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Comment la région Hauts-de-France veut renforcer sa relation économique avec le Japon
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Comment la région Hauts-de-France veut renforcer sa relation économique avec le Japon

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La deuxième région française d’accueil des investissements japonais (83 entreprises présentes sur le territoire pour près de 10 000 emplois) travaille à intensifier ses relations économiques avec le Pays du soleil levant. L’enjeu est double : diversifier les implantations d’activités nippones dans la région au-delà de l’automobile, et augmenter les exportations des entreprises régionales vers le Japon.

Le Conseil Régional des Hauts-de-France organisera fin avril la quatrième réunion de son club Japon — Photo : Jonathan Blanchet

Le Conseil Régional des Hauts-de-France organisera le 21 avril 2026 la quatrième réunion de son club Japon. Constituée à l’automne 2024 pour intensifier les coopérations économiques entre les Hauts-de-France et le Pays du soleil levant, cette communauté de décideurs prend de l’ampleur. "Les équipes ont dû trouver un lieu plus grand pour cette prochaine réunion, ce sera le Palais des Beaux-arts de Lille", indique François Decoster, vice-président de Région en charge du développement économique. Le précédent rendez-vous avait été organisé en novembre dernier, sous les ors de l’Opéra de Lille.

Deux à cinq projets par an

Une vue de l’usine de Toyota Motor Manufacturing France, à Onnaing (Nord), qui produit les modèles Yaris et Yaris Cross — Photo : TMMF

Il faut dire que la base est solide. Avec 83 établissements, générateurs de près de 10 000 emplois sur le territoire régional, le Japon est la sixième nationalité présente en Hauts-de-France. "Le compteur doit être ajusté chaque trimestre", assure le Conseil Régional. Car la caractéristique qui définit le mieux les investissements japonais dans les Hauts-de-France ces dernières années reste la régularité. Depuis dix ans, entre deux et cinq projets à capitaux japonais sont annoncés chaque année dans le nord du pays.

"Il y a véritablement eu un avant et un après Toyota"

Plus important encore, les Hauts-de-France sont considérés comme la deuxième région de destination des investissements nippons, juste derrière l’Île de France. "Il y a véritablement eu un avant et un après Toyota", reconnaît Yann Pitollet, directeur général de Nord France Invest, l’agence de promotion économique régionale. À la fin des années 1990, juste avant l’implantation de Toyota Motor Manufacturing France (TMMF) à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), l’ex-région Nord — Pas de Calais comptait une douzaine d’entreprises japonaises. En 2014, lors de l’implantation du fabricant de tracteurs Kubota à Bierne (Dunkerque), on en dénombrait cette fois une petite cinquantaine. Et l’effet d’entraînement s’est poursuivi : 47 % des projets d’investissements nippons en Hauts-de-France ont été annoncés dans cette dernière décennie selon les chiffres de l’agence.

Accompagner les défis respectifs

Des décisions d’investissements dont le volume pourrait augmenter grâce à l’action des élus et acteurs économiques locaux qui cherchent à renforcer les liens économiques avec le pays du soleil levant. Et augmenter d’autant plus à l’heure où le Japon enregistre une nouvelle année consécutive de baisse démographique face au vieillissement de sa population. Pour compenser le rétrécissement du marché intérieur, "les groupes japonais vont avoir besoin d’aller à l’international", analyse le directeur de l’agence de prospection régionale. Dans cette perspective, l’Europe compte bien tirer son épingle du jeu et la France entend se faire remarquer.

Avec 83 établissements, générateurs de près de 10 000 emplois sur le territoire régional, le Japon est la sixième nationalité présente en Hauts-de-France — Photo : CC0

Parmi les treize régions françaises, d’autres ont entrepris de renforcer leurs relations avec le Japon, comme les Pays de la Loire qui ont reçu, en septembre, l’ambassadeur du Japon ou l’Occitanie, qui a accueilli des institutionnels japonais pour resserrer des liens lancés en 2015 par la signature d’un accord de coopération avec la préfecture de Kyoto.

