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"Nos collaborateurs autistes tirent tout le monde vers plus de rigueur et de qualité"
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Laurent Delannoy dirigeant et cofondateur d’Avencod "Nos collaborateurs autistes tirent tout le monde vers plus de rigueur et de qualité"

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Avencod pour les "Avengers du code". Laurent Delannoy dirige cette entreprise adaptée qu’il a fondée à Nice avec son épouse Laurence Vanbergue en 2016 selon un modèle inédit. Elle compte 26 salariés handicapés dont la moitié sont des personnes autistes, qui collaborent avec Amadeus, Dassault ou Naval Group, entreprises au sein desquelles ils sont parfois embauchés. Elle souhaite adresser aussi les ETI et PME de la région.

Laurent Delannoy est le dirigeant d’Avencod, entreprise adaptée niçoise qu’il a fondée à Nice avec son épouse, Laurence Vanbergue, en 2016 — Photo : Olivia Oreggia

Cinq des 26 collaborateurs d’Avencod travaillent à Aix-en-Provence sur un projet très particulier, lequel ?

Ils travaillent pour le compte d’Airbus Helicopters (7,3 Md€ de CA) mais en étant chez Capgemini, afin d’être dans un environnement répondant aux normes de sécurité d’Airbus. Capgemini est un fournisseur de rang 1 du groupe aéronautique. C’est aussi un de nos partenaires les plus anciens qui nous aide depuis qu’on existe et dont j’ai été salarié.

Comment Avencod, entreprise adaptée niçoise s’est-elle retrouvée à travailler pour Airbus Helicopters ?

En 2019, j’ai rencontré sa DSI (directrice des systèmes d’information, NDLR) aujourd’hui DSI d’Airbus à Toulouse, pour lui expliquer ce que nous faisions. Elle a proposé de démontrer ce que nous savions faire, via un contrat de 3 mois sur de la rédaction de cas de tests. Je venais d’embaucher un jeune homme, autiste, qui parle trois langues mais ne connaissait rien à l’informatique. Il a traité les 100 lignes du fichier Excel à la perfection. Le client était ravi et nous sommes passés à un contrat plus important. Cela dure jusqu’en 2023 où Airbus m’appelle pour recruter deux personnes : l’une avec un handicap psychique qui n’avait à son arrivée aucune formation en informatique, l’autre, avec un handicap physique et un niveau bac + 2. Elles ont toutes deux été embauchées en CDI, avec un salaire d’ingénieur et un statut cadre.

Celles et ceux qui entrent chez Avencod avec des difficultés à trouver un emploi à cause de leur système de fonctionnement ou handicap, arrivent en 2-3 ans à être reconnus par les entreprises comme des consultants recherchés pour être embauchés.

Quelle est votre méthode pour y parvenir ?

Ça, c’est la démarche Avencod. Nous ne sommes pas magiciens mais on propose quelque chose qui fonctionne dès lors que les gens sont sérieux et motivés. Chaque jour, nous œuvrons à la fois à l’amélioration des compétences techniques et à la compréhension des échanges interpersonnels au sein d’une entreprise.

Le premier volet se fait avec des spécialistes, des formations si besoin. Le second, avec des psychologues externes spécialisés. On leur apprend comment communiquer dans une entreprise. Par exemple, on n’écrit pas le même mail selon que l’on s’adresse au directeur général, au responsable des achats ou à un développeur. Nous sommes là pour leur apprendre à travailler au quotidien via des méthodes spécifiques comme "les clés d’acceptance" : quand on demande de faire quelque chose, avant de sauter dessus pour commencer, on doit réfléchir pour être sûr que tout fonctionne, point par point afin que le client l’accepte.

Mais cela vaut ne vaut-il pas pour tout salarié, handicapé ou non ?

Bien sûr. À l’origine, ma spécialité est de faire de la gestion de gros projets et de connaître toutes ces méthodes que sont PMI, Prince2, ITIL… Ici, tout le monde apprend selon ces bonnes pratiques. Ainsi, lorsqu’ils arrivent dans la direction informatique d’une grosse société, ils ne sont pas perdus.

