Avant de lever des fonds, Fayçal Ounnas, le président d’Entoinnov, voulait se "rapprocher d’hommes et de femmes qui travaillent sur le territoire, qui sont impliqués dans la création d’emplois locaux". Un cahier des charges exigeant qui a permis à la start-up industrielle, productrice d’ingrédients pour l’alimentation humaine et animale à base de vers de farine, de lever 1,5 million d’euros, dont 500 000 € de subvention apportés par le plan France 2030. Cette levée de fonds doit permettre de faire effet de levier sur 500 000 € de dette bancaire.
Les fondateurs toujours majoritaires
Au capital, la foodtech fondée à Nancy compte désormais le réseau de Business Angels Yeast, qui mène l’opération, mais aussi le réseau alsacien ABA ainsi que le fonds régional Groupe ILP et I-NEO, le fonds de capital-risque créé par la CCI des Vosges et adossé à la structure Vosges Immobilier Entreprendre. À l’issue de l’opération, les fondateurs, Fayçal Ounnas et Emmanuel Charrois, contrôlent toujours près de 70 % du capital de la société, qui emploie une dizaine de salariés.
La rentabilité dans deux ans
"Nous atteindrons le seuil de la rentabilité d’ici à 2 ans, quand nous aurons installé deux ou trois fermes de production", anticipe Fayçal Ounnas. "À ce moment-là, nous serons autour du million d’euros de chiffre d’affaires." Confiant dans son modèle de développement, le président d’Entoinnov affiche une prudence et une mesure qui contraste avec la star déchue de la French Tech, Ynsect : après avoir levé plus de 550 millions d’euros, la société installée dans la Somme est depuis le 25 septembre sous procédure de sauvegarde.
Un petit millier de tonnes produit sur le marché européen
Ce coup de projecteur, jeté sur toute une filière, n’inquiète pas le moins du monde le président d’Entoinnov. "Faire changer d’échelle une usine de montage de voitures et une ferme avec des animaux vivants, ce n’est pas la même logique, appuie Fayçal Ounnas. Implémenter en insectes une gigafactory, c’est très délicat à anticiper, c’est là où leur modèle a échoué."
Et si l’ensemble des producteurs européens peinent à atteindre le millier de tonnes de farine à base d’insecte par an, les projections restent stables : dans dix ans, le besoin sera de l’ordre du million de tonnes. En valeur, le marché mondial devrait peser pas loin d’un milliard d’euros. Avec sa gigafactory, Ynsect avait signé pour 500 millions d’euros de commandes, "et si nous parvenons à capter ne serait-ce que 1 % de ces commandes, nous serions les rois du monde", appuie Fayçal Ounnas.
Faire grossir des bébés larves
Dans les 1 500 m2 de bâtiments occupés à Chavelot, à proximité d’Épinal, dans les Vosges, toute l’énergie de l’équipe d’Entoinnov se concentre dans le lancement d’une première ferme pilote, qui devra accueillir le premier site d’engraissement de vers de farines. "Ici, à Chavelot, nous nous concentrons sur la reproduction des coléoptères. Ensuite, chez les agriculteurs, nous allons faire grossir les bébés larves", explique le président d’Entoinnov.
Un modèle similaire à celui de la méthanisation
Le site pilote a déjà été choisi et sera révélé dans quelques mois. Concrètement, à ce moment-là une petite dizaine de silos seront installés chez un agriculteur, qui sera alors en mesure de produire une centaine de tonnes de vers de farines par an, en les alimentant en son de blé. "Notre modèle est décentralisé, et assez similaire avec celui de la méthanisation. Nous allons fournir aux agriculteurs une source de revenus complémentaire", déroule Fayçal Ounnas. Le dirigeant s’est d’ailleurs rapproché de deux groupes familiers de l’univers de la méthanisation, Siemens et Altitude, pour former un consortium. "Cette première ferme, un prototype, va notamment nous permettre de mener des études technico-économique, c’est pour cela que nous y apportons le plus grand soin", expose le président d’Entoinnov. La région Grand Est a accepté de prendre le risque financier, soit près d’un million d’euros, pour installer les premiers silos.