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Centres d’appels : un pilier régional bousculé par l’IA
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Centres d’appels : un pilier régional bousculé par l’IA

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Pilier de l’économie des Hauts-de-France, la filière des centres d’appels externalisés entre dans une phase de transformation accélérée sous l’effet de l’intelligence artificielle générative. Derrière les gains de productivité attendus, c’est l’équilibre d’un secteur fortement employeur qui est interrogé.

Avec près de 12 000 salariés en 2024, soit un quart des effectifs français, les Hauts-de-France s’imposent comme la première région pour les centres d’appels externalisés — Photo : Pixabay

Région phare des centres d’appels en France, les Hauts-de-France concentrent à eux seuls un quart des effectifs nationaux du secteur. Avec près de 11 900 salariés en 2024, selon une étude de la CCI Hauts-de-France, le territoire s’impose comme le premier pôle français des centres de contacts externalisés.

Plus de 340 établissements y sont implantés, notamment autour de Lille (Nord), Lens (Pas-de-Calais), Amiens (Somme) ou Compiègne (Oise). Un ancrage solide, avec 70 % de sièges sociaux et 40 % des sites installés depuis plus de quinze ans.

Mais ce poids économique de la filière est désormais questionné par l’essor de l’intelligence artificielle générative. Selon la CCI, cette technologie pourrait transformer en profondeur l’organisation du travail, les compétences attendues et, à terme, le volume d’emplois dans la filière.

Un secteur déjà en transformation

Le tissu régional s’appuie sur des acteurs majeurs comme Yzee Services (ex-Arvato), Armatis, Concentrix, Intelcia ou encore Duacom, qui structurent l’emploi local, notamment dans des bassins d’emplois en reconversion. Porté par une dynamique historique forte, le secteur a vu ses effectifs progresser de 58 % en quinze ans dans la région, bien au-dessus de la moyenne nationale (+ 18 %), avec des arrivées majeures, comme celle du centre d’appels Airbnb (700 emplois) à Wasquehal (Nord) en 2018.

L’étude de la CCI souligne que bien avant l’IA, le modèle a déjà évolué. Les plateformes téléphoniques se sont transformées ces dernières années en centres multicanaux, intégrant e-mails, chat ou réseaux sociaux. Cette montée en gamme a permis de diversifier les prestations et de renforcer la valeur ajoutée du secteur.

L’IA, ligne de fracture

Déjà déployée par de nombreux centre d’appels, l’IA permet de réduire les délais de traitement, d’augmenter les volumes d’interactions et d’optimiser les coûts. À l’échelle mondiale, le marché des solutions d’IA appliquées aux centres de contact est en forte croissance, de l’ordre de 19 % par an d’ici 2034, selon Global Market Insights.

Mais cette transformation s’accompagne d’incertitudes, comme le souligne l’étude de la CCI. Les tâches les plus répétitives sont exposées à l’automatisation, faisant émerger des craintes sur l’évolution des effectifs. Dans le même temps, de nouveaux besoins apparaissent : data analysts, spécialistes IA ou encore autour de profils hybrides capables d’allier compétences techniques et relationnelles.

Un modèle contraint

Au-delà de la technologie, c’est l’ensemble du modèle qui évolue. Le secteur doit composer avec une pression accrue sur les coûts, des attentes clients plus élevées et un cadre réglementaire plus contraignant, notamment sur le démarchage téléphonique.

Certaines entreprises amorcent déjà un repositionnement vers des offres à plus forte valeur ajoutée : conseil, intégration de solutions technologiques ou accompagnement stratégique des donneurs d’ordre. Pour les acteurs régionaux, tout l’enjeu est de réussir la transition sans fragiliser un socle d’emplois important.

Hauts-de-France # Services aux entreprises # Intelligence artificielle # Conjoncture # Suppressions d'emplois