À la tête des Pépinières Rougieux (4 salariés), entreprise lorraine spécialisée dans la production locale d’arbres et d’arbustes, Maura Rougieux pointe du doigt un décalage. "D’un côté, il y a une attente très forte : tout le monde veut revégétaliser. De l’autre côté, il y a le tissu de production : la filière est totalement effondrée, nous rencontrons le même problème que le monde agricole en ce moment. Il faut réaffirmer qu’il y a un souci : dans le Grand Est, les pépiniéristes ne se comptent plus que sur les doigts d’une main", lance la dirigeante des Pépinières Rougieux, basée à Lanfroicourt, en Meurthe-et-Moselle. Et qui est également à la tête de la section Lorraine du syndicat Verdir, la fédération nationale des producteurs de l’Horticulture et des Pépinières.
La piste des groupements de producteurs
"L’une des pistes pour nous est de nous organiser en groupements de producteurs", avance Maura Rougieux. Cette organisation permet à des producteurs de se regrouper pour commercialiser et valoriser leurs produits de manière collaborative. Une force lorsqu’il s’agit de s’affirmer sur le marché, et de toucher des subventions. Dans le cas de pépiniéristes commercialisant des produits très diversifiés, en petites séries, le groupement de producteurs permet ainsi de proposer un plus large éventail de produits aux clients.
"Lorsque l’on forme des salariés, ils partent souvent pour devenir paysagistes"
Mais dans le Grand Est, les pépiniéristes sont trop peu nombreux pour se fédérer. "En Anjou et dans l’Auvergne-Rhône-Alpes, la filière se porte encore bien, il y a d’importantes pépinières. Mais nous ne pouvons pas travailler avec eux car il y a des coûts logistiques, et parce que nous commercialisons des produits à la fois vivants et périssables", explique la dirigeante.
En parallèle, les investissements s’accumulent. "Il y a de nombreux chantiers en cours dans la filière : il faut souvent refaire les systèmes d’irrigation, réduire les produits phytosanitaires, refaire le parc de serres, travailler sur de la R & D…", poursuit-elle. Et, lorsque les chantiers se présentent, la main-d’œuvre se fait rare. "Nous n’avons quasiment plus d’écoles et de formation sur le territoire. Lorsque l’on forme des salariés, ils partent souvent pour devenir paysagistes. Nous sommes à court d’idées", regrette Maura Rougieux.
La formation au métier de pépiniériste est souvent intégrée dans des formations horticoles plus larges, comme des Bac pro ou des BTSA.
65 % de clients particuliers
À ce stade, l’entreprise travaille 65 % du temps pour des particuliers, 15 % pour des agriculteurs et 15 % pour des entreprises engagées dans des objectifs de RSE. Sur ce dernier marché, l’activité des Pépinières Rougieux est en croissance. Concernant les particuliers, "notre plus gros concurrent, c’est les claustras et les grillages. Il y a un switch culturel qui s’opère, les particuliers préfèrent investir dans des pergolas bioclimatiques à 8 000 euros que dans des arbres et arbustes ", observe Maura Rougieux.