Qinomic lance en ce mois d’avril 2025 la commercialisation de ses kits de rétrofit destinés aux véhicules utilitaires. Pour convaincre les prospects, la société aixoise (CA n.c, 50 personnes) a invité des grands groupes, des collectivités territoriales, des gestionnaires de flottes, etc. à visiter l’usine de son partenaire industriel Gruau, à Laval, le 10 avril. Le carrossier mayennais a dédié une ligne de quatre postes (et dix salariés) à la conversion de véhicules thermiques en véhicules électriques, avec le kit mis au point par Qinomic. Celui-ci est homologué pour les utilitaires légers fabriqués après 2016. Un client attendra au maximum un mois pour recevoir son véhicule transformé.
L’ambition de livrer plusieurs milliers d’utilitaires par an
La ligne de production pourrait être allongée jusqu’à dix postes d’assemblage dans six mois, et passée en sept jours sur sept. "Cette année, nous espérons commercialiser quelques centaines de véhicules rétrofités. Et en régime de croisière, entre 2 000 et 3 000 à l’année", escompte Jean-Jacques Serraf, directeur général de Qinomic Mobilities, qui distribue les solutions de Qinomic.
Un site aguerri à la production de véhicules électriques
L’usine de Laval est taillée pour absorber cette montée en cadence. Flexible, c’est aussi le plus vaste des onze sites en France de Gruau (1 500 salariés, 296 M€ de CA en 2024). Pas moins de 450 employés y œuvrent sur 22 hectares, dont 50 000 m2 de surfaces couvertes et un parc d’une capacité de stockage de 1 500 véhicules.
Le directeur général du groupe, Patrick Buchard, rappelle que le carrossier industriel y "fait historiquement de l’électrique", avec un premier pas sur des minibus dès 1996 et un modèle en propre, la benne Electron, sorti en 2016.
Couvrir 70 % du segment de marché de l’utilitaire
La plateforme Qi-Tech mise en place dans l’usine Gruau pourra s’adapter au portefeuille rempli par Qinomic. L’objectif est "de proposer un nouveau modèle par an" et "de couvrir 70 % du marché français" du véhicule utilitaire. En 2025, quatre modèles peuvent être adaptés : le Peugeot Expert, le Citroën Jumpy, le Fiat Scudo et l’Opel Vivaro, avec une puissance électrique de 136 CV et une batterie de 75 kWh.
"L’autonomie est de 330 kilomètres, les batteries sont garanties 8 ans ou 160 000 kilomètres, avec une fiabilité semblable aux véhicules neufs" de même catégorie, présente Frédéric Strady, directeur général et fondateur de la start-up. Une fois la batterie installée, le véhicule est alourdi de 150 kilogrammes, mais le volume de chargement reste le même.
Stellantis, un constructeur convaincu
Le point commun de ces modèles est Stellantis (250 000 salariés, 157 Md€ de CA 2024). Troisième partenaire de cette nouvelle "filière industrielle du rétrofit", selon les mots du patron de Qinomic, le constructeur automobile fournit plus de 200 pièces qui servent habituellement à fabriquer ses propres utilitaires électriques.
Des perspectives de marché difficile à évaluer
"Nous avons accompagné Qinomic depuis le départ (via sa business unité en économie circulaire, SUSTAINera, NDLR), rappelle Sébastien Caron, directeur de Stellantis Pro One France depuis mars 2025. Le rétrofit est un enjeu que notre groupe a intégré dans son objectif de neutralité carbone, à horizon 2038."
Mais comme Gruau ou Qinomic, Stellantis a "encore du mal à prévoir ce que pourrait donner ce marché demain", avoue Sébastien Caron. Ainsi, "même si les réglementations nous contraignent, la France n’a pas du tout atteint les 20 % de véhicules en circulation en électrique".
Un bon levier de décarbonation
Le kit de Qinomic amène "le moyen d’amorcer l’électrification des flottes, et une offre complémentaire du neuf, en termes de prix", met en avant Frédéric Strady, le directeur général de la start-up. Un véhicule rétrofité est environ moitié moins cher qu’un neuf. De plus, de nouvelles aides de l’État, de l’Ademe et de régions peuvent représenter en cumulé près de 25 000 euros de subventions pour du rétrofit.
Les partenaires en sont convaincus : avec 5,6 millions d’utilitaires en circulation en France, et 29 millions en Europe, le parc existant représente un bon levier pour accélérer la décarbonation via le rétrofit. "Nous pouvons le faire avec de la main-d’œuvre locale et créer de l’emploi en France avec une technologie française", appuie Jean-Jacques Serraf.
Intégrer le rétrofit dans les normes
Pour éclairer les clients, Qinomic, Gruau et Stellantis militent pour que "les véhicules rétrofités soient pris en compte dans les indicateurs CAFE comme les autres véhicules électriques". La norme européenne CAFE, sur la réduction des émissions de CO2, prévoyait que 25 % des ventes de véhicules neufs réalisés en 2025 devaient être des modèles électriques. Les constructeurs ont finalement obtenu un lissage sur trois ans, jusqu’en 2027, pour l’application de ce seuil.
Feu Vert va contrôler les véhicules rétrofités
Avant d'entrer dans l'usine de Laval, les véhicules que les clients veulent rétrofiter seront passés au crible. Déjà en contrat avec Stellantis pour se fournir en pièces détachées, Feu Vert va réaliser 150 points de contrôle en amont sur les véhicules thermiques. "On ne peut pas se permettre d’avoir de mauvaises surprises avec un véhicule une fois qu’il arrive sur la chaîne d’assemblage", commente le directeur industriel de Qinomic, Guillaume Carnoli.
"Environ un mois plus tard, le véhicule qui a été rétrofité revient chez nous pour être homologué (nouvelle carte grise, etc.)", indique Laurent Decallonne, directeur commercial Feu Vert auprès des entreprises.
Le réseau lyonnais a identifié "une cinquantaine de centres auto partout en France (sur 350) pouvant réaliser ces opérations, précise le représentant de l’enseigne. Ce sont nos centres qui réalisent le plus gros chiffre d’affaires auprès des entreprises, certains jusqu’à 24-25 % de leur activité. L’idée est ensuite d’aller plus loin, en proposant un contrat d’entretien dans le temps, conçu spécifiquement pour les véhicules rétrofités."
Un accès au marché pro pour l’enseigne
Feu Vert y voit une bonne stratégie d’accès au marché des grandes entreprises et gestionnaires de flottes. "Nous sommes très identifiés auprès des particuliers, mais nous ne faisons que 7 % de notre activité auprès des professionnels. Depuis dix ans, nous avons donc ciblé la clientèle professionnelle comme un fort levier de croissance", explique Laurent Decallonne.