Puy-de-Dôme
Comment Limagrain Ingrédients entend doubler son chiffre d’affaires d’ici 2030
Puy-de-Dôme # Agroalimentaire # Investissement industriel

Comment Limagrain Ingrédients entend doubler son chiffre d’affaires d’ici 2030

Farines de légumineuses protéinées, nouvelle farine de blé riche en fibres, acquisitions… La filiale du groupe Limagrain, basée dans le Puy-de-Dôme, mise sur l’innovation pour conquérir de nouveaux marchés et répondre aux besoins des industriels. Forte de cette stratégie, Limagrain Ingrédients entend doubler son chiffre d’affaires d’ici 2030 et dépasser les 400 millions d’euros.

Limagrain Ingrédients fournit des farines aux propriétés spécifiques répondant aux attentes des industriels de l’agroalimentaire — Photo : Limagrain Ingrédients

Limagrain Ingrédients sait qu’elle a une carte à jouer. Alors que les industriels cherchent, toujours plus, à limiter les additifs dans leurs recettes et encore à améliorer le Nutriscore de leurs produits, l’entreprise entend offrir des solutions adaptées à ses clients avec des farines quasiment personnalisées. Pour cela, elle peut compter sur le soutien de sa maison mère, Limagrain, groupe coopératif agricole international et surtout quatrième groupe semencier mondial (9 000 salariés, 2,5 milliards d’euros de chiffres d’affaires).

Ce spécialiste de la transformation de matières premières agricoles, dont le siège se situe dans le Puy-de-Dôme, fournit aujourd’hui des grands acteurs de l’agroalimentaire, que ce soit pour du snacking, le petit-déjeuner, les plats préparés ou encore pour l’alimentation animale. Elle approvisionne aussi les propres marques du groupe, Jacquet et Brossard (boulangerie et pâtisserie industrielles). Porté par la demande, Limagrain Ingrédients (370 salariés ; 215 M€ de CA en 2023) a déjà doublé son chiffre d’affaires en 5 ans notamment grâce au développement de son usine à Arques dans le Pas-de-Calais. Et elle compte bien réitérer la performance et dépasser les 400 millions d’euros d’ici 2030.

15 millions d’euros injectés dans une ligne de production

Pour atteindre cet objectif, le groupe veut élargir son offre et mise notamment sur un nouveau segment, les farines enrichies en protéines végétales. Dans cette optique, la filiale de Limagrain vient d’annoncer un investissement de 15 millions d’euros afin de construire une nouvelle ligne d’extrusion sur son site actuel d’Ennezat, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand.

Lauréat d’un appel à projets dédié aux protéines végétales

Un chantier qui s’inscrit dans l’appel à projets dédié aux protéines végétales du plan France 2030, qui lui assure un soutien financier de 1,46 million d’euros. La mise en route est prévue pour cet été pour un lancement industriel en septembre ou octobre. Le groupe débutera avec les féveroles et les pois, dont il extraira les protéines par un jeu de températures et d’humidité.

" Nous travaillons déjà ces matières premières sur d’autres technologies, mais jamais sur de l’extrusion, c’est un pari car cela est technique mais nous avons le savoir-faire et l’expertise pour réussir. Ce marché des ingrédients riches en protéines démarre tout juste, il y a encore peu de fabricants. Nous nous engageons dans cette course pour être dans les premiers et prendre des parts de marché dans ce segment en plein essor ", explique Alexandre Raguet, directeur général adjoint de Limagrain.

Alexandre Raguet, directeur général adjoint de Limagrain — Photo : DR

Filière de production agricole locale

Et justement ces protéines texturées intéressent fortement les fabricants de plats cuisinés, de sauces… dont l’enjeu aujourd’hui est de produire des plats végétaux avec un apport nutritionnel équilibré. Cette production est "totalement en phase avec les attentes des consommateurs en termes de naturalité", souligne Limagrain Ingrédients. Cette future unité devrait produire, à terme, jusqu’à 4 300 tonnes de farines protéinées par an.

Le groupe réfléchit déjà à la mise en place d’une filière de production agricole locale autour de ces légumineuses. "Nous avons commencé les tests agronomiques sur le territoire, il faudra 4 à 6 ans pour analyser les résultats. Nous pourrions développer une filière auprès des agriculteurs de la coopérative (1 300 adhérents, NDLR), comme cela se fait pour le maïs et le blé. Mais il faut étudier la rentabilité et voir si les débouchés se confirment", précise Alexandre Raguet.

Une synergie de plus entre les différentes branches de Limagrain. La filiale Ingrédients bénéficie, de son côté, de l’expertise céréalière, via la sélection variétale, et l’expertise des procédés hydrothermiques du groupe pour proposer des farines, dites " fonctionnelles " à ses clients (blé, maïs, riz, légumineuses…). Ces farines travaillées, aux propriétés et textures spécifiques, apparaissent comme une " solution alternative aux épaississants et amidons ", indique Limagrain, ce qui permet aux industriels de réduire ou supprimer les additifs et autres ingrédients controversés.

Un nouveau blé protégé par 50 brevets

L’innovation est au cœur de la croissance organique du groupe, qui cherche d’ailleurs à monter en puissance du côté des farines de blé. Limagrain Ingrédients a récemment lancé LifyWheat, présenté comme un "blé révolutionnaire". Après des essais fructueux l’an dernier, l’entreprise vient de mettre en culture, à plus grande échelle, cette céréale dans la plaine de la Limagne (Puy-de-Dôme).

"C’est un blé qui est le fruit de plus de 20 ans de recherche et qui a nécessité plus de 50 brevets dans le monde. Il permet de proposer une farine blanche dix fois plus riche en fibres qu’une farine de blé classique. Cela intéresse les industriels qui veulent enrichir leurs produits en fibres afin d’apporter de meilleures valeurs nutritionnelles et d’améliorer leur Nutriscore. Nous sommes sur le marché de la nutrition santé mais sur des produits de tous les jours", détaille le dirigeant. Cela devrait permettre notamment d’accentuer la digestibilité, par exemple, des pâtes à pizza ou des biscuits de petit-déjeuner… La mise sur le marché de cette farine devrait intervenir en fin d’année après la première récolte de cet été.

Projets d’acquisitions en Europe

Enfin, dernier axe de son développement, mais pas le moindre… Limagrain Ingrédients compte aussi sur la croissance externe et cherche des opportunités partout en Europe. Cette dynamique d’acquisition vise notamment l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne qui bénéficient d’une vraie culture agroalimentaire industrielle.

"Nous sommes à la recherche d’entreprises dans le secteur des ingrédients secs qui ont la maîtrise d’un savoir-faire que nous n’avons pas afin d’augmenter nos compétences ou d’autres entreprises bien établies et que nous pourrions développer grâce à notre savoir-faire", résume Alexandre Raguet. Limagrain Ingrédients compte donc renforcer son leadership européen, marché sur lequel elle réalise 80 % de ses ventes. La pépite de la branche agroalimentaire de Limagrain n’a pas dit son dernier mot…

Puy-de-Dôme # Agroalimentaire # Investissement industriel # International # Fusion-acquisition