Face à l’érosion continue du cheptel bovin français, la société rhodanienne Élevage Durable Services (filiale du groupe Élevage et Patrimoine), à l’origine de la solution Bovicash veut imposer un nouveau modèle de financement dans la filière viande. Fondée par Frédéric Senan et Sébastien Dumais, l’entreprise vient de sécuriser une enveloppe de 100 millions d’euros via un fonds de dettes obligataires abondé par une banque japonaise et un fonds américain dont le nom n’a pas été dévoilé.
Une première tranche de 50 millions d’euros a déjà été débloquée, tandis qu’une seconde enveloppe du même montant est validée. "Nous avons mené une longue tournée de présentation en ciblant d’abord des partenaires institutionnels français et européens, mais nous n’avons pas réussi à convaincre. Le modèle est innovant", assure Frédéric Senan, cofondateur et directeur général de Bovicash.
Un nouveau produit issu du groupe Élevage et Patrimoine
Bovicash s’inscrit dans l’écosystème développé par le groupe Élevage et Patrimoine (25 collaborateurs) et sa filiale Élevage Durable Services, toutes deux installées à Dardilly, dans le Rhône. Le groupe est déjà connu pour MyMarguerit, une plateforme lancée en 2021 permettant à des particuliers d’investir dans des vaches laitières mises ensuite en location auprès d’éleveurs français.
Si MyMarguerit cible les épargnants et la filière laitière, Bovicash s’adresse cette fois aux professionnels de la filière bovine allaitante : éleveurs, négociants ou industriels. Les deux dispositifs reposent toutefois sur le même savoir-faire historique autour du financement de cheptel bovin.
Un modèle inspiré des pays anglo-saxons
Inspiré des pratiques déjà répandues aux États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, le dispositif permettra aux éleveurs de financer l’acquisition de vaches allaitantes via des contrats de leasing (contrat de location avec option d’achat) de six à vingt-quatre mois. Le système prévoit des loyers modérés associés à une valeur résiduelle réglée à la fin du contrat.
L’offre vise quatre profils : les agriculteurs qui s’installent, ceux qui souhaitent agrandir leur exploitation, les éleveurs confrontés à une baisse de cheptel et ceux préparant une transmission. Ce dispositif entend répondre aux besoins de milliers d’éleveurs en quête de solutions de financement souples et adaptées à leurs enjeux. Selon l’Institut de l’Élevage, la France a perdu 440 000 vaches allaitantes entre 2018 et 2023. Une tendance qui fragilise la production nationale de viande bovine.
Objectif : financer 100 000 vaches d’ici trois ans
Ces capitaux ont vocation à financer l’introduction d’environ 100 000 nouvelles vaches allaitantes (bovins viande) dans les élevages français dans les trois prochaines années. L’offre de leasing sera officiellement ouverte aux éleveurs à l’automne 2026. "Nous voulons permettre aux éleveurs de renforcer leur cheptel sans subir la pression du financement", souligne Frédéric Senan. La société s’appuie sur l’expérience d’Élevage et Patrimoine, créée en 1971 et présentée comme le seul acteur français de l’investissement financier dans le vivant agréé par l’AMF.