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Face aux députés, Lactalis défend sa stratégie de baisse de collecte en France
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Face aux députés, Lactalis défend sa stratégie de baisse de collecte en France

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Ce mardi 17 décembre 2024, le groupe Lactalis était auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale sur la situation de la filière laitière française. Le directeur général du groupe laitier mayennais, Jean-Marc Bernier, a fait valoir le rôle de son entreprise dans la balance commerciale française et les investissements entrepris dans le pays.

Jean-Marc Bernier, directeur général de Lactalis France, a été auditionné le 17 décembre 2024, devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale sur la compétitivité de la filière laitière française — Photo : Capture d'écran JDE / Assemblée Nationale

Face aux députés de la commission des affaires économiques, ce 17 décembre, Jean-Marc Bernier affirme que la France reste "le premier marché stratégique du groupe" qu’il dirige. Lactalis, numéro un mondial des produits laitiers, premier collecteur français, achète plus de 5 milliards de litres de lait dans le pays. "Sur nos 67 sites en France, nous investissons quelque 200 millions pour pérenniser nos outils et participer à la souveraineté laitière française", insiste Jean-Marc Bernier. Ces investissements sont en augmentation ces dernières années, note le directeur général : "Ils étaient de l’ordre de 130 à 140 millions d’euros il y a sept-huit ans, et de 174 millions d’euros, il y a encore deux ans". Le groupe prévoit de consacrer "250 millions d’euros sur dix ans (sur 2023-2033) "pour réduire notre consommation en eau". "Nous investissons pour innover et pour répondre aux contraintes environnementales."

Produire au plus près des consommateurs

Au niveau mondial, Lactalis investit dans ses 270 usines "en moyenne, et en fonction des pays, l’équivalent de 3 % du chiffre d’affaires réalisé". Le groupe lavallois transforme là où il collecte, pour coller aux demandes spécifiques des marchés intérieurs. À ce titre, Lactalis (29,5 Md€ de CA 2023) se considère comme un groupe familial "multilocal" et non comme une multinationale. Le groupe détenu et piloté par la famille Besnier, qui emploie 85 000 collaborateurs dont 16 000 en France, commercialise dans 200 pays.

Un poids lourd dans la balance commerciale

Jean-Marc Bernier vante aussi le poids de son groupe dans la balance commerciale du lait français. "Le solde est positif de 3 milliards d’euros, dont environ 1,4 ou 1,5 milliard réalisé par Lactalis à lui seul." Bien que par habitude, la filière laitière française soit fortement exportatrice, cette balance commerciale est "en déclin". Et "structurellement, depuis une quinzaine d’années, on perd 1 % de volumes en GMS, 2 % à 3 % sur le marché traditionnel" expose le DG.

Des tours de séchage coûteuses,

Lactalis est depuis toujours "l’acteur le plus important pour gérer les excédents laitiers français", affirme encore Jean-Marc Bernier. Son mix-produit est composé de 50 % de produits commercialisés en grande distribution, de 20 % de produits finis vendus à l’export et de 30 % à l’international "sans débouchés". Ce sont ces 30 % qui ont incité le groupe lavallois à réduire sa collecte de 450 millions de litres de lait d’ici 2030. Car pour stocker et exporter ce lait mal valorisé, Lactalis doit transformer ses excédents en poudre, décrit Jean-Marc Bernier. Pour cela, ils"passent dans des tours de séchage qui nécessitent des investissements très lourds, des installations très énergivores et sont soumis aux marchés mondiaux". Selon lui, cela représente une centaine d’euros d’écart en termes de valorisation du lait avec le prix de base orienté sur le marché français. Sans les excédents, les producteurs français devraient donc être à l’avenir payés plus.

Aucune rupture de contrat envoyé aux éleveurs

Près de 300 élevages de l’ouest et de l’est de la France déjà identifiés sont concernés par cette réduction de collecte. Une décision qui a suscité de nombreuses réactions dans le pays, du fait de la taille de l’industriel et de sa position de leader. Son directeur général a du une nouvelle fois s’en expliquer devant les députés.

Lactalis va "trouver des solutions pour chaque producteur", avance son directeur général. Qui précise : "à la mi-décembre, aucune résiliation n’a été envoyée aux producteurs".
Le groupe a mandaté un cabinet de transition, "que nous finançons" souligne le DG, "pour faire le tour de l’ensemble des transformateurs et trouver des solutions. Nous sommes confiants pour trouver des débouchés pour l’ensemble de ces producteurs."

Passer par une agence, précise Jean-Marc Bernier, "nous évite d’être en contact direct avec nos concurrents sur le sujet et évite qu’on soit taxé plus tard d’arrangements sur les prix du lait, etc., par rapport à la loi anti-trust et loi concurrence".

Des importations de lait à la marge

Si le groupe exporte, il importe aussi. Mais pas dans "une stratégie volontaire d’acheter moins de lait en France", assure le directeur du premier groupe alimentaire français. Ces importations correspondent à des "produits qui plaisent au consommateur français", des fromages des marques Galbani en provenance d’Italie ou encore Leerdammner, des Pays Bas. Et à la marge, pour la fabrication du beurre Président. "On manque de crème à certains moments de l’année et il nous arrive d’importer de la crème, en particulier de Belgique, pour répondre aux réalités de saisonnalité", justifie Jean-Marc Bernier. Là, "ce sont des importations subies" dit-il.

Du lait, rien que du lait

"Nous avons encore suffisamment de lait en France pour produire, poursuit le directeur. Les produits fabriqués en France le sont à 99 % avec du lait français. Le lait est collecté en moyenne à 45 à 50 kilomètres des laiteries dans 63 départements, auprès de 10 000 producteurs." Il signe au passage : "Nous sommes focus sur le lait et faisons la promotion des produits laitiers face au développement du végétal". Une occurrence à certains concurrents transformateurs qui développent des produits à base de lait d’avoine, par exemple.

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