Au lendemain de la décision du tribunal des Affaires économiques de Lyon de rejeter l’offre de reprise de l’ancienne plateforme de Vencorex, le ministre de l’industrie, Sébastien Martin, a tenté de redonner espoir aux porteurs de projet. Rappelons qu’après des mois d’attente, les porteurs du projet d’Exalia, des entrepreneurs et acteurs du territoire grenoblois qui avaient pour objectif de recentrer l’activité du site sur la production de sel et de chlore, tout en transformant la plateforme chimique de Pont-de-Claix en une pionnière de la chimie verte et décarbonée, ont vu leur projet débouté.
Le tribunal leur a préféré une offre de reprise d’un ferrailleur drômois pour démanteler la totalité de la plateforme. "Avant la fin de la semaine prochaine nous allons voir comment reconstruire le projet Exalia, en discutant avec les autres acteurs retenus dans le cadre de la liquidation et notamment le ferrailleur, afin de réintroduire le projet à l’intérieur de l’ancien site industriel, en menant une négociation de gré à gré", a ainsi affirmé le ministre. Ce dernier a néanmoins affirmé qu’il ne pouvait pas aller à l’encontre de la décision du tribunal. "N’attendez pas d’un représentant du gouvernement qu’il se permette d’émettre des critiques une décision de justice", a ajouté Sébastien Martin
Les motifs du rejet de l’offre d’Exalia par le tribunal dévoilés
De leur côté, après une journée d’attente, les porteurs du projet Exalia ont finalement pu consulter le délibéré du tribunal, afin de comprendre les raisons du rejet. Et de pouvoir faire appel de la décision.
Parmi les raisons avancées par les juges, figure la dépollution de la plateforme que les porteurs n’auraient pas été en mesure de prendre en charge. "Cet argument ne tient pas la route puisque nous proposons justement de reprendre et réindustrialiser l’intégralité de la plateforme contrairement au ferrailleur qui va juste la démanteler sans se soucier du sous-sol", a affirmé Séverine Dejoux, porteuse du projet et ancienne représentante syndicale chez Vencorex.
La question des coûts de gestion et de dépollution
Autre motif invoqué par le tribunal : le prix de cession proposé par le ferrailleur, de 1,6 million d’euros. Un argument contesté par les porteurs d’Exalia, qui dénoncent une lecture uniquement à court terme. "Aujourd’hui, le ferrailleur met une certaine somme sur la table, mais le tribunal n’a pas tenu compte de la durée pendant laquelle le liquidateur devra continuer à entretenir la plateforme pour en assurer la dépollution. C’est un coût qui ne prend pas en compte le long terme ", avance Séverine Dejoux.
Pour les porteurs du projet, le raisonnement du tribunal se limite ainsi au montant immédiat de la cession, sans intégrer les coûts futurs liés à la gestion du site. À l’inverse, ils estiment que leur projet de réindustrialisation aurait permis de réduire ces charges dans la durée.
Enfin, le tribunal a estimé qu’Exalia n’avait pas obtenu l’autorisation d’exploiter la plateforme. "Nous sommes justement en attente de la décision de la Dreal sur le sujet, nous avons discuté avec toutes les autorités réglementaires pour déposer le dossier et il y a trois mois de délai", commente Séverine Dejoux pour Exalia. Ceci n’est donc pas un motif de refus du tribunal a estimé la représentante. "Nous allons travailler avec le préfet et le service de la Dreal sur les dernières autorisations administratives", a affirmé pour sa part Sébastien Martin
La CGT demande l’ouverture d’une enquête
La CGT a également soutenu le projet Exalia et dénoncé la décision du tribunal hier, à l’occasion des Assises du Made in France organisées par le syndicat et qui se tenaient sur l’ancien site de Vencorex. La secrétaire générale Sophie Binet a ainsi demandé "l’ouverture immédiate d’une commission d’enquête afin de mettre en lumière les raisons de ce scandale national depuis deux ans". "Nous demandons au ministre de tout mettre en œuvre pour empêcher cette catastrophe", a déclaré la secrétaire.