Depuis l’été 2024, vous dirigez Pays de la Loire Participations (PLP), avec Philippe Besnier, son président. Quelle est votre mission ?
Nous avons deux métiers : l’investissement direct dans des start-up et PME régionales, et l’investissement indirect, via des fonds partenaires. PLP est à 100 % financé par la Région. Cela implique que, pour tout investissement direct, nous devons démontrer que nous intervenons à des conditions de marché. C’est pourquoi nous co-investissons systématiquement avec un acteur privé, à parité.
Largo, Smala, EnerDigit, Xenothera, Beem, Shopopop, Izi Family… Combien d’entreprises accompagnez-vous aujourd’hui ?
Depuis sa création en 2011, PLP a investi 28,5 millions d’euros en direct dans 112 entreprises. Nous avons enregistré 9 millions d’euros de plus-values sur nos sorties. Désormais, le montant des fonds encore en portefeuille s’élève à 16,5 millions d’euros.
Par ailleurs, les fonds dans lesquels PLP est investi ont, eux, injecté plus de 160 millions d’euros en Pays de la Loire.
Votre portefeuille d’investissement est aujourd’hui très concentré sur la Loire-Atlantique. Est-ce un biais ?
La Loire-Atlantique concentre en effet 20 millions des 28 millions d’euros investis depuis 2011, ce qui dépasse le poids économique de ce département. La Vendée en représente 3 millions d’euros. Mais nous avons l’ambition de mieux répartir nos interventions, notamment dans le Maine-et-Loire, la Mayenne et la Sarthe, où le potentiel est réel mais sous-exploité. C’est aussi pour cette raison que nous avons abaissé le seuil d’investissement à 50 000 euros, pour accompagner des projets plus modestes, mais que nous jugeons prometteurs.
Vous évoquez aussi une volonté d’ouvrir le cercle des co-investisseurs…
Absolument. Jusqu’ici, nous avons co-investi avec des fonds classiques, dits "professionnels". Mais nous souhaitons désormais associer des family offices, des chefs d’entreprise, y compris encore en activité. Ce sont des investisseurs aguerris, capables d’apporter de la crédibilité aux tours de table. Et leur présence peut rassurer les dirigeants qui s’interrogent sur le fait d’ouvrir leur capital à un fonds.
Justement, quels sont les freins à cette ouverture ?
Le principal frein, c’est la peur de perdre le pouvoir, autrement dit de perdre le contrôle de son entreprise. Certains dirigeants craignent qu’un fonds impose des orientations stratégiques. Pourtant, lorsqu’on met en place une gouvernance saine — avec un comité stratégique, un pacte clair, des valeurs partagées — l’entrepreneur reste aux commandes. C’est aussi pour ça que je dis souvent : on doit se choisir mutuellement.
"Désormais, nous intervenons sur des tickets allant de 50 000 à 800 000 euros, contre 100 000 à 500 000 auparavant"
Quels sont les principaux fonds partenaires de PLP ?
Nous sommes présents dans les fonds Go Capital (Go Capital Amorçage 1, 2, 3), les fonds Pays de la Loire Développement, Atalaya, Pays de la Loire Croissance 1 et 2, Litto Invest, YOTTA, FAST, IOC et PLR.
Vous parlez d’un « trou dans la raquette ». Pouvez-vous préciser ?
Oui. Nous nous positionnons là où les fonds privés ne vont pas seuls. Notamment dans l’amorçage ou sur des tickets inférieurs à un million d’euros, considérés comme trop petits par les investisseurs traditionnels. C’est pourquoi nous avons élargi notre thèse d’investissement : désormais, nous intervenons sur des tickets de 50 000 à 800 000 euros, contre 100 000 à 500 000 auparavant. Nous soutenons une douzaine de projets par an.
Vous avez aussi mentionné le fonds Pays de la Loire Relance. Quelle est sa vocation ?
Ce fonds est né d’une initiative de la Région, à travers PLP, en partenariat avec les banques régionales – notamment le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel, la Caisse d’Épargne, la Banque Populaire Grand Ouest ou encore le CIC Ouest. PLP y est actionnaire majoritaire.
L’idée est de soutenir des entreprises ayant un projet de développement, mais qui rencontrent des difficultés à accéder à la dette bancaire classique, faute de fonds propres suffisants.
Concrètement, Pays de la Loire Relance intervient en fonds propres à hauteur du prêt accordé par la banque. Si une entreprise obtient un crédit de 500 000 euros, le fonds peut investir le même montant en capital ou quasi-fonds propres. Cela permet de renforcer les bilans, de consolider la structure financière des entreprises, et ainsi de débloquer l’accès au financement bancaire. C’est un outil très opérationnel, qui répond à un vrai besoin.
Quels sont, selon vous, les avantages d’un fonds pour une entreprise ?
Un fonds n’est pas un prêteur. Il renforce les fonds propres, ne demande pas de remboursement ni d’intérêts, et ne perçoit de gains qu’en cas de plus-value à la sortie. Il permet aussi à l’entreprise de lever plus de dette, car les banques regardent attentivement le ratio capitaux propres-endettement. Enfin, il apporte un regard extérieur, un effet miroir. Comme le dit un dirigeant que j’aime citer : "il faut rendre compte pour se rendre compte". Avec un fonds à son capital, un dirigeant enrichit sa gouvernance.
Quels sont vos critères d’intervention ? Ciblez-vous certains secteurs ?
PLP est un fonds généraliste, mais avec une vigilance sur certains secteurs. Les biotechs, par exemple, sont très risquées et manquent de fonds de relais. Nous y allons prudemment. À l’inverse, les Medtech, le numérique ou les services industriels innovants sont plus accessibles. Nous restons aussi attentifs à l’évolution des politiques régionales, notamment en matière d’industrie et d’innovation.
"Nous voyons émerger des projets de transmission, ce qui est nouveau pour PLP"
Quels signaux percevez-vous actuellement sur le terrain ?
Nous constatons depuis quelques mois un frémissement, un rebond de la demande de fonds. Les projets reviennent, plus nourris, plus solides. Mais on observe aussi une hausse des demandes de bridge ou de second tour, faute de levées suffisantes. Et nous voyons émerger des projets de transmission, ce qui est nouveau pour PLP.
Quelles sont vos priorités pour 2025-2026 ?
D’abord, accroître notre présence territoriale dans tous les départements. Ensuite, faire de la pédagogie : expliquer que lever des fonds, ce n’est pas perdre son entreprise, c’est se donner les moyens de la développer. Enfin, élargir notre réseau de co-investisseurs, au-delà des fonds classiques.
C’est une forme d’évangélisation, oui. Mais c’est aussi une conviction : les fonds sont un levier de croissance, d’emploi et de résilience. En France, nous manquons de culture économique, et l’on reste frileux sur l’investissement dans le capital des entreprises. Il faut faire évoluer les mentalités, pour le bien de nos entreprises et pour l’emploi sur nos territoires.