La crise du BTP éprouve aussi les fabricants de produits de construction à l’instar de Weisrock Vosges. L’entreprise de Saulcy-sur-Meurthe (Vosges) a annoncé en ce mois de novembre l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce d’Épinal, pour une période de six mois.
Alors que les exigences de la RE2020 (réglementation environnementale) vont se renforcer en 2025 pour décarboner le bâtiment, ce fleuron français des poutres en bois lamellé-collé va engager un plan de sauvegarde de l’emploi. Au total, 30 postes devraient être supprimés sur un effectif de 98 salariés. La PME, filiale du groupe vosgien Morlot, justifie cette mesure drastique par d’importants impayés de la part de clients. Le manque à gagner s’élèverait à près de 3 % du chiffre d’affaires annuel qui a atteint 18 millions d’euros en 2023.
Promesses non tenues du "Made in France"
Laurent Morlot, président du groupe, évoque "le placement en liquidation judiciaire d’importants charpentiers avec lesquels nous avions l’habitude de travailler". Il juge par ailleurs que la vogue du "made in France" n’a pas tenu ses promesses, "puisque nos clients préfèrent acheter leurs poutres 5 % moins cher en Allemagne ou en Autriche". L’entreprise vosgienne avait largement misé ces dernières années sur la fibre nationale, décrochant le label "Bois de France", une certification garantissant un bois issu à 80 % de forêts hexagonales, ainsi qu’une transformation et un assemblage en France. Une option qui aurait engendré des surcoûts par rapport à ses concurrents européens.
Filiale d’un groupe régional de 400 salariés
L’entreprise fondée en 1871 s’apprête donc à traverser une nouvelle zone de turbulences, après son précédent placement en redressement judiciaire en novembre 2018. Son repreneur en avril 2020, le groupe Jules Cunin à Contrexéville (Vosges), avait à l’époque placé à la tête de Weisrock Vosges son numéro deux, Laurent Morlot. Ce dernier a finalement racheté Jules Cunin en 2022, fondant un groupe spécialisé dans la construction de plus de 400 salariés (pour un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros). Weisrock Vosges semblait avoir retrouvé une dynamique de croissance, ce qui l’avait conduit à renforcer ses effectifs, passant de 60 salariés en 2020 à un pic à 118 salariés en 2023. L’entreprise a notamment bénéficié de la dynamique autour des JO de Paris 2024, un évènement qui a largement eu recours à la construction bois. Weisrock Vosges a notamment fourni la charpente du stade Yves-du-Manoir ou encore les poteaux du centre aquatique de Seine-Seine-Denis.
Fabrication de poutres courbées de longue portée
Pour traverser la conjoncture actuelle, Laurent Morlot entend recentrer les activités de l’entreprise autour de la fabrication de poutres courbées de longue portée, une spécialité qui représenterait un avantage concurrentiel. "Nous allons concevoir dans nos ateliers les poutres les plus complexes et acheter les poutres simples, droites, chez nos voisins", résume-t-il. Le dirigeant souhaite dans le même temps stabiliser l’activité de Weisrock Vosges autour d’un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros et renouer ainsi avec la rentabilité.