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Comment Boehli, petit boulanger, a industrialisé sa production de mini-bretzels apéritifs
Bas-Rhin # Agroalimentaire # PME

Comment Boehli, petit boulanger, a industrialisé sa production de mini-bretzels apéritifs

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L’alsacien Boehli, célèbre pour ses mini-bretzels apéritifs, a célébré ses 90 ans en 2025. Fondée en 1935 par Marcel Boehli, boulanger du village de Gumbrechtshoffen, l’entreprise est devenue une véritable industrie après son rachat par Édouard Meckert en 1998. Son fils Nicolas Meckert l’a fait entrer dans une nouvelle dimension depuis 2016. Et porte de grandes ambitions pour la décennie venir.

Nicolas Meckert, fils d’Édouard Meckert, est PDG de Boehli depuis 2016 — Photo : Dorian Mao

Toute l’histoire des 90 ans de Boehli se déroule dans un rayon de moins de deux kilomètres, au cœur de deux villages voisins du nord de l’Alsace. À Gumbrechtshoffen, dans le Bas-Rhin, l’entreprise était avant tout une boulangerie de village, fondée par Marcel Boehli en 1935. À Gundershoffen, elle est devenue une industrie qui exporte ses produits dans près de 22 pays à travers le monde. Alors, quand on lui parle de 2035 et du centenaire de l’entreprise, Nicolas Meckert, 52 ans, actuel PDG de Boehli, ne mâche pas ses mots : "Pour les 100 ans, on vise 50 millions d’euros de chiffres d’affaires", soit le double de 2025. Pour cela, Boehli envisage de diversifier sa production, et les dirigeants n’hésitent pas à lorgner le marché du sucré…" On se laisse toutes les possibilités, nous avons des projets en réflexion, d’autres plus avancés", laisse entendre le PDG avec un brin de malice dans la voix.

La première ligne de production de bretzel apéritive dans la boulangerie historique de Marcel Boehli, à Gumbrechtshoffen (sans date) — Photo : Boehli

Le succès de Boehli (90 salariés) prend racine en 1952 avec l’invention de la bretzel apéritive : "Marcel Boehli souhaitait proposer un bretzel à sa clientèle qui se conserve dans le temps. C’est comme cela qu’il a découvert la cuisson à cœur des bretzels et a créé les bretzels apéritives", raconte Nicolas Meckert, 52 ans, actuel président-directeur général (PDG) de Boehli.

En 1967, le fondateur passe la main à sa fille, Colette Nagel, qui prend les commandes de l’entreprise fleurissante. Mais au milieu des années 1990, Boehli est placé en redressement judiciaire après plusieurs années difficiles. Édouard Meckert, le père de l’actuel PDG la rachète en 1998.

Édouard Meckert sauve Boehli de la liquidation

Cet investisseur, alors dirigeant de l’entreprise alsacienne de meunerie le Moulin des moines, y voit l’opportunité d’écouler sa production de farine de blé biologique. "Il s’agissait vraiment d’un investissement vertical. Le but final de mon père était de produire des bretzels apéritives avec la farine bio du moulin qui s’écoulait assez difficilement à l’époque", explique son fils.

Après l’acquisition, l’ambition d’Édouard Meckert est de transformer Boehli en une véritable industrie agroalimentaire. "Il a tout fallu changer, des machines aux process de fabrication.

Marcel Boehli et sa famille (sans date) — Photo : Boehli

Lorsque mon père arrive à la tête de l’entreprise, il n’y a qu’une ligne de production en fin de vie, 17 salariés et 750 000 francs [environ 115 000 euros actuels, NDLR] de chiffre d’affaires. Il savait que pour transformer une entreprise artisanale en une industrie, il fallait consacrer énormément d’argent aux investissements. L’identité de Boehli sur le sujet est née ici", poursuit-il.

Et Édouard Meckert ne va pas lésiner. Animé par cette volonté de transformation de l’entreprise, Boehli déménage et s’installe sur le site qu’elle occupe encore aujourd’hui, à Gundershoffen, commune limitrophe du village de Gumbrechtshoffen, en 2000. D’une entreprise au bord de la liquidation judiciaire, Boehli relance son activité dans une usine flambant neuve de 2000 m2 avec deux lignes de production. En 2003, elle emploie 25 salariés.

L’une des deux nouvelles lignes de production dans la toute nouvelle usine de Gundershoffen en 2000 — Photo : Boehli

L’ère Meckert : croissance et nouveaux marchés

Trois ans plus tard, l’usine atteint 4 500 m2, doublant sa capacité de production. En 2009, Boehli obtient sa certification IFS, certification internationale de référence dans le secteur de l’agroalimentaire, qui lui permet de décrocher des contrats pour produire des bretzels pour des marques de distributeurs (MDD). "Cette étape a vraiment été décisive dans la montée en industrialisation de l’entreprise, affirme Nicolas Meckert. Aujourd’hui, la production de mini-bretzels pour des marques de distributeurs représente environ 33 % du chiffre d’affaires global de l’entreprise et plus de la moitié du chiffre d’affaires réalisé en France".

Le site de production de 6000 m2 de Boehli à Gundershoffen — Photo : Crédit : Cyrille Fleckinger/Boehli

Entre 2016 et 2025, une augmentation de 10 millions d’euros du chiffre d’affaires

En 2016, Nicolas Meckert devient PDG de Boehli. L’entreprise réalise alors 11,8 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 60 salariés. La même année, il inaugure un nouvel agrandissement, portant la surface de l’usine à 6 000 m2 avec six lignes de production. C’est le début de l’ascension express de l’entreprise. Alors que l’engouement autour des mini-bretzels apéritives augmente dans le monde entier, Boehli suit le rythme et va réussir à augmenter de plus de 10 millions d’euros son chiffre d’affaires annuel en dix ans (+ 92 %), avec une croissance de plus de 20 % en 2021 et en 2022.

Deux véhicules automatisés assurent la liaison entre l’usine et l’entrepôt de stockage 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 — Photo : Dorian Mao

Depuis 2021, fidèle à la tradition lancée par son père, Meckert fils a réalisé 10,7 millions d’euros d’investissements chez Boehli. Un nouveau hangar de stockage de 3 000 m2 a ainsi vu le jour en 2023, géré par deux transstockeurs automatisés. Le PDG a aussi investi dans une encaisseuse automatique pour le formage et le remplissage des cartons, ainsi que deux AGV (automated guided vehicle), pour faciliter le transport des palettes de l’usine au nouveau hangar.

Une huitième ligne de production en 2026

"En tant qu’entrepreneur, je souhaite toujours aller de l’avant, ne pas me contenter de ce qui fonctionne aujourd’hui, toujours être tourné vers demain", indique Nicolas Meckert. La septième ligne de production a également vu le jour en 2024, la huitième étant déjà dans les cartons pour le courant de l’année 2026, avec un investissement estimé à 1,5 million d’euros. "Avec cette nouvelle ligne de production, nous allons pouvoir augmenter notre production de 300 kg par heure pour avoisiner les 50 tonnes par jour", détaille-t-il.

Bas-Rhin # Agroalimentaire # PME # Investissement # Investissement industriel