C’est un coup de semonce pour l’ensemble des porteurs du projet Exalia, qui s’activent depuis plus de six mois pour préparer le redémarrage de la plateforme de Pont de Claix (Isère), anciennement exploitée par Vencorex et liquidée au printemps 2025. Le mercredi 25 mars, le tribunal des Affaires économiques de Lyon a finalement rejeté cette offre, soutenue par des anciens salariés de la plateforme, dont Séverine Dejoux, l’entrepreneur grenoblois Olivier Six et la métropole de Grenoble.
Ces derniers avaient pour objectif de recentrer l’activité du site sur la production de sel et de chlore, tout en transformant la plateforme chimique de Pont-de-Claix en une pionnière de la chimie verte et décarbonée. Autre point fort d’Exalia : la création de 250 emplois à l’horizon 2027.
Hélas, ces arguments n’ont pas suffi à convaincre les juges du tribunal, qui ont donc rejeté une seconde fois le projet de reprise, les salariés ayant déjà tenté de proposer un recentrage de l’activité au moment de la liquidation en avril 2025.
Incapacité technique à gérer un site Seveso
Motif invoqué par les juges cette fois-ci : "L’incapacité technique et financière des porteurs du projet à gérer un site Seveso". Un argument qu’Olivier Six dément formellement alors que le financement du projet était déjà quasi assuré : "Nous avions 80 millions d’euros de financement, dont des fonds signés pour obtenir 12 millions d’euros, Bpifrance qui travaillait à nous allouer un fonds de 10 à 15 millions d’euros et des centaines de lettres d’intention de clients. Notre production aurait été stratégique puisque la soude, par exemple, est majoritairement importée des pays du Golfe", a déploré l’entrepreneur et dirigeant du groupe de chaudronnerie CIC Orio, lors d’une conférence de presse devant la plateforme.
Les porteurs du projet se sont également étonnés de la remise en cause de leur capacité à gérer un site industriel jugé risqué, ayant monté leur projet en lien avec la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal).
Un projet de démantèlement de l’usine
Le tribunal a en revanche donné son feu vert à un projet de démantèlement complet de l’usine par un ferrailleur de la Drôme, qui devrait avoir trois ans pour démonter l’usine et en revendre les pièces. "On préfère démanteler le site plutôt que de donner une chance à ce projet d’aboutir", a dénoncé Séverine Dejoux. Le symbole "de notre désindustrialisation inéluctable", a dénoncé Olivier Six.
Les porteurs du projet ne comptent pourtant pas abandonner la partie : le ministre de l’industrie Olivier Martin, qui avait soutenu le projet Exalia il y a quelques mois, doit justement se rendre ce jeudi 26 mars sur la plateforme pour une table ronde sur la situation industrielle, en présence de la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. "On va profiter de cet événement pour interpeller le ministre", a déclaré Séverine Dejoux. Mais à ce jour, seul le procureur de Lyon pourrait changer la donne et empêcher le projet Exalia de tomber définitivement à l’eau.