Dans les Hauts-de-France, la conjoncture se dégrade nettement en ce début d’année 2026. Selon les dernières enquêtes de la CCI Hauts-de-France, menées auprès de plus de 2 600 dirigeants, les indicateurs économiques passent au rouge, sur fond d’incertitudes persistantes et de tensions internationales.
Le ralentissement semble bien installé. Un tiers des chefs d’entreprise jugent leur activité mauvaise sur les trois derniers mois. Le solde d’opinion plonge à – 15, les dirigeants étant plus nombreux à constater une dégradation de leur activité qu’une amélioration.
Tous les secteurs sont touchés. L’hôtellerie-restauration, le transport-logistique et la construction figurent parmi les plus exposés, avec une dégradation qui s’inscrit dans la durée.
Le chiffre d’affaires sous pression
Le coup de frein se lit directement dans les comptes. Près d’une entreprise sur deux (49 %) déclare une baisse de son chiffre d’affaires, un niveau inédit hors période de crise sanitaire.
En cause : la prudence des ménages, des arbitrages de consommation plus marqués et un attentisme croissant des clients professionnels. Les dirigeants évoquent des cycles de décision qui s’allongent et des projets régulièrement reportés.
L’emploi commence à reculer
Le marché du travail régional n’est plus épargné. Une entreprise sur cinq indique avoir réduit ses effectifs au premier trimestre, un niveau inédit depuis plusieurs années. Les perspectives restent orientées à la baisse, les dirigeants privilégiant désormais la prudence face au manque de visibilité. 18 % des entreprises prévoient ainsi une réduction de leurs effectifs au prochain trimestre.
Des trésoreries sous tension
Plus d’un tiers des dirigeants jugent aussi leur trésorerie mauvaise. La combinaison d’une activité en recul et de charges élevées — énergie, carburant, matières premières — fragilise les équilibres économiques, en particulier dans les plus petites structures. 14 % des dirigeants interrogés identifient un risque de pérennité pour leur entreprise dans les prochains mois.
L’investissement en pause
Dans ce contexte, les projets d’investissement marquent le pas. Seules 20 % des entreprises déclarent en porter actuellement. Surtout, près d’une sur deux envisage de les reporter ou de les annuler.
Les tensions internationales pèsent
À ces difficultés s’ajoute un environnement géopolitique dégradé. Le conflit au Moyen-Orient produit déjà des effets concrets sur l’économie régionale. Plus de la moitié des dirigeants estiment qu’il aura un impact sur leur activité, notamment via la hausse des coûts de l’énergie, du transport et des matières premières. Les chaînes d’approvisionnement restent aussi sous tension.
Au-delà des indicateurs économiques, c’est aussi le climat qui se détériore. Les dirigeants sont de plus en plus nombreux à se dire inquiets ou attentistes. Seuls 38 % des dirigeants interrogés indiquent avoir un état d’esprit positif.
Une visibilité dégradée
Entre inflation passée, coûts durablement élevés et instabilité internationale, les entreprises abordent 2026 avec prudence. "Nos entreprises ont démontré leur capacité d’adaptation. Elles ont aujourd’hui besoin de stabilité et de perspectives claires", souligne Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France.
L’établissement consulaire entend renforcer son accompagnement dans cette période délicate. L’enjeu est d’éviter que ce coup de frein ne s’inscrive dans la durée. Car faute de visibilité, les entreprises lèvent le pied — au risque d’alimenter elles-mêmes le ralentissement.