonnes de déchets d’aluminium extrudé, notamment vers l’Europe et la Chine. Nous sommes le 6e exportateur mondial d’un matériau recyclable à l’infini. C’est une aberration économique et un gâchis environnemental que de se priver de cette matière première de grande valeur, faute de moyens industriels pour la traiter. C’est pourquoi, nos deux familles se sont associées pour apporter une solution locale et globale de recyclage des déchets d’aluminium", explique Jean-Pierre Liebot, président du groupe Liebot et de la fonderie Coralium.

Et ce n’est pas un hasard si ce projet a pris forme dans l’ouest de la France. La région concentre 50 % des extrudeurs français et les leaders européens des menuiseries, façades, vérandas… qui contribueront à alimenter la nouvelle fonderie. Celle-ci pourra, en effet, compter sur deux sources d’approvisionnement. Les ferrailleurs locaux et les grands acteurs nationaux du recyclage fourniront des déchets d’aluminium de fin de vie issus des opérations de déconstruction, aidés en cela par la mise en place de la REP (responsabilité élargie du producteur) qui, depuis début 2023, en systématise la collecte. Les chutes de production provenant directement des usines des groupes Liebot et Fineiral alimenteront également la nouvelle fonderie.

80 tonnes de déchets triés par jour

Aluminium blanc, laqué, barretté ou de fin de vie, tous ces déchets seront traités et valorisés au sein même de Coralium. La nouvelle installation présente la particularité d’être la première et seule fonderie aluminium en France (et l’une des rares en Europe) à intégrer, sur son site, le traitement de tous types de déchets aluminium.

La fonderie Coralium trie 80 000 tonnes de déchets par jour — Photo : Caroline Scribe

Ceux-ci sont d’abord broyés en chips, puis subissent plusieurs opérations (par tambour magnétique, courants électriques et rayons X) pour séparer les métaux ferreux, les plastiques et sélectionner les alliages. Coralium a une capacité de tri de 80 tonnes de déchets par jour. Les chips d’alu passent ensuite par des étapes de délaquage par pyrolyse, avant d’être liquéfiées, coulées, filtrées, et, enfin moulées.

Billettes d’aluminium bas carbone

À l’issue de l’ensemble de ces process, la fonderie produit des billettes d’aluminium de 7 mètres de long, contenant plus de 80 % d’aluminium recyclé d’une grande pureté. La billette R 80, qui sera la billette standard de Coralium, présente une empreinte carbone de 1, 67 kg de CO2 par kg d’aluminium. Ce qui correspond à une réduction de 70 % par rapport aux billettes actuellement sur le marché. Selon les besoins des clients, le taux d’aluminium recyclé pourra varier de 80 à 100 % pour une empreinte carbone faible, voire quasi nulle. "100 % de notre production aura un taux minimum de 80 % d’aluminium recyclé avec exactement la même qualité qu’une billette d’aluminium primaire", pointe Thierry Corre, directeur général de Coralium.

En 2027, la fonderie Coralium produira 40 000 tonnes de billettes d’aluminium bas carbone — Photo : Gaël Arnaud

"La clé de la performance de cette usine, c’est la maîtrise de la qualité du tri des déchets et de leur traçabilité. Cela nous a permis de faire valider le poids carbone de la billette Coralium R80 par un organisme tiers indépendant, via une fiche DEP (déclaration environnementale de produit). La mise en place de ce grand écosystème fournisseurs-fabricants-recycleurs nous permettra ainsi de baisser le poids carbone des ouvrages en aluminium, notamment dans le cadre de la RE2020", complète Christian Chevrel, directeur général de Liebot Industrie et directeur des achats du groupe Liebot.

40 000 tonnes de billettes en 2027

À pleine capacité en 2027, l’usine produira 40 000 tonnes de billettes d’aluminium bas carbone. Les trois quarts de la production, soit 30 000 tonnes, seront destinés à approvisionner les usines des deux actionnaires de Coralium, faisant de celle-ci la pierre angulaire des deux groupes. De la fabrication de menuiseries et de façades à leur recyclage en fin de vie pour alimenter la fonderie et relancer un nouveau cycle de production, la boucle est ainsi bouclée.

"La capacité de production de Coralium couvre la totalité des besoins en aluminium de Liebot et Fineiral. Cela sécurise notre production et confère à nos entreprises un avantage compétitif"

L’offre Cyclium proposée par Ouest Alu, branche façades du groupe Liebot, en est l’illustration. "Avec notre offre Cyclium, nous proposons de démonter et recycler les éléments des anciennes façades — l’aluminium via Coralium, les vitrages via nos partenaires verriers-, puis d’écoconcevoir et de poser des façades bas carbone répondant aux exigences de la RE2020 et du décret tertiaire, en matière de performances énergétiques et environnementales", expose Loïc Soria, directeur général de Ouest Alu.

Avantage compétitif

"Dès 2021, nous avions pressenti l’essor de la demande du marché de la construction pour des billettes décarbonées. La capacité de production de Coralium couvre la totalité des besoins en aluminium des groupes Liebot et Fineiral. Cela sécurise notre production et confère à nos entreprises un avantage compétitif", décrypte Jean-Pierre Liebot.

Le surplus de production, soit 10 000 tonnes, pourra, quant à lui, être vendu à des industriels et à leurs clients, notamment dans l’ouest de la France.

60 emplois créés

Très automatisée, l’usine tourne actuellement avec 24 salariés. À pleine capacité, elle emploiera 60 personnes avec une organisation en 5 x 8, pour fonctionner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 330 jours par an.

Des technologies vertes

Pour produire de l’aluminium bas carbone, la fonderie privilégie les technologies "vertes", économes en énergie. Les fours, utilisant actuellement le gaz, sont compatibles avec les bioénergies. Après la coulée, les billettes sont refroidies avec de l’eau recyclée… Et, dans une seconde phase, Coralium envisage de créer une centrale de production d’électricité alimentée par la récupération de la chaleur fatale de ses installations pour réduire sa consommation.

Vendée # Métallurgie # Menuiserie # RSE # Investissement industriel # Investissement immobilier # Créations d'emplois # ETI # Made in France