L’avenir du jeune groupe de construction Morlot à Contrexéville (Vosges) s’obscurcit. Le tribunal de commerce de Dijon a ouvert le 30 janvier dernier sept procédures de redressement ou de sauvegarde à l’encontre de sociétés de cet acteur de dimension régionale. Parmi ces entreprises totalisant près de 300 salariés pour un chiffre d’affaires de 22,8 millions d’euros en 2023, cinq font l’objet de procédures de redressement judiciaire. Il s’agit des entreprises vosgiennes Groupe Morlot, Morlot Construction et Morlot Métal, de Création Bois Construction (Nord) et de Morel Charpente Couverture Étanchéité (Bouches-du-Rhône). Deux autres sociétés vosgiennes, Imatic et Imatic Épinal, ont été placées en procédure de sauvegarde, ces entreprises spécialisées en plomberie, chauffage-climatisation n’étant pas en cessation de paiement.
Des carnets de commandes "pleins"
Laurent Morlot, 42 ans, président du groupe de 400 salariés, explique que ses sociétés "subissent de plein fouet la conjoncture dans le bâtiment, après avoir été fragilisées par l’augmentation des prix du bois et la crise sanitaire". Il évoque pourtant "des carnets de commandes pleins" et rappelle que ses produits ont été employés dans la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris ou encore l’aménagement des 70 ouvrages bâtis à l’occasion des JO de Paris 2024. On doit à l’entreprise des ouvrages spectaculaires comme le dôme en bois de Nancy thermal ou encore les poteaux du centre aquatique olympique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Toiture effondrée à Saulcy-sur-Meurthe
Ces procédures collectives interviennent un peu moins de trois mois après le placement en redressement judiciaire d’une autre société du groupe, la société Weisrock Vosges, le 5 novembre dernier par le tribunal de commerce d’Épinal. Laurent Morlot annonçait alors que l’entreprise souvent présentée comme la Rolls des poutres en bois lamellé-collé (chiffre d’affaires de 18 millions d’euros en 2023) allait faire l’objet d’un "plan de sauvegarde de l’emploi visant à supprimer 30 postes sur un effectif de 98 salariés". Depuis fin janvier, la production de ses ateliers de Saulcy-sur-Meurthe (Vosges) est à l’arrêt, en raison de l’effondrement de leur toiture, mettant encore davantage la société en difficulté. La procédure Weisrock pourrait être jointe au dossier ouvert par le tribunal de commerce de Dijon, compétent pour juger les affaires concernant plus de 250 salariés.
Rachat du groupe vosgien Cunin
Laurent Morlot avait lancé son groupe en novembre 2022 en rachetant le groupe familial Cunin à Contrexéville, spécialiste dans les lots techniques du bâtiment : plomberie, ventilation-climatisation, électricité industrielle, couverture-étanchéité. Cet ancien de Demathieu Bard occupait depuis 2018 le poste de directeur général de Cunin par ailleurs propriétaire de Weisrock Vosges.
Le dirigeant qui revendique un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros en 2024, s’était ensuite lancé dans une politique d’acquisition reprenant notamment Morel charpente à Aubagne (Bouches-du-Rhône) et Création bois construction à Lys-lez-Lannoy (Nord).
L’aventure avortée du complexe touristique Rouge-gazon
Le groupe, un temps tenté par une introduction en bourse, s’est notamment fait connaitre au travers d’un projet à vocation touristique sur la station de ski de Rouge-gazon à Saint-Maurice-sur-Moselle (Vosges). Groupe Morlot avait repris l’exploitation de cette station familiale avec ambition d’y ouvrir un complexe hôtelier haut de gamme proposant des loisirs sur toute la saison. Cependant, fin 2023, la société publique d’aménagement foncier Safer Grand Est a fait valoir son droit de préemption sur deux terrains jugeant que le projet ne répondait pas à l’un des objectifs à savoir " la préservation de l’environnement et de la quiétude du site ".