À Douvrin, dans le Pas-de-Calais, Netexial revendique la première blanchisserie industrielle sans gaz de France, voire d’Europe. L’entreprise de location et d’entretien de vêtements professionnels, dont le siège social est à Boulogne-Billancourt, vient d’inaugurer au sein du Parc des industries Artois-Flandres, ce nouveau site de 2 000 m² dédié aux environnements professionnels ultra-propres, autrement dit aux espaces de production où la concentration de particules et de contaminants dans l’air est strictement contrôlée.
Au-delà de sa dimension environnementale, cet investissement de 6,8 millions d’euros permet au groupe de doubler ses capacités dans l’activité des salles propres (14 M€ de CA) et de soutenir son développement en Europe. Avec 2 500 salariés, 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et 37 sites en France, Netexial entend aussi faire de Douvrin un démonstrateur pour ses futurs investissements industriels.
Décarboner le cœur du process
Dans l’industrie de la blanchisserie, le gaz reste incontournable pour chauffer l’eau de lavage. Netexial a fait un autre choix. Son nouveau site fonctionne exclusivement à l’électricité, grâce à une combinaison de panneaux photovoltaïques et de pompes à chaleur.
"Nous montrons avec ce site que l’industrie peut s’électrifier"
"Nous montrons avec ce site que l’industrie peut s’électrifier", résume le président de Netexial, Fabrice Shoshany. Selon l’entreprise, ce choix permettra d’éviter l’émission de 165 tonnes de CO2 par an par rapport à une blanchisserie fonctionnant au gaz. Une réduction qui bénéficie directement aux clients de l’ETI, puisque ces émissions évitées apparaîtront dans le scope 3 de leur bilan carbone, c’est-à-dire au niveau des émissions indirectes liées à leur chaîne de valeur.
23 % des besoins en énergie couverts
Grâce à ces installations, le site couvre jusqu’à 23 % de ses besoins énergétiques et assure un tiers de sa production annuelle d’eau chaude. Les performances varient selon les saisons : en mai 2026, près de 90 % de l’eau utilisée a ainsi été chauffée grâce à l’énergie solaire, le complément ayant été assuré par les pompes à chaleur. Au total, cette combinaison permet à Netexial de réduire d’environ 30 % la consommation énergétique du site, par rapport à une blanchisserie industrielle classique.
Pour le dirigeant, la priorité était d’attaquer d’abord les émissions les plus importantes. "On pense souvent à la flotte de véhicules, mais celle-ci représente environ 20 tonnes de CO2. Le process industriel est plus émetteur. Nous avons donc choisi de commencer par là."
Une gestion plus sobre de l’eau
L’usine a également été conçue pour réduire sa consommation d’eau. L’eau de rinçage est notamment récupérée pour alimenter les cycles de prélavage suivants. Netexial vise encore une baisse de 15 % de l’utilisation d’eau sur ce site dans les trois à quatre prochaines années. Les produits lessiviels ne contiennent ni parfum ni agents blanchissants et "l’entreprise travaille désormais avec des partenaires au développement de solutions de nettoyage biodégradables", précise Flore Levardon, responsable RSE chez Netexial.
La proximité du site avec les principales implantations industrielles régionales participe aussi à la démarche. En rapprochant la production de ses clients dans les filières pharmaceutiques, biotechnologiques, électroniques ou cosmétiques, Netexial estime réduire de 75 000 kilomètres par an les déplacements.
Une démarche RSE globale
L’inauguration de Douvrin s’inscrit dans une stratégie RSE globale. L’entreprise s’est fixé un objectif de neutralité carbone sur ses émissions directes d’ici 2040, soit dix ans avant l’échéance européenne, avec une réduction intermédiaire de 30 % des émissions à l’horizon 2029.
Cette démarche repose aussi sur l’allongement de la durée de vie des textiles. Une tenue destinée aux environnements stériles peut ainsi être utilisée pendant environ trois ans et subir une soixantaine de lavages avant d’être remplacée. Certaines tenues non stériles atteignent jusqu’à 120 cycles.
Chaque année, 565 tonnes de vêtements professionnels arrivent en fin de vie dans les installations du groupe. La totalité est valorisée : 98 % sont transformés en isolants pour le bâtiment et les 2 % restants sont incinérés pour produire de l’énergie. Les cintres suivent également une logique circulaire. Ils sont reconditionnés à 65 % avec l’appui d’ESAT partenaires, un taux que Netexial souhaite porter entre 80 et 87 % dans les prochaines années.
L’engagement sociétal se retrouve aussi dans la politique de recrutement du site de Douvrin. Faute de formations spécifiques sur ce métier très technique, les premiers salariés ont été recrutés en partenariat avec France Travail, sans sélection sur CV. L’usine emploie actuellement une vingtaine de collaborateurs et vise une cinquantaine de salariés d’ici 2027.
Une tête de pont pour l’Europe
Au-delà de sa dimension environnementale, le projet marque une étape stratégique dans la croissance de l’ETI. Ce site est le quatrième et le plus important de l’entreprise dédié à l’activité "salles propres", doublant à lui seul les capacités de l’ETI dans ce segment.
Capable de traiter à terme 8 000 pièces par jour, contre 1 600 actuellement, l’usine doit aussi ouvrir de nouveaux débouchés européens, avec la Belgique en ligne de mire.