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Naval Group fait monter en puissance son site nantais pour réaliser deux programmes structurants
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Naval Group fait monter en puissance son site nantais pour réaliser deux programmes structurants

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C’est une transformation industrielle de grande ampleur que mène Naval Group sur son site nantais. Le pôle énergie-propulsion du groupe a engagé un plan d’investissement de 200 millions d’euros et recrute 150 nouveaux collaborateurs par an. Des moyens hors normes pour honorer la commande par la Marine Nationale du futur porte-avions français et de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Naval Group adapte son site nantais aux dimensions hors normes du futur porte-avions à propulsion nucléaire français de nouvelle génération — Photo : Naval Group

15 ! C’est le nombre de programmes actuellement menés sur le site de Naval Group à Nantes-Indret. Mais deux d’entre eux représentent 70 % de l’activité du pôle énergie-propulsion du groupe naval français : le porte-avions à propulsion nucléaire français de nouvelle génération - nom de code PA-Ng - qui succédera en 2038 au Charles-de-Gaulle et le renouvellement de la flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de troisième génération (S3G). Ces deux commandes de la Marine nationale amènent le site nantais à se reconfigurer en profondeur. En 2019, Naval Group a ainsi engagé un plan d’investissement de 200 millions d’euros sur dix ans, dont la moitié a déjà été réalisée, pour doter le site d’Indret des capacités industrielles à la hauteur de ces programmes hors normes.

Des millions d’heures de travail

Les investissements s’accompagnent de 150 recrutements par an depuis trois ans. Un rythme d’embauches qui doit se poursuivre en 2025 et 2026. Le site, qui emploie 1 600 salariés actuellement, accueille, en outre, chaque année 150 stagiaires et alternants.

Dans sa capacité actuelle, le site ne dispose toutefois "que" d’une capacité de 2,5 millions d’heures de travail par an. Mais les deux programmes structurants de la Marine Nationale demandent beaucoup plus. Le premier SNLE représentera à lui seul 5 millions d’heures de travail de 2026 à 2032. Le PA-Ng demandera au total 10 millions d’heures de travail, dont 7 millions sur la période 2026-2032, avec un pic de 2027 à 2030. "Il faut remonter à la fin des années 1990 et à la construction simultanée du sous-marin Triomphant et du porte-avions Charles-de-Gaulle pour retrouver une période équivalente en termes de pic de charge", commente Bertrand Schruoffeneger, qui a pris en décembre 2023 la direction du site Naval Group de Nantes-Indret.

Bertrand Schruoffeneger, directeur du site Naval Group Nantes-Indret — Photo : Naval Group

Deux chaufferies nucléaires hors normes

Outre des besoins humains, le PA-Ng requiert des infrastructures à la mesure de ses dimensions. Plus grand bâtiment de guerre construit en Europe (300 m de long), il pèsera 77 000 tonnes (contre 42 000 pour le Charles de Gaulle) et accueillera des avions de chasse de type Rafale, mais aussi le futur avion européen scaf (système de combat aérien du futur). Spécialisé dans la propulsion nucléaire et conventionnelle des navires de guerre (sous-marins et bâtiments de surface produits par les autres entités de Naval Group), le site nantais doit livrer les deux chaufferies nucléaires K22, hautes de 10 mètres et pesant 2 000 tonnes chacune du PA-Ng, ainsi que les modules de conversion d’énergie. "Le PA-Ng sera le premier bâtiment à propulsion nucléaire tout électrique. L’enjeu est de créer suffisamment de puissance pour alimenter la propulsion des hélices, mais aussi les catapultes électromagnétiques des avions et le bord", indique Marc Quémeneur, architecte propulsion Énergie Propulsion PA-Ng chez Naval Group.

Un complexe d’usinage de grande dimension

Ces éléments devront être acheminés par barge aux Chantiers de l’Atlantique en 2032. Pour respecter les délais et les exigences de qualité, monter en cadence et s’adapter aux dimensions exceptionnelles des systèmes à construire, le site nantais de Naval Group réorganise de fond en comble son enceinte de 20 hectares. En 2023, des surfaces tertiaires ont été détruites pour laisser la place à de nouveaux bâtiments industriels.

L’usine achève ainsi l’installation d’un nouveau complexe vertical d’usinage et de contrôle, équipé d’une machine de tournage et de fraisage de 7 mètres de hauteur et de diamètre. Cet équipement, exceptionnel par sa taille et sa précision (deux fois inférieure à celle d’un cheveu), servira à fabriquer des pièces des SNLE et du PA-Ng pouvant peser jusqu’à 200 tonnes.

L'usine achève ainsi l'installation d'un nouveau complexe vertical d'usinage et de contrôle dans une nouvelle nef — Photo : Naval Group

Chaudronnerie lourde et atelier "propre"

En 2025, la livraison d’une nouvelle nef de chaudronnerie en mode lean permettra d’optimiser les process de production, de limiter les opérations de roulement et de gagner en productivité pour la production des composants à fort tonnage, comme les cuves et générateurs de vapeur. Un nouvel atelier "propre" permettra, par ailleurs, de répondre aux contraintes du montage dans le nucléaire.

À l’horizon 2027, la nef dédiée autrefois aux chaufferies du Charles-de-Gaulle sera reconvertie pour accueillir celles des SNLE 3G. Par ailleurs, entre 2027 et 2029, deux nouveaux bâtiments seront construits. Le premier, d’une surface de 5 000 m², sera dédié au montage des modules de conversion d’énergie (700 tonnes) destinés au porte-avions et aux SNLE, avec la capacité de monter deux à trois modules en parallèle. Le second atelier sera consacré à l’assemblage des deux chaufferies du porte-avions. En 2029, les infrastructures d’essai de ces modules seront mises à niveau.

Une nouvelle chaîne logistique

Enfin, le site revoit sa chaîne logistique pour optimiser les flux. Ainsi, un nouveau magasin sur site, livré début 2026, permettra de réduire de 30 % les flux routiers. Il sera approvisionné depuis la nouvelle plateforme du Bignon, opérée par le logisticien Idéa, qui livrera le site d’Indret "au juste besoin". Par ailleurs, les voiries seront aménagées pour supporter des charges plus lourdes et un nouveau quai d’embarquement construit en bord de Loire pour expédier des "colis" allant jusqu’à 2 000 tonnes pour chaque module de chaufferie.

Batteries lithium- ion

"Ce que nous construisons pour ces deux programmes suffira pour absorber les autres contrats", affirme Bertrand Schruoffeneger. En effet, l’activité du site ne se limite pas à au PA-Ng et aux SNLE 3G. Les équipes d’Indret doivent encore livrer les chaufferies nucléaires et les appareils moteurs du sixième sous-marin Barracuda. Le contrat des quatre sous-marins néerlandais récemment remporté par Naval Group apportera également un surcroît de charge au site. Ces navires embarqueront des batteries lithium-ion. "Cette technologie, qui a fait l’objet du dépôt de 20 brevets sur 15 ans, permet d’augmenter significativement l’énergie embarquée. Elle répond ainsi à des enjeux d’endurance et d’agilité", précise David Dugué, architecte systèmes Énergie Propulsion.

Le site d’Indret pilote le développement de cette activité qui représente un outil de conquête de marchés à l’export pour Naval Group.

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