Évidemment, toutes ces choses sont installées dans un environnement bienveillant et adapté aux spécificités de chacun. Entre chaque bureau de notre siège, les murs, antibruit, ont 20 centimètres d’épaisseur. Nous mettons à disposition des casques absorbeurs de bruit. La climatisation et le chauffage sont réglables dans chaque bureau, et la lumière variable également.

L’adaptabilité se fait à la fois sur la méthode de travail, la communication et l’environnement logistique.

Comment cela se passe-t-il quand les salariés vont travailler dans les entreprises ?

Ça dépend des entreprises, mais nous les accompagnons aussi, nous leur expliquons petit à petit, la psychologue leur parle d’autisme, de neurodiversité, d’inclusion. Pour donner un exemple, hier j’ai eu un entretien avec une personne que j’espère embaucher. Elle doit absolument travailler dos au mur, est hypersensible au bruit et porte donc un casque absorbeur de bruit. Extrêmement sensible à la lumière, elle porte des lunettes de soleil. Et il ne faut pas la toucher. Tout cela est pris en compte et tout le monde est au courant de son système de fonctionnement avant qu’elle arrive dans l’entreprise.

Et un autre psychologue assure le suivi et le soutien.

Qui sont vos clients autres qu’Airbus Helicopters ?

Amadeus, à Sophia Antipolis, grâce à qui on existe. Ils ont été les premiers à nous donner un contrat. Pour eux, nous faisons du big data, du test et de l’audit d’accessibilité en français et en anglais. On est même dans un projet d’inclusion d’une personne chez eux.

La CNAF (Caisse Nationale des Allocations Familiales, NDLR) nous a permis de monter un service d’audit d’accessibilité et nous nous occupons désormais de l’accessibilité de tous leurs sites internet.

Pour Dassault Systèmes, nous travaillons en direct avec leur service R & D. Naval Group (4 000 salariés dans le Var, NDLR) nous fait aussi confiance, ce n’est pas rien pour une petite entreprise niçoise comme nous. Mais quand tous nous donnent du travail, ils savent qu’il sera très bien fait. La rigueur et le sens du détail, c’est là-dessus que nous nous basons.

Au niveau de la diversité des équipes, c’est quelque chose de magnifique que nous constatons avec le temps : la moitié de nos effectifs sont des personnes neuroatypiques, principalement des personnes autistes, et l’autre moitié ont des handicaps divers et variés. Les premiers vont tirer les seconds vers plus de rigueur, de qualité, quand les personnes neurotypiques vont emmener les premiers à rigoler, discuter, savoir prendre des pauses, se voir à l’extérieur, s’entraider. Cet équilibre se fait naturellement et cette émulation fait que les gens travaillent avec le sourire.

Vous ne collaborez qu’avec de grandes entreprises ?

Non, actuellement nous faisons par exemple de la R & D avec la start-up Nanocam Technologies à Marseille. On étudie un logiciel pour programmer des machines qui créeront des pièces de lentilles visuelles les plus fines possible.

Nous travaillons avec PAI Partners, l’un des plus grands fonds d’investissement français, à Paris, pour qui on fait du test et de la qualification de données.

Nous voudrions aussi proposer nos offres aux ETI, PME et PMI des Alpes-Maritimes. Nous sommes en discussion avec plusieurs sociétés locales. Nous sommes tout à fait prêts à répondre à leurs besoins, notamment face à la pénurie de ressources dans le secteur informatique, et à leur envie d’intégrer et de concrétiser leurs valeurs.

Nous étudions par ailleurs l’élaboration d’une offre sur la cybersécurité et une autre sur l’intelligence artificielle qu’on lancera, j’espère, au deuxième semestre 2025.

Prévoyez-vous de nouveaux recrutements ?

Je ne vais pas embaucher 15 personnes par an, ce n’est pas l’objectif, mais des postes vont s’ouvrir à Aix, nous aurons besoin de 4 ou 5 testeurs à partir de 2025. À Nice, on viserait peut-être 4 ou 5 personnes en cybersécurité et IA.

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