Basée à Fleurance (Gers), la coopérative Ethiquable (168 salariés dont 126 associés, CA 2025 : 93 M€), leader français du commerce équitable, poursuit son développement industriel, près de cinq ans après avoir inauguré sa chocolaterie à 20 millions d’euros. « Nous allons installer une unité de torréfaction et de hachage de fruits secs, indique Christophe Eberhart, son directeur général. Ce nouvel équipement nous permettra notamment de hacher menu des noisettes ou des noix de cajou, de les caraméliser et de les enrober, afin de devenir totalement autonomes dans la fabrication des ingrédients pour nos chocolats. »
De 1 600 à 2 000 tonnes par an
Ces machines mobilisent une enveloppe d’environ 300 000 euros. Elles seront positionnées dans le bâtiment qui abrite l’unité de conditionnement d’épices et de thés, dans lequel Ethiquable a déjà investi 2 millions d’euros. La coopérative, qui réalise 50 % de ses ventes avec le chocolat, prévoit également dans un avenir proche d’augmenter la capacité de production de sa chocolaterie, pour la porter de 1 600 à 2 000 tonnes par an. « Si nous avions le souci de basculer dans le tout productif, nous pourrions passer aux 3x8 mais nous refusons de le faire parce que ce ne serait pas bon pour la santé des collaborateurs », précise Rémi Roux, le président d’Ethiquable.
La hausse des volumes de production soutiendra l’élargissement de la gamme de la Cacaosphère, une marque de produits professionnels développée par la coopérative et destinée aux pâtissiers et aux artisans chocolatiers. Elle permettra aussi de répondre à la tendance qu’observent ses dirigeants, par ailleurs soucieux de réduire leur dépendance à la distribution de leurs produits en grandes et moyennes surfaces (GMS). « Il y a encore dix ans, les artisans chocolatiers étaient surtout sensibles à la qualité du chocolat, note ainsi Christophe Eberhart. Aujourd’hui, la nouvelle génération manifeste plus d’intérêt pour la provenance des produits et elle se montre intéressée par la traçabilité de nos chocolats bio équitables. »
Des volumes de ventes constants
Fondée en 2003, Ethiquable commercialise quelque 300 références équitables et bio dans la grande distribution et dans des magasins spécialisés. Elle se fournit auprès d’une centaine de coopératives. En 2010, l’entreprise avait lancé une gamme de produits français de commerce équitable, Paysans d’ici. En mars 2025, elle a décidé de renoncer à cette marque, dans un souci de clarté pour les consommateurs, et de rapatrier l’ensemble de ses produits sous la seule appellation Ethiquable.
La flambée historique du cours du cacao en 2025 n’a pas impacté ses ventes, en dépit d’une hausse de ses prix d’environ 10 %. « Il n’y a pas eu de catastrophe d’autant que les conventionnels, eux, ont augmenté leurs prix de 20 ou 30 %, souligne Rémi Roux. En revanche, elle a eu des conséquences dans nos négociations avec la grande distribution. Certaines enseignes ont refusé nos tarifs. » Le maintien des ventes dans ce contexte inédit tient à la spécificité des chocolats produits par la coopérative, qualitatifs avec leur fort pourcentage en cacao et qui donnent accès à des profils aromatiques différents, selon que la matière première provienne du Pérou, d’Équateur ou encore de Madagascar.
7,6 millions d’euros pour la trésorerie
« Il n’en reste pas moins que l’envolée du cours du cacao, qui est passé de 2 500 dollars la tonne à 10 000 dollars, avec un pic à plus de 12 000 dollars, a été une épreuve », tempère Christophe Eberhart. A fortiori parce qu’elle a été concomitante avec la hausse du prix du café, le deuxième pilier des ventes d’Ethiquable. « Le prix du café est passé de 200 à 400 dollars le sac de 45 kg », précise-t-il. La coopérative achète traditionnellement son cacao à un prix de 4 000 à 4 500 dollars la tonne, plus cher que le prix du marché, une condition sine qua non pour obtenir du cacao bio et équitable. "Il nous a donc fallu deux fois, voire trois fois, plus de trésorerie qu’avant pour acheter », poursuit le directeur général.
Pour cette raison, Ethiquable a levé 7,6 millions d’euros en dette en juillet dernier auprès de certains de ses partenaires historiques et d’un nouvel acteur, Arkéa Asset Management, par l’intermédiaire de son fonds professionnel spécialisé (FPS) Arkéa Solidaire. « L’objectif était de renforcer notre trésorerie à court terme, à un an et deux ans", décrit Stéphane Comar, cofondateur d’Ethiquable aux côtés de Rémi Roux et Christophe Eberhart. Un temps de latence d’environ 18 mois existe en effet entre la prise de commandes passée par Ethiquable auprès de ses coopératives fournisseuses et la vente effective des chocolats en magasin. « Nous finançons ces coopératives au moment de la collecte, explique Christophe Eberhart. Or, elles ont besoin de plusieurs mois entre la collecte et l’expédition. C’est un temps que nous portons et qui est vital pour la bio. »
Un cPPA avec Enercoop
Conformément aux valeurs qu’elle défend, la Scop Ethiquable avait fait construire le bâtiment (5 500 m2) de sa chocolaterie selon une démarche Haute Qualité Environnementale (HQE) et en intégrant des matériaux locaux biosourcés (bois, laine, terre crue), en l’équipant de panneaux photovoltaïques puis en recourant aux services d’Enercoop, fournisseur coopératif d’électricité verte. Poursuivant dans la même logique, Ethiquable a dévoilé le 8 janvier 2026, à Fleurance, le nouveau contrat d’achat direct d’électricité renouvelable qu’elle a conclu avec Enercoop Midi-Pyrénées et Enercoop (national), un « corporate power purchase agreement » (cPPA), modèle traditionnellement en vogue au sein des grands groupes industriels.
La centrale photovoltaïque d’Enercoop Midi-Pyrénées, située à 4,4 kilomètres du siège d’Ethiquable et qui produit 320 MWh par an, alimente désormais pour partie la chocolaterie, dont la consommation annuelle est de 1,6 GWh. Selon Enercoop, il s’agit d’un cPPA « pionnier en France » puisqu’il a été spécifiquement structuré pour répondre aux besoins d’une entreprise de la taille d’une PME. Ce contrat, conclu pour une durée de 27 ans, assure à Ethiquable de bénéficier d’un prix stable et transparent, calculé sur les coûts réels de production et déconnectés des variations du marché. Moralité : les principes du commerce équitable peuvent aussi s’appliquer au secteur de l’électricité.