Dans la zone de la Cartoucherie au Mans, le chantier est lancé. Radiant va installer son démonstrateur de production de chaleur. La deeptech francilienne va ainsi disposer d’un site pour prouver que sa technologie fonctionne en dehors des laboratoires et pouvoir convaincre des industriels de l’utiliser. "Ce sera plus un site commercial que de production. Le coût sera donc très différent de ce qui peut être imaginé pour des clients. Ce qui est sûr, c’est que le coût de la chaleur produite sera moins élevé que celui du gaz acheté", avance Thomas Delhon, cofondateur de Radiant.
Une source de chaleur de 200 à 1 000 °C
Sur une parcelle de 4 000 m2, une cinquantaine de miroirs différents, installés sur des structures motorisées, refléteront l’énergie solaire vers une tour. Pratiquement au sommet de celle-ci, comme un œil, le récepteur conçu par Radiant permettra d’accumuler la chaleur renvoyée pour la concentrer et la stocker. La température ainsi générée peut alors dépasser les 200 °C et peut même être stabilisée jusqu’à 1 000 °C.
Obtenir de la chaleur et plus d’autonomie
Au Mans, le site aura une capacité de puissance de 200 kW. "Mais en réalité, il est possible d’atteindre une puissance de 2 MW chez un industriel, indique Thomas Delhon. Des chercheurs allemands ont même déjà démontré qu’atteindre des dizaines de MW était possible…"
La société et ses dirigeants ont beaucoup travaillé avec des scientifiques, dont ceux du DLR en Allemagne, équivalent du Cnes en France, le Centre national d’études spatiales. Le cofondateur de Radiant, Alexandre Meurisse, est un ancien doctorant au sein des laboratoires du DLR.
"Soit nous finançons l’équipement qui peut être relié à un site industriel voisin, soit un gros site achète la technologie que nous installerons in situ pour fournir 50 à 70 % de ses besoins en énergie de chaleur"
L’avantage de ce process de production de chaleur basé sur des miroirs est qu’il "ne nécessite pas le recours à des terres rares", font valoir les dirigeants. Ce qui renforce le but premier du modèle : proposer une source de chaleur moins dépendante des énergies fossiles, en particulier du gaz.
"On peut avoir deux approches, arbitrées en fonction des évaluations économiques, précise Thomas Delhon. Soit nous finançons l’équipement qui peut être relié à un site industriel voisin, soit un gros site achète la technologie que nous installerons in situ pour fournir 50 à 70 % de ses besoins en énergie de chaleur." Cela peut par exemple être le cas de grosses fonderies.
Une technologie venue de l’espace
Cette technologie n’était pas destinée à atterrir en Sarthe. "Au départ, le procédé devait avant tout fournir de la chaleur pour une base implantée sur la Lune. Notre technologie est issue de l’industrie spatiale. Mais lors de nos études, nous avons trouvé intéressant de la décliner pour une application terrestre", raconte le dirigeant de 26 ans, ingénieur spécialisé en aérospatial.
En 2024, Thomas Delhon et Alexandre Meurisse décident de lancer leur entreprise. Ils pensent d’abord à une application dans la capture de carbone atmosphérique afin de produire du biochar, notamment employé pour améliorer les fonctionnalités des terres agricoles. Mais le process s’avère très compliqué. En 2025, la start-up a donc rebasculé son modèle vers la production de chaleur à destination d’industriels qui en avaient besoin.
Une première levée de fonds
Reste à convaincre des potentiels clients grâce au site du Mans. Début 2026, l’entreprise a finalisé une levée de fonds de 2 millions d’euros, auprès d’acteurs privés et publics. La start-up Neamine s’est alors rebaptisée Radiant. Après quoi, la deeptech a les capacités de construire son démonstrateur et de recruter. Son équipe devrait se composer d’une dizaine de membres, vers la fin de l’été 2026. Un second tour de table devrait être réalisé début 2027, voire fin 2026, en fonction du carnet de commandes.
Une utilité au Mans ?
Le site du Mans ne devrait pas avoir de lien direct avec l’industrie, et ne fonctionnera donc pas de manière continue. Aucun poste ne sera créé sur le site… À moins que. Le Mans Métropole évalue en effet les moyens d’injecter dans le réseau local la chaleur produite par le démonstrateur de Radiant.