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Importations de colis chinois : les commerçants français jugent insuffisantes les mesures du gouvernement
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Importations de colis chinois : les commerçants français jugent insuffisantes les mesures du gouvernement

Fevad, Alliance du Commerce, Fédération française du prêt-à-porter féminin : un certain nombre d’acteurs économiques français jugent insuffisant le plan du gouvernement pour lutter contre la concurrence déloyale des plateformes d’e-commerce chinoises, comme Shein et Temu.

Les mesures annoncées par le gouvernement pour lutter contre l’activité des plateformes d’e-commerce chinoises ne sont pas jugées efficaces par plusieurs fédérations de commerçants français — Photo : Koshiro K

"Ce ne sont pas des mesures, ce sont des mesurettes qui ne sont que de la communication". Interrogé par nos confrères de FranceInfo, Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, n’y va pas par quatre chemins pour critiquer le plan annoncé par le gouvernement pour tenter de contrecarrer la montée en puissance des plateformes d’e-commerce chinoises comme Temu et Shein, emblèmes de la fast fashion. Si les ventes de produits textiles et de mode sont au centre des débats, ce ne sont pas les seules marchandises concernées. Derrière la fédération de L’Ameublement français et la Confédération nationale de l’équipement du foyer, les fabricants et distributeurs de meubles tricolores s’agacent aussi de la concurrence croissante des ventes en ligne de produits chinois.

Une montée en puissance qui pourrait se décupler avec la mise en place début mai de taxes douanières par l’administration de Donald Trump. Les Européens craignent que les colis chinois ne pouvant plus s’écouler sur le sol américain finissent par être vendus sur le Vieux continent.

"Ces plateformes, massivement subventionnées, pratiquent des prix artificiellement bas faussant la concurrence"

"Nos entreprises méritent un terrain de jeu équitable", s’est fendu le président du Medef Patrick Martin, sur le réseau social Linkedin. Les entreprises européennes accusent leurs concurrentes chinoises d’exploiter les ouvriers chinois, de ne pas respecter les normes environnementales et les règles commerciales et de ne pas protéger les consommateurs. Par ailleurs, la concurrence asiatique est accusée de dumping. "Ces plateformes, massivement subventionnées, pratiquent des prix artificiellement bas faussant la concurrence", assure Marc Lolivier, directeur général de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).

Ce que compte mettre en place le gouvernement

Fin avril, quatre ministres dont Eric Lombard (Économie) et Amélie de Montchalin (Comptes publics) ont annoncé différentes mesures pour tenter de freiner l’invasion de marchandises asiatiques vendues sur les sites asiatiques d’e-commerce. Le gouvernement veut ainsi tripler les nombres de contrôles douaniers pour freiner la venue de colis ne répondant pas aux normes européennes. "Nous ne pouvons pas supporter que 94 % des produits contrôlés soient non conformes, dont 66 % sont dangereux pour le consommateur", indique Yohann Petiot, directeur général d’Alliance du Commerce.

Au-delà de la réglementation, le gouvernement compte aussi amener Bruxelles à taxer les marchandises chinoises entrant sur le sol européen. Car aujourd’hui, les colis d’une valeur inférieure à 150 euros — qui représentent l’essentiel des ventes des plateformes d’e-commerce — ne sont soumis à aucun droit de douane. Le gouvernement compte mettre en place des barrières douanières. Une réforme douanière est prévue en 2028 en Europe. Bercy compte à cette occasion supprimer les exonérations de taxes pour les colis d’une valeur de moins de 150 euros. En attendant cette réforme, le gouvernement compte instaurer des frais de gestion de quelques euros par colis entrant sur le sol européen dès 2026 (ce qui suppose un accord européen là aussi).

Des solutions insuffisantes pour les commerçants

Ces solutions sont insuffisantes pour Yann Rivoallan. Le président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin estime que pour un achat d’une valeur moyenne de 50 euros, les taxes américaines arriveront à stopper les importations chinoises en portant le coût du colis à 150 euros pour le consommateur américain. En France, en revanche, le prix passera à 54,50 euros avec les frais de gestion. Un surcoût qui "ne changera strictement rien", assure Yann Rivoallan sur FranceInfo.

Une réunion à Bercy

Après l’annonce du plan du gouvernement français, plusieurs représentants d’entreprises françaises étaient invités en début de semaine à Bercy pour évoquer les réponses à apporter pour lutter contre les plateformes chinoises. L’occasion pour Marc Lolivier de rappeler "l’urgence de la situation" et la nécessité de mettre en œuvre "une réponse à la hauteur".

Plus de contrôle et de droits de douane

Yohann Petiot réclame l’application de la loi. Il faut "renforcer les contrôles effectués par les autorités et appliquer systématiquement des sanctions", assure le directeur général d’Alliance du Commerce. Il s’agit aussi pour ce représentant des commerçants de "supprimer très rapidement les avantages financiers" des plateformes chinoises, en mettant fin à l’exonération des droits de douane pour les petits colis. Et ce, sans attendre 2028. À la Fevad, Marc Lolivier est sur la même longueur d’onde. "Comment expliquer que nous continuions à offrir les droits de douane à ces plateformes – l’équivalent de 3,6 milliards d’euros par an – pendant les trois prochaines années ?".

Interdire la pub et malus environnemental

Les deux fédérations de commerçants réclament aussi des mesures antidumping. De son côté, Yann Rivoallan propose d’interdire la publicité de ces plateformes et de mettre en place un système de bonus-malus environnemental.

Les entreprises françaises veulent "un engagement politique clair, des actes forts et un calendrier précis", assure Marc Lolivier. Sans quoi des dizaines de milliers d’emplois risquent être détruits et les centres-villes vont continuer à se vider, prédit Yann Rivoallan.

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