L’Europe s’attend à une nouvelle déferlante de marchandises commercialisées par les plateformes d’e-commerce chinoises. "Il va y avoir une invasion de produits de la zone Indo-Pacifique" en Europe, prédit ainsi Michel-Édouard Leclerc, ce mardi 29 avril sur France Inter. Une conséquence de l’augmentation des droits de douane à l’entrée des produits étrangers aux États-Unis. En mai, les droits de douane américains tripleront ainsi pour les petits colis envoyés de Chine.
"On parle de la Chine, mais imaginez le Vietnam, la Corée, le Bangladesh et même la Turquie. Tous ces pays, aujourd’hui, face à l’incertitude d’un débouché américain, vont essayer de trouver d’autres débouchés sur l’Afrique, sur l’Europe", a souligné le PDG du groupe Leclerc.
4,6 milliards de colis importés en Europe en 2024
La vague asiatique est déjà enclenchée. L’an passé, 4,6 milliards de colis d’un montant inférieur à 150 euros (et donc exemptés de droit de douane) ont été importés dans l’Union Européenne, à 91 % en provenance de Chine. Ce chiffre a doublé entre 2020 et 2022 et encore doublé entre 2022 et 2024, indique la Commission européenne.
Cet afflux d’importations contribue à la croissance du secteur e-commerce en France, qui pèse 175 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Il représente 10 % du commerce de détail tricolore.
"Le développement du commerce en ligne est une chance", estime le ministre de l’Économie Éric Lombard. "Mais il est impossible d’ignorer les déséquilibres que cette dynamique génère : pression sur nos commerces de proximité, risques accrus pour la sécurité des consommateurs, atteintes à nos normes sociales et environnementales et impact carbone lié au transport aérien", poursuit-il.
Le commerce, la fast fashion et le meuble tremblent devant la Chine
Ces derniers mois, plusieurs secteurs en France se sont émus de la montée en puissance des importations chinoises. C’est le cas de la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance, la Fevad, qui a demandé au gouvernement de protéger le commerce en ligne tricolore face aux plateformes chinoises. Temu, Shein, AliExpress : trois d’entre elles sont aujourd’hui parmi les 20 premiers sites d’e-commerce les plus consultés en France.
Présidée par Olivier Ducatillion, l’Union des industries textiles, réclame "des droits de douane sur les petits paquets avec un abaissement du seuil de 150 euros permettant de taxer ces millions de produits qui entrent sur notre territoire aujourd’hui". Selon le gouvernement, les trois plus grandes plateformes chinoises transportent chaque jour par avion 10 000 tonnes de vêtement vers les autres pays du monde.
La fast fashion n’est pas la seule en cause. Les fabricants et distributeurs de meubles en France s’agacent ainsi de la montée en puissance de l’ameublement chinois. En cause là encore, "l’arrivée de nouvelles plateformes de distribution chinoises insuffisamment contrôlées", et faussant les règles de la concurrence. L’Ameublement français et la Confédération nationale de l’équipement du foyer accusent en effet les plateformes chinoises de dumping et de ne pas respecter des réglementations européennes et françaises comme la propriété intellectuelle, les réglementations environnementales ou le RGPD.
Une taxe de quelques euros sur les petits colis dès 2026 ?
Face à ce constat, l’Europe "doit essayer de mettre un frein ou de négocier avec chaque pays", expose Michel-Édouard Leclerc. Pour le dirigeant, l’Union européenne dispose de deux solutions : tenter de réguler les plateformes comme Temu et Shein par des normes, et instaurer des clauses écologiques.
Le gouvernement français vient de dévoiler sa parade, ce mardi 29 avril. Ministre chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin a annoncé son intention de défendre à Bruxelles la mise en place à partir de 2026 d’un mécanisme de frais de gestion sur chaque petit colis entrant en Europe. Ces frais de gestion "de quelques euros" seraient un mécanisme transitoire avant la réforme douanière de l’Union européenne de 2028. La France défendra à cette occasion la suppression du seuil de 150 euros pour les franchises douanières sur les marchandises arrivant dans l’Union européenne.
Renforcement des contrôles aux frontières
La mise en place des frais de gestion doit permettre de financer la multiplication des contrôles. Éric Lombard annonce un triplement des contrôles douaniers dès cette année, avec la mise en place d’une nouvelle doctrine de la part des services de l’État. Douanes, répression des fraudes et services fiscaux agiront désormais de concert. Les grosses plateformes chinoises et certaines marchandises sensibles comme les médicaments seront dans le viseur de l’administration.
En parallèle, plusieurs plateformes chinoises sont dans le collimateur de la Commission européenne. Cette dernière a ouvert une enquête en octobre dernier contre Temu et, en février 2025, contre Shein. En cause : le manquement aux règles de protection des consommateurs. Amélie de Montchalin a indiqué que 94 % des produits contrôlés sont jugés non conformes, et parmi eux 66 % sont considérés comme dangereux.