Verso Energy prévoit d'investir 2 milliards d’euros pour produire de l’eSaf dans le Limousin et dans les Landes
# Chimie # Transition énergétique

Verso Energy prévoit d'investir 2 milliards d’euros pour produire de l’eSaf dans le Limousin et dans les Landes

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La société Verso Energy a engagé deux études de faisabilité pour deux unités de production de kérosène de synthèse en Haute-Vienne et dans les Landes. Au total, près de 2 milliards d’euros pourraient être investis. Il s’agirait du plus gros projet jamais porté dans le Limousin. Plusieurs centaines d’emplois sont en jeu.

Le projet de Verso Energy à Saillat-sur-Vienne, près de la papeterie Sylvamo (en photo), est le plus important porté dans le Limousin. Il pourrait générer 300 emplois — Photo : Sylvamo

Si la société parisienne Verso Energy mène son projet à terme, deux unités de production de kérosène de synthèse verraient le jour en Nouvelle-Aquitaine. La première à proximité du site du groupe papetier Sylvamo, implanté sur les communes de Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne) et Etagnac (Charente). La deuxième serait à Tartas dans les Landes près de l’usine du spécialiste de la chimie du bois Ryam. Au total, près de 2 milliards d’euros pourraient être investis.

Un investissement jamais vu dans le Limousin

À Saillat-sur-Vienne, Verso Energy projette de produire de l’hydrogène et du méthanol de synthèse destinés à la fabrication de carburants de synthèse. La capacité électrique du futur site serait de plus de 600 MW. Un investissement d’une ampleur jamais vue en Limousin avec à la clé la création de 300 emplois dont 120 directs et 180 indirects.

"Le carburant de synthèse que nous produirons à Saillat-Sur-Vienne servira à décarboner l’aviation et le maritime. Même si nous ciblons prioritairement le transport aérien, une partie du méthanol produit sera destinée à alimenter les nouveaux bateaux qui fonctionneront au méthanol. Le kérosène de synthèse - ou eSaf - sera transporté par train vers les grands aéroports nationaux. Nous n’allons pas utiliser des arbres et couper des forêts pour faire voler des avions. Nous captons le CO2 à partir d’un procédé déjà existant sans augmenter la quantité de biomasse prélevée. C’est important de le souligner. Nous n’aurons aucun impact sur l’activité de Sylvamo qui valorise son CO2 en nous le revendant", explique Antoine Huard, co-fondateur et directeur général de Verso Energy.

L’entreprise prévoit de capter 630 000 tonnes de CO2 par an qui, combinés à 95 000 tonnes d’hydrogène, permettront de fabriquer 150 000 tonnes d’eSAF par an.

Phases d’autorisations administratives

En ce qui concerne le projet de Tartas, il sera également dédié à la production d’eSaf. "Le point commun entre ces deux projets est l’utilisation d’un CO2 d’origine biogénique issu de la production de groupes papetiers. Cela anticipe la réglementation européenne qui interdit strictement l’utilisation de CO2 d’origine fossile pour la production de carburants de synthèse d’ici 2041", explique le dirigeant.

Verso Energy reste toutefois prudente. Ces deux projets néo-aquitains n’en sont qu’à leurs premières phases d’ingénierie même si deux étapes essentielles ont déjà été franchies : la maîtrise du foncier et la sécurisation électrique. Reste à obtenir les autorisations administratives.

Mise en service envisagée à l’horizon 2030

"Ces deux projets vont nécessiter la création de nouvelles lignes haute tension. Nous avons récemment signé les propositions technico financières de RTE et avons payé un acompte pour sécuriser le raccordement électrique sur les deux sites. Dès lors que nous avons le foncier et le raccordement électrique, nous communiquons pour informer l’ensemble du territoire sur nos projets. C’est une question de transparence. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on considère que nous sommes au bout du chemin : nous attirons l’attention sur le fait qu’il y a encore beaucoup de travail et d’études à réaliser. Les demandes d’autorisations administratives vont être déposées début 2025. Nous les espérons dans le courant 2026 pour une mise en service à l’horizon 2030."

La France, hub européen de l’eSaf

Pour Verso Energy, il est aujourd’hui nécessaire de créer des gigafactories pour bénéficier d’économies d’échelles et produire des eSaf compétitifs, même si le prix de ces nouveaux carburants restait plus élevé que celui des carburants fossiles actuels. Le règlement européen RefuelEU Aviation, adopté en octobre 2023, prévoit que dès 2030 les compagnies aériennes devront intégrer 1,2 % d’eSaf dans le kérosène des vols en Europe et au départ de l’Europe pour atteindre les 35 % en 2050.

"La France est une terre bénite pour fabriquer du carburant de synthèse puisque grâce à notre mix énergétique bas carbone, nous pouvons fabriquer ces nouveaux carburants non seulement avec du renouvelable mais aussi avec du bas carbone. Dans un contexte qui est excédentaire, nous exportons chaque année 60 terawatt-heures d’électricité, la France a largement de quoi devenir le hub européen de production de carburant de synthèse, et même être exportateur de carburant de synthèse dans toute l’Europe", s’enthousiasme le dirigeant.

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