58 entreprises financées, 560 emplois soutenus et 75 millions d'euros d'investissements générés : le bilan 2025 de SODIV, outil régional de financement des entreprises dédié à la création d'emplois dans le Grand Est et présidé par Christine Meyer-Forrler, illustre un effet de levier puissant. Mais la montée des dossiers de revitalisation et de reprise traduit aussi une hausse des défaillances, qui repositionne la structure en amortisseur des tensions économiques régionales.
Un outil au service de l’emploi régional
Créée dans le sillage de la fermeture des mines de potasse d’Alsace, SODIV conserve une ligne claire : financer les projets créateurs d’emplois. "On regarde les dossiers à travers un seul prisme : la création et la pérennité de l’emploi", souligne sa présidente, basée à Mulhouse.
Passée sous le contrôle de la Région à la fin des années 2000, la structure s’est progressivement déployée à l’échelle du Grand Est. L’ouverture d’un bureau à Metz, piloté par Patrick Cazorla pour la Lorraine et la Champagne-Ardenne, en marque une étape. "L’objectif est d’être au plus près des bassins d’emploi", indique-t-il.
Son capital réunit des acteurs institutionnels et financiers régionaux, au premier rang desquels la Région Grand Est, la Caisse des dépôts, et la Collectivité européenne d’Alsace, aux côtés de la plupart des réseaux bancaires (Caisse d’Épargne, Crédit Mutuel, Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale, Banque Populaire) et des chambres consulaires.
Un effet levier au cœur du modèle
En 2025, SODIV a engagé 6,5 millions d’euros. Sa présence dans les tours de table facilite l’accès au financement bancaire. "Cela sécurise les opérations", résume Christine Meyer-Forrler. Résultat : un effet levier supérieur à onze fois les montants engagés.
À ses prêts participatifs s’ajoutent des obligations remboursables en actions, déployées après la crise sanitaire pour soutenir des entreprises fragilisées. "Nous avions des bilans dégradés mais des projets à financer", note Patrick Cazorla. Dix-huit opérations ont été réalisées.
Une activité tirée par les restructurations
Derrière ce bilan, la conjoncture se tend. Les deux tiers des financements concernent désormais des dispositifs déclenchés après des suppressions d'emplois, où des entreprises en restructuration contribuent à financer de nouveaux projets locaux. "L'économie est en souffrance, avec des trésoreries fragilisées", observe la présidente.
Les sollicitations progressent également sur des dossiers en amont de procédures collectives, via des mandats ad hoc ou des conciliations. SODIV intervient alors comme appui financier et technique pour stabiliser les entreprises.
Reprises : préserver l’outil industriel
La structure est aussi mobilisée sur des reprises. En 2025, elle a participé à la relance de La Meusienne, dans la Meuse, reprise en Scop par une quarantaine de salariés, permettant de préserver autant d’emplois. Elle intervient également dans le cadre de conventions de revitalisation liées à des restructurations industrielles, comme celles de Heineken en Alsace ou de Stellantis en Lorraine.
Un observateur des fragilités régionales
Avec 220 entreprises en portefeuille, SODIV dispose d’une vision directe du tissu économique. D’outil de reconversion, elle est devenue un acteur de stabilisation. Dans un contexte de remontée des défaillances, son activité agit comme un indicateur avancé des tensions à l’œuvre dans l’économie du Grand Est.