La carte du renouveau industriel

A travers son club Japon, la Région a choisi de réunir, deux fois par an, l’entrepreneuriat japonais autour des mutations sectorielles qu’elle a engagées, de la capitale des Flandres au versant picard, en passant par le littoral dunkerquois, autour de l’intelligence artificielle, de l’électromobilité et des batteries. Des priorités qui font consensus au niveau international. En septembre dernier, un mémorandum d’entente a été signé entre les filières nippones et européennes des batteries à Osaka, au lendemain d’un sommet conjoint pour renforcer les opportunités d’affaires avec le vieux continent. Nommée en octobre dernier, la nouvelle première Ministre japonaise, Sanae Takaichi, a de son côté initié un plan de relance en évoquant des investissements dans des secteurs jugés essentiels pour la croissance du pays, comme les semi-conducteurs ou l’intelligence artificielle.

En matière d’IA, un acteur comme Fujitsu pourrait bien jouer les prescripteurs. Le groupe japonais de services informatiques, qui aide aujourd’hui les grands groupes à créer leur infrastructure IA, s’est implanté à Arras (Pas-de-Calais) au début des années 80, où il compte désormais 20 salariés. Sur l’IA, l’entreprise a déjà une longueur d’avance. Et "après l’IA, la prochaine révolution sera celle de l’ordinateur quantique, qui va accélérer encore la rapidité de calcul et d’exécution", pointe Bruno Laurent, responsable commercial cloud, data et IA, qui précise que Fujitsu est un des rares à détenir un ordinateur quantique qu’il utilise déjà en Europe, sur le continent ibérique… avant la France ? "Il y a eu la vallée de la batterie, aujourd’hui le sujet, c’est de créer la vallée de l’IA dans les Hauts-de-France, vante Yann Pitollet. Nous disons aux entreprises que nous avons les atouts énergétiques et les terrains nécessaires pour installer les infrastructures de calcul".

Attirer des entreprises nouvelles

"Ces rencontres sont un excellent point de départ pour approfondir les relations futures", notait en novembre Makita Shimokawa, ambassadeur sortant du Japon en France. Ces rendez-vous du club Japon se veulent incontournables, avec une finalité qui est "de faire venir dans les Hauts-de-France des entreprises japonaises qui n’y sont pas encore", estime Yann Pitollet. La prochaine réunion du club, fin avril, a ainsi l’ambition d’accueillir une très large majorité de nouveaux décideurs japonais.

Yann Pitollet, directeur général de Nord France Invest — Photo : Nord France Invest

Conviée pour la première fois à Lille à l’automne dernier, la CCI Japonaise en France (CCIJF) admet "ne pas encore bien connaître la région Hauts-de-France et souhaite en apprendre davantage sur ses atouts et ses avantages commerciaux", concède son secrétaire général, Hirotaka Yamada. L’association privée, basée à Paris, organise des rencontres entre entreprises japonaises implantées en France depuis 1963. Elle s’est rendue à plusieurs reprises en Auvergne-Rhône-Alpes, en PACA ou dans le Grand Est et dit espérer visiter prochainement la région la plus septentrionale de France.

Aller au-delà des extensions

Car, en réalité, les dernières décisions japonaises d’investissements sur le territoire concernent surtout des extensions. Signe d’une fidélité des entreprises nippones à un territoire qui le leur rend bien. Dans le détail des implantations d’origine japonaise dans le Nord, la moitié des emplois concernent Toyota Motor Manufacturing France (4 800 salariés) et les deux tiers relèvent de l’industrie automobile. Le constructeur, qui a investi 1,5 milliard d’euros sur le territoire depuis ses débuts dans le Valenciennois, espère d’ailleurs produire à horizon 2030 un nouveau modèle sur son site d’Onnaing, un développement qui reste pour l’heure soumis à la décision de sa maison mère.

66 %

Face aux 83 entreprises implantées dans le Nord, la région Auvergne Rhône-Alpes, avec une métropole comme celle de Lyon a une belle longueur d’avance avec près de 270 sociétés (même si les montants investis restent moindres que dans les Hauts de France), contre 400 en Île-de-France. Alors, la région bichonne "ses ambassadeurs des Hauts-de-France au Japon", selon les mots de Xavier Bertrand, qui compte sur eux pour porter la bonne parole dans un pays où la prescription se révèle très importante. Exemple, lors des discussions préalables à l’installation de Kubota, en 2014. "À l’époque, ils ont souhaité s’entretenir, seul à seul avec Toyota", raconte Yann Pitollet. Rebelote avec AESC en 2021, dont le management était japonais. "C’est Kubota qui nous a aidés à gagner le dossier !".

