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La justice rejette le projet de reprise de la plateforme de Vencorex
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La justice rejette le projet de reprise de la plateforme de Vencorex

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Après des mois d’attente, le tribunal des Affaires économiques de Lyon a finalement rejeté l’offre de reprise de la plateforme de Vencorex à Pont de Claix, aux environs de Grenoble. Motif : les porteurs du projet, qui avaient pourtant trouvé les financements nécessaires pour faire repartir une activité chlore soude, ne sont pas capables de reprendre un site classé Seveso.

Le projet de reprise de l’ancienne plateforme de chimie Vencorex prévoyait un redémarrage de l’activité fin 2027 avec une montée en puissance courant 2028. Elle devait employer à terme 250 personnes — Photo : Marie-Amélie Mine

C’est un coup de semonce pour l’ensemble des porteurs du projet Exalia, qui s’activent depuis plus de six mois pour préparer le redémarrage de la plateforme de Pont de Claix (Isère), anciennement exploitée par Vencorex et liquidée au printemps 2025. Le mercredi 25 mars, le tribunal des Affaires économiques de Lyon a finalement rejeté cette offre, soutenue par des anciens salariés de la plateforme, dont Séverine Dejoux, l’entrepreneur grenoblois Olivier Six et la métropole de Grenoble.

Ces derniers avaient pour objectif de recentrer l’activité du site sur la production de sel et de chlore, tout en transformant la plateforme chimique de Pont-de-Claix en une pionnière de la chimie verte et décarbonée. Autre point fort d’Exalia : la création de 250 emplois à l’horizon 2027.

Hélas, ces arguments n’ont pas suffi à convaincre les juges du tribunal, qui ont donc rejeté une seconde fois le projet de reprise, les salariés ayant déjà tenté de proposer un recentrage de l’activité au moment de la liquidation en avril 2025.

01 octobre 2024. Manifestation des syndicats pour sauver Vencorex. Vencorex est une entreprise industrielle installée sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Elle produit du sel, du chlore et des peintures industrielles, dont dépendent des industries au niveau national, et de nombreuses entreprises au niveau local. En difficulté depuis plusieurs mois face à la concurrence chinoise, Vencorex a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce début septembre. Vencorex compte 450 employés, mais sa fermeture entrainerait la suppression de jusqu’à 6000 emplois sur le sud de la Métropole (fournisseurs, partenaires, etc…). Au-delà des emplois, au niveau local et national, la fermeture de Vencorex fragiliserait largement la filière chimique française.La Métropole soutient la mobilisation pour sauver Vencorex, en tant que patrimoine industriel de la Métropole, et concernant beaucoup d’habitants.© Lara Balais / Grenoble Alpes Métropole — Photo : GrenobleAlpesMetropole-Clara GOUBAULT - Clara GOUBAULT

Incapacité technique à gérer un site Seveso

Motif invoqué par les juges cette fois-ci : "L’incapacité technique et financière des porteurs du projet à gérer un site Seveso". Un argument qu’Olivier Six dément formellement alors que le financement du projet était déjà quasi assuré : "Nous avions 80 millions d’euros de financement, dont des fonds signés pour obtenir 12 millions d’euros, Bpifrance qui travaillait à nous allouer un fonds de 10 à 15 millions d’euros et des centaines de lettres d’intention de clients. Notre production aurait été stratégique puisque la soude, par exemple, est majoritairement importée des pays du Golfe", a déploré l’entrepreneur et dirigeant du groupe de chaudronnerie CIC Orio, lors d’une conférence de presse devant la plateforme.

Les porteurs du projet se sont également étonnés de la remise en cause de leur capacité à gérer un site industriel jugé risqué, ayant monté leur projet en lien avec la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal).

Un projet de démantèlement de l’usine

Le tribunal a en revanche donné son feu vert à un projet de démantèlement complet de l’usine par un ferrailleur de la Drôme, qui devrait avoir trois ans pour démonter l’usine et en revendre les pièces. "On préfère démanteler le site plutôt que de donner une chance à ce projet d’aboutir", a dénoncé Séverine Dejoux. Le symbole "de notre désindustrialisation inéluctable", a dénoncé Olivier Six.

Interrogé sur le sujet à l'occasion d'un déplacement en Isère, le ministre de l'industrie Sébastien Martin a affirmé qu'il ne pouvait pas aller à l'encontre de la décision du tribunal. "N'attendez pas d'un représentant du gouvernement qu'il se permette d'émettre des critiques une décision de justice", a commenté le ministre. "Je suis venu sur la plateforme fin novembre en appuyant le projet mais en rappelant qu'a la fin la justice aurait le dernier mot. Nous avons accompagné le projet de manière hebdomadaire pour permettre aux porteurs de déposer la meilleure offre possible. Le tribunal a fait un autre choix," a déclaré le Ministre. A ce jour, seul le procureur de Lyon pourrait changer la donne et empêcher le projet Exalia de tomber définitivement à l'eau.

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