Nantes
À Nantes, le futur porte-avions "France Libre" s’annonce comme un programme industriel hors norme
Nantes # Naval # Stratégie

À Nantes, le futur porte-avions "France Libre" s’annonce comme un programme industriel hors norme

S'abonner

Le président de la République s’est rendu le 18 mars sur le site de Naval Group à Indret, près de Nantes, pour officialiser le lancement en réalisation du porte-avions de nouvelle génération. Baptisé "France Libre", ce programme stratégique mobilisera des milliers d’emplois et une large part de l’industrie française jusqu’en 2038. Un programme à 10 milliards d’euros.

Long de 310 mètres, large de 90 mètres et affichant un déplacement de 78 000 tonnes, France Libre pourra embarquer environ 2 000 marins — Photo : Naval Group

C’est un symbole à la fois industriel, militaire et politique qui s’ancre en Loire-Atlantique. En déplacement sur le site de Naval Group à Indret, à quelques miles nautiques de Nantes, le président de la République Emmanuel Macron a lancé officiellement la phase de réalisation du futur porte-avions de nouvelle génération (PA-NG), appelé à succéder au "Charles-de-Gaulle". À cette occasion, il a dévoilé son nom : "France Libre", en référence à l’héritage gaullien et à la souveraineté nationale.

Au-delà du symbole, l’enjeu est considérable, pour notre territoire et notre pays. Le bâtiment, dont la mise en service est prévue en 2038, incarne un outil central de projection de puissance pour la France. Dans un contexte géopolitique marqué par le renforcement des tensions internationales, avec la guerre en Iran, et la présence accrue de la Marine nationale, notamment en Méditerranée et au Moyen-Orient, cette visite est lourde de sens.

Un programme industriel massif au cœur des territoires

Le PA-NG constitue l’un des plus grands programmes industriels français des prochaines décennies. Il mobilisera en moyenne 8 800 emplois par an entre 2026 et 2038, avec un pic pouvant atteindre 14 000 emplois, directs, indirects et induits. Le coût de sa construction dépasse les 10 milliards d’euros. Au total, 800 fournisseurs, dont plus de 600 PME et ETI, seront impliqués, avec plus de 90 % des achats réalisés en France. Plus de 200 métiers et expertises seront mobilisés, illustrant l’ampleur de la base industrielle et technologique de défense (BITD) sollicitée.

Trois régions concentreront l’essentiel des retombées : les Pays de la Loire, la Bretagne et la Région Sud, qui représenteront environ 70 % de l’impact socio-économique du programme.

Nantes-Indret, maillon clé de la propulsion nucléaire

Naval Group, un soudeur nucléaire — Photo : Jean-Claude MOSCHETTI/REA

Au cœur de ce dispositif, le site de Nantes-Indret de Naval Group joue un rôle stratégique. Spécialisé dans les systèmes énergétiques, il est en première ligne pour la conception et la fabrication des composants des deux chaufferies nucléaires K22, cœur du futur navire. Les premières pièces critiques y ont déjà été produites - brides de cuve, composants de pompes ou plaques à tubes — et le site deviendra une référence pour la réalisation des groupes turboalternateurs. Une modernisation importante des infrastructures est engagée pour accompagner la montée en puissance industrielle. Ce positionnement conforte le rôle de Nantes dans la filière navale et nucléaire, en lien étroit avec Saint-Nazaire, où la coque du navire sera assemblée à partir de 2031 aux Chantiers de l’Atlantique.

Un navire aux capacités inédites

Le futur porte-avions se distinguera par ses dimensions et ses performances. Long de 310 mètres, large de 90 mètres et affichant un déplacement de 78 000 tonnes, il pourra embarquer environ 2 000 marins ainsi qu’un groupe aérien complet composé notamment de 30 avions de combat et de drones. Le navire français restera toutefois plus petit que l’USS Gerald Ford, le plus grand navire de guerre au monde, qui dépasse les 100 000 tonnes et mesure 334 mètres. Doté de catapultes électromagnétiques et d’une architecture numérique intégrant l’intelligence artificielle, le PA-NG doit incarner un saut technologique majeur. Sa durée de vie est estimée à 45 ans.

Un levier de souveraineté et de formation

France Libre pourra héberger un groupe aérien complet composé notamment de 30 avions de combat et de drones — Photo : David Pouilloux

Au-delà de l’équipement militaire, le programme est présenté comme un vecteur de souveraineté industrielle. Il mobilise l’ensemble de l’écosystème, des grands groupes — Naval Group, Chantiers de l’Atlantique, TechnicAtome — jusqu’aux PME spécialisées, en passant par les acteurs académiques. Des formations du CAP au doctorat sont d’ores et déjà mobilisées pour répondre aux besoins du programme, dans des domaines aussi variés que la propulsion nucléaire, l’ingénierie navale ou les systèmes de combat.

"Le PA-NG est un programme essentiel qui incarne le futur du combat naval et la souveraineté française, estime Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group. En collaboration avec nos partenaires Chantiers de l’Atlantique et TechnicAtome, nous nous engageons à livrer un porte-avions innovant et performant, capable de projeter la puissance française à travers le monde."

Un signal stratégique dans un contexte international tendu

En baptisant le navire "France Libre", l’exécutif entend aussi adresser un message politique. Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux et de montée des tensions, la France affirme sa volonté de rester une puissance militaire autonome, capable d’intervenir sur tous les théâtres. "Donner à la France les moyens de sa puissance" : le slogan du programme résume cette ambition.

Pour Nantes et sa région, ce projet marque surtout une montée en puissance industrielle majeure, confirmant le rôle du territoire comme l’un des piliers de la souveraineté maritime et nucléaire française.

Nantes # Naval # Aéronautique et spatial # Défense # Stratégie # Écosystème et Territoire # Services de l'Etat # Créations d'emplois