La situation est critique pour Verney-Carron. Dans un communiqué daté du 18 mars, l’actionnaire de l’armurier stéphanois, le groupe Cybergun "attire l’attention sur l’incertitude concernant l’avenir de ce fleuron historique de l’industrie française".
Le 6 mars dernier, Cybergun avait annoncé avoir reçu une offre ferme de la part d’un acteur majeur de l’armement de petit calibre au niveau mondial en vue d’une prise de contrôle majoritaire de Verney-Carron, placé en redressement judiciaire depuis le 12 février. Offre dont plusieurs sources concordantes estiment qu’elle pourrait provenir du belge FN Browning (3 000 salariés, 908 M€ de CA).
Reprise conditionnée à un prêt de 4,5 millions d’euros
Problème, la principale condition suspensive à lever avant la réalisation de cette opération réside dans la restructuration financière de l’armurier stéphanois. "À ce titre, le groupe Cybergun a d’ores et déjà pris l’engagement d’abandonner ses avances en compte courant d’un montant cumulé de 9,7 millions d’euros en échange d'une clause de retour à meilleur fortune (règlement ultérieur de la créance si la chance lui procure les moyens d'y parvenir, NDLR). Dans le même temps, le groupe a sollicité l’obtention d’un prêt de 4,5 millions d’euros auprès du Fonds pour le développement économique et social (FDES) octroyé par l’État à des entreprises pour accompagner leur restructuration financière et commerciale", détaille la direction de Cybergun dans son communiqué.
Dans l’attente d’un avis favorable du ministère de l’Économie
Cette demande qui a reçu le soutien de la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) et du ministère des Armées, n’a pour l’heure pas reçu d’avis favorable de la part du ministère de l’Économie et des Finances, décisionnaire en matière d’attribution de ce type de prêt.
"Dans l’hypothèse d’une non-attribution d’un tel prêt, l’ensemble de la procédure de relance de Verney-Carron serait remis en cause. Dès lors, la pérennité de l’entreprise ne pourrait être assurée avec la perspective de voir la procédure de redressement se transformer à très court terme en liquidation judiciaire", prévient le communiqué de presse de Cybergun.
Hugo Brugière reçu au ministre de l’Économie et des Finances
Reçu jeudi 20 mars par le ministère de l’Économie et des Finances pour tenter de débloquer cette situation, le PDG de Cybergun, Hugo Brugière, s’est confié au micro de nos confrères d’Ici Saint-Etienne. "Il y a une oreille attentive. Après il faudra que de l’oreille attentive, on passe à la main qui agit, a-t-il commenté. Mais pour le moment, ça va dans la bonne direction, ce sont les heures et jours à venir qui nous diront à quelle sauce on va être mangé".
En attendant, les élus locaux se mobilisent pour faire du lobbying auprès de l’État, pour que ce dernier accorde le fameux prêt FDES de 4,5 millions d’euros. Les six députés et quatre sénateurs de la Loire ainsi que le président du département et la présidente de Saint-Étienne Métropole ont signé un courrier destiné à Eric Lombard, le ministre de l’Économie et des Finances, pour trouver une solution. Il en va de la survie du plus ancien manufacturier d’armes en France et de l’avenir de ses 70 salariés (4 M€ de CA en 2024).
L’État "doit prendre ses responsabilités"
"Nous sommes aujourd’hui proches du but dans notre ambition de sauvetage de Verney-Carron […] Je ne peux imaginer que tous ces efforts financiers, diplomatiques et humains soient réduits à néant faute du soutien financier légitime et raisonnable demandé aux pouvoirs publics, dans le cadre d’un prêt, sachant que l’essentiel de l’effort est porté par les acteurs privés du dossier. À l’heure où la présidence de la République appelle à s’engager dans l’économie de guerre, chacun doit prendre ses responsabilités pour passer des paroles aux actes", concluait Hugo Brugière, dans son communiqué du 18 mars. Pour rappel, Verney-Carron avait intégré la réserve industrielle de Défense à l’été 2024.