Opération séduction au Japon

Pour continuer à se faire remarquer, la région des Hauts-de-France multiplie les opérations séduction jusque sur le sol japonais. En septembre dernier, des décideurs publics et privés se sont envolés pour Osaka, à l’occasion de l’Exposition Universelle. Si d’autres régions françaises avaient fait le voyage, seule celle présidée par Xavier Bertrand aurait organisé des rencontres avec le gouvernement japonais, selon les principaux intéressés.

En novembre 2024, ce dernier avait présidé ce qu’il considère comme "la plus grande mission jamais réalisée au Japon par une délégation des Hauts-de-France". Au total, 67 acteurs du monde institutionnel, économique et culturel s’étaient rassemblés pour vanter les mérites de la région et "continuer de faire en sorte que le Japon soit une terre d’exportation pour les Hauts-de-France". Une nouvelle mission économique est d’ores et déjà annoncée par la Région à la fin de cette année 2026.

Remonter le classement à l’export

L'enjeu de ce voyage était donc aussi de créer des opportunités d’affaires pour des entreprises nordistes sur le sol japonais. Car, si le Japon se fait remarquer sur le volet investissement, les exportations des Hauts-de-France vers le Japon représentent près de 393 millions d’euros ; un chiffre en relative stabilité depuis cinq ans… et une goutte d’eau à côté des principaux partenaires commerciaux de la région Hauts-de-France (Belgique, Royaume-Uni, Allemagne…). En 2024, le Japon apparaissait loin derrière eux, n’occupant que la vingt-quatrième place. "Là où l’investissement japonais en Hauts-de-France a un véritable historique, ce n’est pas vrai dans l’autre sens", reconnaît Virginie Blida, directrice de CCI International.

"À l’export, la région Hauts-de-France était plutôt tournée vers la Chine, lorsqu’il s’agissait des marchés asiatiques."

Dans ce marché du temps long, toute l’ambition est de passer à une autre dimension. "À l’export, la région était plutôt tournée vers la Chine, lorsqu’il s’agissait des marchés asiatiques", poursuit la directrice de CCI International.

CGF Charcuterie transforme l’essai

Il y a deux ans, les partenaires diplomatiques, les investisseurs et ceux de l’export en région se sont également regroupés sous une bannière commune : Hauts-de-France International… avec l’ambition de faire, de concert, la promotion de la région, dans un sens comme dans l’autre. Grâce à cette nouvelle organisation, plusieurs entreprises locales ont pu intégrer la délégation régionale de prospection au Japon. Parmi elles, la société calaisienne CGF Charcuterie (10 M€ de CA, 36 salariés) a transformé l’essai. Depuis septembre, elle exporte saucissons et pâtés depuis Rungis grâce à un grossiste local qui leur permet de servir plusieurs hôtels et boutiques spécialisées à Tokyo. Et regarde de près d’autres métropoles nippones grâce à son partenaire.

"Le Japon, c’est une porte d’entrée pour tout le marché asiatique".

French touch oblige, l’agroalimentaire et la cosmétique constituent le gros des exportations régionales vers le Japon (respectivement 18,8 % et 33,3 %). Mais la CCI International a aussi identifié des opportunités dans le domaine du développement durable et de la nutrition santé, au travers de la fameuse silver economy, "l’économie du vieillissement", dans un pays où la part des plus de 65 ans devrait atteindre 35 % à horizon 2040.

Pour Virginie Blida, une entreprise qui cherche la diversification de ses marchés a tout intérêt à se lancer sur l’archipel. "Le niveau de qualité exigé au Japon constitue une référence pour les autres marchés". Ce sur quoi renchérit Romain Huchin, dirigeant de CGF, en attente d’agrément pour se lancer en Chine et à Singapour : "Le Japon, c’est une porte d’entrée pour tout le marché asiatique". Reste désormais à transformer l’essai.

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