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Cafés Bibal déploie son savoir-faire dans le Grand Sud
Montpellier # Agroalimentaire # Implantation

Cafés Bibal déploie son savoir-faire dans le Grand Sud

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En quatre générations, Cafés Bibal est passé du stade de torréfacteur artisanal à celui d’acteur intégré, maîtrisant les volets distribution et dégustation. En innovant et en se diversifiant, le groupe héraultais s’est imposé en acteur majeur du marché dans le Grand Sud.

Cafés Bibal produit et torréfie son café dans son usine de Saint-Aunès, près de Montpellier — Photo : Kzenon

Cafés Bibal perpétue, depuis près de 70 ans, une tradition d’excellence en torréfaction. Cette ambition remonte aux origines de la société, en 1955 : son fondateur Joseph Bibal, issu du milieu bancaire, ouvre un établissement dans le centre de Montpellier, qui propose son propre café torréfié. À une époque où tout le monde ne jure que par le robusta, variété très corsée, il est un des premiers à miser sur l’arabica, plus léger mais un peu plus cher. "C’est un positionnement qualitatif, sans être élitiste. Il a su convaincre les amateurs, puisque rapidement le café devient un lieu très fréquenté, par les étudiants notamment", raconte Thomas Bertrand, PDG de Cafés Bibal (200 salariés, CA 2023 : 35 M€), arrière-petit-fils de Joseph Bibal.

Le poids du marché professionnel

Dans les années 1960, la deuxième génération de dirigeants, incarnée par la fille du fondateur Eliane Bibal et son mari Roger Bertrand, prend un virage vers le secteur professionnel, jugé plus porteur. En 1964, ils transfèrent l’unité de torréfaction à Vendargues (Hérault) et la transforment en usine pour approvisionner les cafés-hôtels-restaurants (CHR). En 1988, Philippe Bertrand succède à ses parents : sous sa direction, Cafés Bibal continue à développer le marché CHR. Le pari se révèle là encore réussi, puisqu’en 1999 la PME doit se doter d’une deuxième usine, située à Saint-Aunès (Hérault), pour accroître ses capacités de production. Toutefois, Philippe Bertrand ouvre aussi un coffee-shop en centre-ville de Montpellier, conçu comme un lieu de détente et de dégustation, "pour des questions d’image", selon Thomas Bertrand : "Il fallait proposer un nouveau produit emblématique aux particuliers, l’expresso, en complément du CHR (80 % des ventes à l’époque, NDLR)".

L’arrivée de la distribution automatique

Thomas Bertrand, fils de Philippe Bertrand, fait son entrée chez Cafés Bibal en 2004. Il est chargé d’accélérer le déploiement de la distribution automatique, nouvelle activité du groupe démarrée dans les années 1990. Cafés Bibal, qui avait commencé à distribuer ses produits autour de ses bases historiques, fait un bond en avant. "L’informatisation de l’entreprise nous permet de doubler notre capacité de diffusion, en passant de 5 à 10 tournées par mois assurées par nos responsables de secteur", explique Thomas Bertrand, qui devient directeur de Bibal en 2010.

Structuration de la croissance

Au cours de cette décennie, l’activité de l’entreprise bondit. Le chiffre d’affaires progresse de 10 à 30 % par an en moyenne, tirée pour moitié par la croissance externe. Cafés Bibal a en effet absorbé une dizaine d’entreprises en 20 ans. Par exemple, le rachat de la société héraultaise FDDA, spécialisée dans les distributeurs automatiques, les machines à café et les fontaines à eau, lui permet de consolider son réseau avec 800 distributeurs supplémentaires. Autre acquisition stratégique, destinée à élargir la gamme : le gardois Remaprod, fabricant de capsules compatibles Nespresso, qui lui permet de lancer cette activité dans les grandes et moyennes surfaces. Pour cela, l’entreprise installe des meubles en tête de gondole, en libre-service, appelés "L’atelier de Joseph Bibal".

Sublimer la dégustation

Alors que Thomas Bertrand devient PDG en 2020, Cafés Bibal doit comme d’autres affronter la crise sanitaire, qui impacte durement le CHR. "Avec 30 à 50 % d’inflation alimentaire en vagues successives, la période est peu propice aux investissements et nous passons beaucoup de temps sur les achats", se remémore le dirigeant. Toutefois, le Covid n’infléchit pas une tendance de fond, avec une montée en gamme globale du marché. Cafés Bibal surfe sur la vague et en 2021, transforme son coffee-shop de Montpellier en une boutique de vente de café en grain, moulu, capsules, thé en vrac, etc. Parmi les curiosités proposées aux amateurs : l’orgue à grain, qui broie le café torréfié à Saint-Aunès. "De la sorte, le produit est frais, loin des cafés industriels. Ce concept de boutique, dans une démarche pédagogique, s’adresse à ceux qui s’intéressent à ce qu’ils consomment", souligne Thomas Bertrand, indiquant que la société planche sur deux nouvelles ouvertures de ce type.

Un goût pour l’innovation

Depuis la torréfaction jusqu’aux aspects gustatifs, le savoir-faire de Cafés Bibal se transmet donc de génération en génération, sans empêcher la société de se tourner vers l’innovation. En 2020, elle a créé la start-up Darwin (5 salariés), qui a développé le logiciel pilotant à distance ses machines, afin d’optimiser encore plus leur approvisionnement. En 2024, elle a noué un partenariat avec la start-up montpelliéraine Believe It : celle-ci crée et installe des bornes d’accueil intelligentes dans les entreprises, qui pourront désormais proposer un café aux visiteurs.

Le Grand Sud dans le viseur

C’est aussi le moyen, pour Cafés Bibal, de collecter massivement des données à travers un parc machine de 5 200 distributeurs, installés dans les entreprises, administrations et lieux publics, en Occitanie et au-delà. Car le groupe mise aussi sur la croissance externe pour étendre sa toile. Entre 1993 et 2008, il a filialisé des entreprises, qu’il a équipées en dépôts logistiques et ateliers techniques, afin de s’implanter à Perpignan (Pyrénées-Orientales), Nîmes (Gard) et Béziers (Hérault). Il se développe aujourd’hui naturellement vers la région Sud-Paca, pour l’heure "jusqu’à Toulon" dans le Var.

Conserver l’esprit maison

D’autres cibles sont à l’étude pour rayonner dans la majeure partie du Grand Sud. "Notre modèle est calé, sur l’ensemble des solutions café, du particulier à l’entreprise. Nous souhaitons désormais le diffuser plus largement", confirme Thomas Bertrand. Mais comment garder l’esprit maison dans cette course à la croissance ? "Nous croyons en trois valeurs cardinales. D’abord, la relation durable que nous construisons avec nos salariés, fournisseurs et clients. Ensuite, l’énergie créative, qui nous amène à repenser notre modèle comme le prouve notre digitalisation, tout en diffusant un esprit d’innovation dans nos rangs. Enfin, l’ambition d’être performants. Garder ces trois piliers, c’est la formule magique pour réussir à notre époque, très bousculée en termes de repères".

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