Les mesures de soutien ciblées sur les secteurs mis en difficulté par la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient n’ont pas trouvé leur public. Le 27 mars dernier, le gouvernement a annoncé une remise de 20 centimes par litre de carburant pour les pêcheurs et pour les TPE et PME du transport routier de marchandises.
Les agriculteurs sont aussi visés par une aide passant par une exonération totale du droit d’accise, c’est-à-dire de la taxe prélevée sur le gazole non routier. L’ensemble de ces mesures représente un coût de 70 millions d’euros, limité au mois d’avril. Ces mesures s’ajoutent à celles précédemment annoncées par Roland Lescure, ministre de l’Economie et des finances.
Des pêcheurs toujours contraints de rester à quai
Pour les pêcheurs, qui bénéficient d’un remboursement de leurs factures de carburant à hauteur de 20 centimes d’euro par litre, cette mesure est un "premier signal positif" qui demeure toutefois "insuffisant" pour le secteur. L’Association nationale des organisations de producteurs et l’Union des armateurs à la pêche de France voient dans cette mesure un signal "considérant le rôle de la pêche dans la souveraineté alimentaire".
Malgré cette reconnaissance, la remise de 20 centimes par litre de carburant est insuffisante face aux difficultés rencontrées par les entreprises de pêche. Ce remboursement "constituera une bouffée d’oxygène pour une partie de la flotte, mais demeure très insuffisante pour de nombreuses entreprises qui ne sont déjà plus en mesure de sortir en mer", selon les deux syndicats.
Des mesures limitées pour les transporteurs routiers
Les transporteurs routiers ont aussi fait part de leur scepticisme à la suite des annonces du gouvernement. Pour les TPE et PME transportant des marchandises et pour les transporteurs publics routiers de voyageurs, la remise sur le prix du carburant atteint le même niveau que celle pour les pêcheurs. Ces entreprises devront justifier de "difficultés de trésorerie majeures liées à la crise", précise le gouvernement. Au total, l’aide exceptionnelle, limitée au mois d’avril, atteindra 50 millions d’euros.
"Des mesures incompréhensibles"
Pour l’Union des transports et de la logistique de France (UTLF), cette "politique du chèque" comprend des limites comme des "modalités administratives complexes, des délais et inégalités d’accès". Elle déplore une réponse "strictement conjoncturelle alors que la crise actuelle révèle également des difficultés structurelles profondes".
La Fédération nationale des transports routiers (FNTR) estime quant à elles que les mesures annoncées par le gouvernement sont "incompréhensibles". Ces dernières ne sont "ni à la hauteur de la crise, ni adaptées aux réalités du terrain". Pour la fédération, la baisse de 20 centimes par litre de carburant est une aide qui sera complexe à mobiliser pour les entreprises et, surtout, insuffisante. Elle déplore la situation des TPE et PME, qui font face à "des déficits qui se creusent et à des trésoreries exsangues".
Baisse de la TICPE et appel à l’Europe
Les transporteurs routiers demandent une baisse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) qui fournirait, selon l’UTLF, "une baisse immédiate pour tous les transporteurs du prix du carburant". Tout en alignant les transporteurs français sur ceux des autres pays européens. La FNTR appelle également à la mise en place d’un soutien "efficace, rapide et durable" sans en préciser le contenu.
Les pêcheurs quant à eux porteront leur revendication dès cette semaine à Bruxelles lors du conseil des ministres des pêches. Objectif : faire en sorte que l’Union européenne débloque "des moyens supplémentaires pour permettre aux États membres d’accompagner les entreprises de pêche dont les navires sont contraints de rester à quai".