Rendez-vous des filières maritime et navale en Méditerranée, le salon Euromaritime réunit à Marseille (du 2 au 4 février 2026) industriels, institutionnels, ports, chantiers et acteurs de l’innovation, autour des grands enjeux du secteur : souveraineté, transition énergétique, défense et technologies marines.
À quelques jours de son ouverture, le Gican (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales) a publié la 5e édition du Cahier du maritime dans les territoires. "Il s’agit de montrer que l’industrie navale est présente dans tous les territoires, même non côtiers, qu’elle crée de l’emploi et de la richesse économique", explique Monica Lopez, responsable des affaires économiques, statistiques et fiscales au Gican.
Pour le Gican, ce cahier est "un outil stratégique de référence pour éclairer les choix industriels et les politiques publiques, à travers une grille de lecture analytique des grandes transformations en cours."
La région Paca sur la 3e marche du podium
Sur le podium des régions les plus marquées par cette industrie, la région Paca arrive en troisième position, derrière les Pays-de-la-Loire, portée par un acteur majeur, les Chantiers de l’Atlantique et la Bretagne.
Avec 2,88 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 149 établissements et près de 8 600 emplois directs (auxquels s’ajoutent près de 5 700 emplois indirects), la filière navale et maritime pèse lourd en Provence-Alpes-Côte d'Azur. La région concentre à elle seule 15 % des emplois nationaux du secteur. En 2024, les industriels régionaux ont même franchi le seuil des 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Si la construction de navires y est désormais marginale, la région s’est imposée comme un pôle de référence de la réparation navale et du refit, du maintien en condition opérationnelle et voit émerger des "dronistes" de renom.
Une renommée internationale au service des yachts
Dans la cité phocéenne, le Chantier Naval de Marseille s’appuie sur la forme 10 pour capter les marchés de la grande réparation, notamment dans les secteurs de la croisière et de l’offshore. À La Ciotat, une trentaine de chantiers et d’équipementiers ont fait du site le premier pôle mondial du refit de yachts d’exception, attirant une clientèle internationale et même l’intérêt des Américains. Une entreprise emblématique de la région, Monaco Marine (220 collaborateurs, plus de 100 M€ de CA en 2024), a ainsi été rachetée par le groupe texan Safe Harbor Marinas à l’été 2025.
Naval Group, omniprésent dans le Var
La défense constitue l’autre pilier structurant de l’industrie navale régionale. Naval Group emploie à lui seul plus de 4 200 salariés sur ses sites de Toulon, Ollioules et Saint-Tropez, faisant du Var le premier département militaire de France et le premier de la région en nombre d’emplois navals (69 %). Le maintien en condition opérationnelle de la flotte s’appuie notamment sur la modernisation de la darse Missiessy, engagée depuis 2019 dans le cadre du programme Barracuda et bientôt, les travaux titanesques pour accueillir le Porte-avions de nouvelle génération.
L’émergence des drones
Enfin, la région s’affirme comme un écosystème d’excellence dans les drones, la robotique et les systèmes autonomes. Autour d’Exail, champion français du drone sous-marin (320 millions d’euros de chiffre d’affaires), gravitent de nombreux acteurs spécialisés dans l’acoustique, la détection, la robotique et la navigation autonome. En septembre 2025, Exail a franchi une étape symbolique avec la traversée autonome de son drone transocéanique DriX O 16, de La Ciotat au Portugal, avant d’annoncer sa première vente à un client civil asiatique.
Une autre PME régionale, Alseamar (228 salariés, CA 2024 : 50 M€), a signé son plus gros contrat avec la DGA pour la livraison de cinq planeurs SeaExplorer et décroché une aide à l’innovation dans le cadre de France 2030. Cet écosystème (avec d’autres acteurs comme Marine Tech ou SeaOwl pour ne citer que ceux-là) sera renforcé par l’ouverture, d’ici 2027, du centre d’excellence de Naval Group dédié aux drones à La Londe-les-Maures.
Un soutien politique
Cette dynamique industrielle est désormais explicitement soutenue par les pouvoirs publics avec le lancement, fin 2025, de l’Opération d’intérêt régional (OIR) Défense et sécurité par la Région Sud, en partenariat avec le ministère des Armées. Dotée de 500 millions d’euros mobilisables, elle vise à structurer un écosystème régional déjà dense, à soutenir l’innovation et à accompagner la montée en puissance des industriels et de leurs sous-traitants.
Dans ce contexte d’augmentation durable des budgets de Défense, le gouvernement estime que jusqu’à 10 000 emplois pourraient être créés dans le Var d’ici 2030, portés notamment par Naval Group, qui prévoit 1 500 recrutements dans les prochaines années.