Vendée
"Aller chercher des solutions auprès des start-up est non seulement pertinent, mais aussi indispensable"
Interview Vendée # Agroalimentaire # Réseaux d'accompagnement

Patrick Pageard DG du groupe agroalimentaire Nutriciab "Aller chercher des solutions auprès des start-up est non seulement pertinent, mais aussi indispensable"

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À l’occasion du Business Connect Agro organisé par le Village by CA Atlantique Vendée, qui s’est tenu à Nantes le 28 avril 2026, Patrick Pageard, directeur général de la coopérative Nutriciab, détaille l’intérêt économique de ces rencontres entre start-up et industriels. À la tête du groupe coopératif vendéen (170 salariés, 400 M€ de CA), il défend une approche pragmatique de l’open innovation.

Patrick Pageard, directeur général de la coopérative vendéenne Nutriciab — Photo : David Pouilloux

Pourquoi avoir participé au Business Connect Agro organisé par le Village by CA Atlantique Vendée, un événement qui fait se rencontrer PME/ETI de l’agroalimentaire et quelque 40 start-up ?
Nous avons un partenariat historique avec le Crédit Agricole Atlantique Vendée, qui nous accompagne à la fois comme banque de la coopérative et de nombreux adhérents. Dans le cadre de cette journée, ils nous ont proposé de rencontrer des start-up, venant de la France entière et incubées dans les Villages By CA. Cela correspond bien à notre fonctionnement : nous n’avons pas la taille critique pour structurer un service d’innovation en interne, donc nous allons chercher à l’extérieur des solutions et des expertises.

Comment s’inscrit l’open innovation dans votre stratégie ?

C’est une nécessité. Nous n’avons pas les moyens d’internaliser toutes les compétences et d’avoir une équipe dédiée à la recherche et l’innovation. Notre approche consiste à nouer des partenariats avec des spécialistes dans leur domaine. L’open innovation est donc totalement cohérente avec notre modèle : aller chercher des solutions existantes, les adapter et les intégrer à nos process, et pourquoi pas auprès de start-up.

"Nous avons rencontré des start-up, et orienté plusieurs d’entre elles vers des acteurs de notre réseau. Il n’y a pas un seul échange sans mise en relation"

Qu’êtes-vous venu chercher concrètement lors du Business Connect Agro ?
L’idée était de voir si certaines de ces jeunes entreprises pouvaient répondre à nos enjeux. Et les échanges ont été vraiment fructueux. Nous avons rencontré 8 start-up dans la journée, sur des sujets très variés : gestion de l’énergie, analyse sanitaire, gestion des risques d’achat, nettoyage industriel, ergonomie ou encore environnement. Sur ces 8 jeunes pousses, 7 présentent un intérêt, ce qui est un taux élevé. Dans 4 cas, nous allons poursuivre les discussions au cours d’une nouvelle rencontre.

Même lorsque les sujets ne vous concernaient pas directement, vous pensez que ça reste intéressant ?
Oui, et c’est aussi l’intérêt de ce type d’événement. Même lorsque cela ne correspond pas à nos besoins immédiats, nous pouvons orienter les start-up vers des acteurs de notre réseau. Il n’y a pas eu un seul échange sans mise en relation.

Quels sont les enjeux économiques derrière ces échanges ?
Ils sont très concrets. Nous représentons 350 éleveurs, en volailles et lapins. Par ailleurs, nous produisons environ 600 000 tonnes d’aliments pour animaux, dont 200 000 tonnes destinées à nos propres élevages. Le reste est commercialisé auprès d’éleveurs partenaires, en ruminants, porcs et volailles, notamment. Pour nos volailles, notre client historique est Maître CoQ, basé à Saint-Fulgent, tout comme nous, et qui appartient au groupe sarthois LDC. L’élevage d’animaux est une économie du vivant, autrement dit avec beaucoup d’incertitudes. Donc toute solution qui permet d’optimiser un coût, de sécuriser un process ou de mieux maîtriser un risque a un effet direct.

