Les levures n’ont pas fini de faire la bonne fortune de Lesaffre (3 Md€ de CA, 11 000 salariés). Parmi leurs multiples propriétés, ces micro-organismes unicellulaires ont la particularité de dégager de la chaleur quand ils se reproduisent. Une chaleur qui est évacuée au fur et à mesure du process de production pour éviter la surchauffe, et qui jusqu’à présent, était perdue sur le site de Marcq-en-Barœul (Nord). Les calories issues de la fermentation sont désormais récupérées pour alimenter l’unité de séchage de l’usine. Siège historique du groupe familial nordiste, cette levurerie employant 570 personnes est la plus grande du groupe, qui compte 81 sites de production au monde.
22 millions d’euros d’investissement
Lesaffre y a inauguré début octobre une unité de valorisation de chaleur fatale, fruit d’un investissement de 22 millions d’euros au total. L’opération est portée à hauteur de 7 millions d’euros par Lesaffre, et de 15 millions d’euros par son partenaire Engie, concepteur et constructeur des deux pompes à chaleur ajoutées au site, et qui va les exploiter pendant quinze ans. Une subvention de 5,6 millions d’euros, versée par l’Ademe et l’Agence de l’Eau est également venue soutenir le projet.
Cette nouvelle unité permet à Lesaffre de valoriser les calories issues de ses cuves de fermentation. Des conduites font circuler de l’eau qui capte les calories excédentaires, chauffant jusqu’à 30 degrés environ. "Auparavant, cette eau chaude était évacuée vers des tours de réfrigérantes, et la chaleur était perdue. Désormais, deux pompes à chaleur permettent de relever la température de l’eau de 30 à 90°C, avec une consommation minimale d’électricité. Elle est ensuite amenée vers les séchoirs à levure, en fin de process, qui étaient auparavant alimentés au gaz naturel", décrit Frédéric Potez, responsable Energie et Environnement chez Lesaffre. Résultat, la consommation de gaz du site va baisser de 70 %, soit 120 GWH de gaz consommés en moins chaque année, pour 30 000 tonnes d’émissions de CO2 évitées. Le dispositif est également beaucoup moins gourmand en eau : 150 000 m3 d’eau par an seront désormais économisés.
Un dispositif d’une puissance rare
Si la technologie mise en œuvre sur le site marcquois est bien connue, c’est la puissance des pompes à chaleur opérées par Engie qui sort de l’ordinaire. À elles deux, les deux énormes machines représentent une puissance de 19 MWth, avec un coefficient de performance très élevé : une unité d’électricité leur permet de produire 3,19 unités de chaleur. Un format et un ratio qui ne courent pas les rues, souligne fièrement Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, présente lors de l’inauguration. "La technologie des pompes à chaleur a incroyablement évolué ces dernières années, ce qui nous permet aujourd’hui d’en implanter pour valoriser une chaleur modérée, de 35°C à peine, et non plus seulement la chaleur fatale issue de process produisant des températures très élevées. Selon l’Ademe, la chaleur fatale dans l’industrie en France représente 110 Twh par an, soit l’équivalent d’un quart de la production électrique annuelle française. C’est environ 30 % de la consommation énergétique de l’industrie qui est perdue. Pour réussir la transition écologique, ce sont ces gisements industriels extrêmement diffus qu’il faut aller chercher. D’où l’importance d’investir pour permettre un recyclage de la chaleur directement sur site, comme ici chez Lesaffre, ou en créant des boucles locales d’énergies, impliquant plusieurs industriels ou des réseaux de chaleur urbains."
Neutralité carbone à 2050
Cette opération s’inscrit dans la continuité d’initiatives menées depuis plusieurs années par Lesaffre pour réduire son empreinte carbone et sa consommation en eau. Elles comprennent notamment l’implantation d’une centrale biomasse sur le site de Lesaffre à Cérences (Manche), qui lui permet de décarboner le séchage des levures à 85 %. Mais aussi, des panneaux photovoltaïques sur une unité de production en République Tchèque, ou encore les signatures en 2023 et 2024 de contrats d’achat direct d’énergie renouvelable (CPPA) pour l’alimentation en énergie verte des sites de production en France.
"Historiquement, la RSE est au cœur du développement de Lesaffre, qui déploie un savoir-faire dans la fermentation et les biotechnologies, afin d’apporter des solutions concrètes pour faire du bien aux hommes, aux animaux, à la planète. Nous nous engageons désormais à faire davantage, en réduisant de 2,5 % par an notre empreinte carbone, pour atteindre la neutralité carbone à 2050. Cela passe par une approche pragmatique pour identifier et réduire, point par point nos émissions, tout en plaçant la décarbonation au cœur de nos process et de nos décisions industrielles", pose Brice-Audren Riché, directeur général de Lesaffre.