Avez-vous identifié des applications concrètes ?
Oui, notamment sur la partie sanitaire. Aujourd’hui, le délai entre une analyse et son résultat constitue une zone de vulnérabilité. Si demain une technologie permet d’obtenir une réponse plus rapide sur la présence d’un virus, c’est un gain de temps et un gain opérationnel important. Dans le monde de l’élevage, chaque heure compte.

D’autres pistes vous ont-elles interpellé ?
Oui, sur le nettoyage de nos installations ou la gestion des risques d’achat. Ce sont des sujets structurants pour nous. Dès qu’il y a un gain potentiel, même marginal, à notre échelle cela devient significatif. 10 euros gagnés sur une tonne de production, c’est 6 millions d’euros de différence quand on produit 600 000 tonnes.

"Ce type d’événement permet aussi de faire circuler les idées et les solutions à l’échelle d’un secteur et d’un territoire"

Votre modèle vous pousse-t-il à être particulièrement vigilant ?
Oui, car nous sommes une coopérative (employant 170 salariés pour 400 M€ de chiffre d'affaires, NDLR),. L’argent que nous gérons est celui de nos adhérents, les agriculteurs. Cela impose un niveau d’exigence élevé. Dans un environnement très volatil, notamment sur les matières premières, une mauvaise décision peut coûter très cher. Nous devons être dans l’anticipation permanente.

Patrick Ringeard pilote un groupe réunissant employant 170 salariés et 350 éleveurs, pour un chiffre d'affaires de 400 millions d'euros — Photo : David Pouilloux

Votre secteur est-il prêt à intégrer les innovations portées par les jeunes pousses (suggestion) ?
Oui, clairement, parce que nos métiers ont profondément changé. L’agriculture, et en particulier l’élevage et la nutrition animale, sont aujourd’hui des activités très technologiques. On est loin d’une image traditionnelle. Les installations sont de plus en plus connectées : les éleveurs suivent en temps réel la température, la ventilation, l’alimentation ou encore le comportement des animaux. Ils pilotent leurs bâtiments à distance, avec des outils digitaux. Sur le plan sanitaire, les exigences sont très élevées, avec des protocoles de contrôle et de traçabilité qui nécessitent des outils rapides et fiables.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans vos outils de production ?
Dans nos usines d’aliments, nous travaillons avec des process industriels complexes, des systèmes de dosage automatisés, des outils de pilotage très précis, avec des enjeux importants de consommation d’énergie et d’optimisation des flux.

Cela suppose aussi une forte capacité d’adaptation ?
Oui, car nous sommes dans un secteur soumis à des aléas permanents, notamment sanitaires. Une crise peut survenir très rapidement. Cela nous oblige à être dans une logique d’anticipation constante et donc à intégrer des innovations capables de réduire les délais d’analyse, de mieux détecter les risques ou d’améliorer la prévention.

Quels sont les autres facteurs qui poussent à innover ?
Ils sont nombreux : les évolutions génétiques de nos cheptels, les contraintes environnementales ou encore les attentes des marchés nous obligent à adapter en permanence nos pratiques, notamment en nutrition. L’agriculture d’aujourd’hui est très high tech. Elle est réceptive à l’innovation.

Dans ce contexte, quel rôle peuvent jouer les start-up ?
L’innovation n’est pas un sujet théorique : c’est une nécessité quotidienne. Aller chercher des solutions auprès de start-up qui apportent de nouvelles approches ou des technologies plus agiles est non seulement pertinent, mais indispensable. Ce type d’événement permet aussi de faire circuler les idées et les solutions à l’échelle d’un secteur et d’un territoire. Il permet aussi d’aider des jeunes entreprises innovantes à trouver des marchés, à franchir des étapes importantes pour leur développement.

Vendée # Agroalimentaire # Réseaux d'accompagnement # Innovation